L’Olympique de Genève verra bien le jour… sans Interstar [Partie 2]

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Les assemblées des trois clubs concernés ont eu lieu le 13 mars dernier. Athlétique-Régina et Saint-Jean ont dit oui à la fusion, mais pas Interstar. Pourquoi ce refus ? Quel sera l’avenir d’Interstar à côté du plus grand club de la Ville de Genève ?

Comme nous l’avons dit lors de la première partie de notre dossier consacré au projet de fusion, celui-ci a été accepté de manière très large du côté d’Athlétique-Régina et de Saint-Jean, mais a été refusé aux deux tiers des voix par les membres d’Interstar. Ces derniers mois ont été turbulents pour le club présidé par Snoussi Laddi depuis quatre ans. Si du côté sportif, les choses se passent très bien, les divergences concernant ce projet de fusion ont quelque peu semé la zizanie à Varembé.

La question qu’on est en droit de se poser est la suivante : pourquoi le CS Interstar a voté contre un projet qui a l’air séduisant à première vue ? Il faut d’abord préciser que les modalités de votation à Interstar étaient différentes par rapport à Athlétique-Régina et Saint-Jean, où il fallait être membre du club et majeur pour pouvoir voter. « Les statuts du club, qui datent de 1973, stipulent qu’il faut être un membre actif et donc avoir plus de 20 ans pour voter », précise Snoussi Laddi, actuel président du CS Interstar. Les juniors A qui ont plus de 18 ans, n’ont donc pas pu donner leur voix en raison de leur statut de junior. « Mais cela n’aurait pas changé l’issue du vote, s’ils avaient pu voter », ajoute le président.

La fâcheuse comparaison avec Lancy

Ce sont surtout les membres actifs de la première et de la deuxième équipe qui ont voté contre ce projet. Joueur et porte-parole de la première équipe d’Interstar, Frédéric Simoes nous donne quelques explications : « Nous avions l’impression qu’il nous manquait des informations de la part de notre comité. Nous ne savions pas concrètement ce qui allait se passer et avons eu l’impression de passer pour des laissés pour compte. Nous avons parlé avec des joueurs du FC Saint-Jean et eux non plus ne savaient pas grand-chose. Ceux qui ont créé ce projet ont oublié qui allait le voter, la moindre des choses aurait été d’en informer les membres actifs. Aucune réunion avec la présence des membres actifs des trois clubs n’a été organisée, aucune information concrète et écrite ne nous a été transmise. A Lancy, ils savaient tout en détail avant la fusion. Nous, on ne savait rien. »

Cette comparaison avec Lancy, club né l’année dernière de la fusion entre le FC Grand-Lancy et le FC Lancy-Sports, n’avait pas lieu d’être pour le président Laddi : « Nous avons beaucoup souffert de la comparaison avec Lancy, alors que notre cas n’a rien à voir. Les objectifs et les envies sont complètement différents. En plus, les budgets sont absolument incomparables et notre équipe n’est pas en première ligue. »

Le mauvais début de saison des trois équipes actives du Lancy FC – qui s’améliorent cependant en ce second tour – ont rapidement mis la peur au ventre des futur votants. « Du coup, les gens n’ont pas pu s’empêcher de faire cette comparaison avec Lancy », poursuivait Snoussi Laddi.

Manque de communication et d’information

En plus de ne pas vouloir « faire comme Lancy », les partisans du refus de fusion argumentent en premier lieu un manque de communication et donc d’information. A ce sujet, le coordinateur du projet, Nelson Pereira, reconnaît : « Globalement, nous n’avons pas trouvé le bon terrain de communication avec eux. On peut dire qu’il y a eu un échec de notre côté ».

Chaque comité était responsable de la communication auprès de ses membres. A cet égard, Germain Ruiz, vice-président d’Interstar, nous confie : « Nous avons communiqué de la meilleure manière possible, je ne dis pas que nous avons fait tout juste ou tout faux, mais on a essayé de faire passer le message. Après, il faut des interlocuteurs en face qui soient intéressés ». Ce que confirme le président Snoussi Laddi : « Après chaque réunion du comité de fusion, nous informions les entraîneurs de ce qu’il en était, et eux-mêmes étaient chargés de le faire auprès de leurs joueurs. Ce qui ne semble pas avoir été fait. »

Fred Simoes n’est pas de cet avis et se défend : « La veille de la votation, une personne est venue nous parler brièvement du projet, sans une présentation détaillée, sans chiffres, sans réelle structure. Il n’y avait pas d’information concrète. C’était évidemment difficile pour nous de voter oui pour un projet que nous ne connaissions pas ».

Une perte d’identité 

Les joueurs d’Interstar, en plus de ne pas vouloir briser leur bonne dynamique, avaient également peur de ne plus être l’équipe fanion du futur Olympique de Genève : « Nous avons demandé des garanties afin d’être la première équipe du futur club si nous montions en 2ème ligue, ce qui, dans un premier temps était impossible, puis a été promis oralement à notre entraîneur Tiago Da Silva, mais cela n’a jamais été fait concrètement par écrit. »

« Il était impossible de faire une garantie écrite, car si chaque équipe fait ça, on va pas s’en sortir… », ajoute Snoussi Laddi, qui estimait cependant que cela avait été décidé de manière tacite : « Est-ce qu’on va aller chercher une équipe compétitive ailleurs alors qu’on en a une ici ? Bien sûr que non. Mais ils ne nous ont pas fait confiance, ils ont eu peur qu’on leur la fasse à l’envers ».

Mais le manque de communication n’explique pas tout. Une des autres raisons évoquées contre ce projet de fusion a été l’aspect identitaire et symbolique. Si la perte d’identité a été un prix à payer pour les membres d’Athlétique-Régina et de Saint-Jean, l’addition était trop lourde pour le CS Interstar.

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Le logo d’Interstar ne disparaîtra donc pas

Fred Simoes résume la situation de son équipe, actuellement en haut de tableau de 3ème ligue et en bonne posture pour monter en 2ème ligue : « Nous avons connu la montée de 4ème en 3ème ligue la saison dernière et nous sommes actuellement premiers du classement (ndlr : au moment de notre entretien), nous voulions donc continuer symboliquement notre chemin ensemble. »

« Identitairement, nous sommes très attachés à ce club, poursuit-il. Autant les joueurs que l’entraîneur, nous sommes tous des potes et 7 d’entre nous étions ensemble en sélection genevoise des M14. Nous aimons le groupe et il y a une super ambiance. En votant oui à la fusion, l’équipe aurait explosé et cela se serait ressenti sur les résultats actuels. Nous n’avions pas envie de rentrer dans une nouvelle structure. »

Le côté identitaire est un argument certes discutable, puisque certains joueurs sont au club depuis 6 mois ou un an seulement. Mais ce refus peut également s’expliquer par la peur du changement et la peur de briser une dynamique positive dans laquelle est installée l’équipe depuis bientôt deux ans. Le porte-parole de la première équipe d’Interstar estimait donc qu’il était un peu précipité de fusionner : « Cela aurait été plus pertinent si un des trois clubs était déjà en 2ème ligue. La fusion n’est pas une mauvaise idée, mais on pense que cela aurait été mieux d’attendre. »

Nelson Pereira, coordinateur du projet, regrette de son côté : « Nous avons essayé de les sensibiliser. Il n’y a pas que la première équipe dans un club. Il y a une trentaine d’actifs, mais derrière il y a plus de 200 juniors. Le projet vise à assurer la pérennité de toute la formation des juniors de Varembé qui est reconnue. La première équipe est une finalité mais tout ne doit pas être centré sur elle. »

Changement de comité

Cette vision centrée sur la première équipe est contestée par Fred Simoes : « Le comité va partir et c’est nous qui allons reprendre le club. Contrairement au comité actuel, nous allons tout essayer pour faire évoluer le club, à commencer par fournir du matériel (trainings, sacs) aux jeunes, au lieu de se contenter d’encaisser leur cotisation. »

Snoussi Laddi, président sortant d’Interstar, précise que « quand nous avons repris le CS Interstar, le club avait d’importantes dettes que nous avons dû combler. A en croire certains, on dirait que les cotisations finissent dans ma poche, alors que nous nous sommes battus pour supprimer les dépenses inutiles. Maintenant, le CS Interstar est un club financièrement sain qui ne dépend d’aucun sponsor. »

Ce seront donc certains entraîneurs du club et membres de l’actuelle première équipe d’Interstar qui reprendront le club. Avec le renouveau du CS Interstar, nous pouvons parler de la naissance de deux clubs à Varembé et non uniquement de l’Olympique de Genève. Fred Simoes et Tiago Da Silva, actuel entraîneur de la première équipe, feront entre autres partie du prochain comité d’Interstar, dont la composition exacte et les rôles restent à déterminer. « Pour nous, passionnés de football depuis tout petits, ce sera l’opportunité de gérer un club et d’apprendre de nouvelles choses », poursuit Fred Simoes. A cet égard, les divergences avec le comité actuel ne vont pas empêcher ce dernier de collaborer au moment du passage de témoin puisque Snoussi Laddi va volontiers offrir son aide : « Je vais leur filer un coup de main administratif. Ils prennent des responsabilités donc autant que je les encourage là-dedans. Donc s’ils ont des questions, je leur réponds volontiers car je veux qu’ils réussissent. »

Dans cette nouvelle structure du CS Interstar, les jeunes auront donc leur place pour Fred Simoes : « Nous avons déjà des fonds, les jeunes auront des équipements. Nous pensons que les jeunes ne seront pas moins bien chez nous qu’à l’Olympique de Genève. Nous allons tout faire pour qu’ils soient bien encadrés et continuer le travail qui a été fait par l’ancien comité. ».

La première équipe d’Interstar (Photo: CS Interstar)

Cohabitation obligatoire

Ce sont donc ces arguments défendus bec et ongles qui ont primé au moment de prendre la décision. Fred Simoes ajoutait malgré tout d’autres détails qu’il considère importants : « Le problème, c’est qu’au sein des trois clubs, les gens ne s’entendent pas forcément bien. Nous avons l’impression que c’est Régina qui a créé ce projet, et nous ne sommes pas adeptes de leur politique sportive de recrutement et de rémunération de joueurs ».

La vision du futur comité d’Interstar est bien résumée par Fred Simoes : « Nous n’avons pas besoin de nous associer pour évoluer ». Cela veut dire que leur projet ne se résume pas à une bande de potes qui veulent être indépendants, mais qu’ils ont également une vision d’avenir. « Notre groupe de potes ne va pas s’éclater dans un court terme. Et si les circonstances de la vie font que des joueurs partiront, nous connaissons suffisamment de monde dans le foot genevois qui serait d’accord d’intégrer notre club ».

Quoi qu’il en soit, Interstar aura donc un rôle important à jouer à Varembé, à commencer par arranger les problèmes de comportement actuels. « Nous ne sommes pas les plus exemplaires sur le terrain cette année, reconnaît Fred Simoes. Mais nous allons instaurer une charte afin de recadrer et structurer les joueurs ». Concernant le groupe d’ultras bruyants qui suivent leur équipe dans tous les stades de Genève, « nous leur sommes reconnaissants d’amener cette ambiance à Varembé, mais nous savons qu’ils devront faire attention aux pétards et aux fumigènes, qui sont interdits ».

De son côté, le président sortant Snoussi Laddi, avoue avoir « plus mal vécu l’avant fusion que le refus en soi qui était prévisible, tant on a dit n’importe quoi sur moi ». Il s’en ira à la fin de la saison avec des regrets, certes, mais souhaite le meilleur au futur comité : « Par rapport à mon vécu, je sais que la meilleure chose c’est l’unification de la prise en charge à Varembé. Tout le monde est d’accord avec ça mais bon… Le plus important, c’est d’avoir essayé. Je souhaite le meilleur au futur comité et j’espère qu’ils nous donneront tort. »

Et à Fred Simoes de conclure sur une vision positive : « Maintenant, il y a deux clubs à Varembé et on espère que les choses se passeront pour le mieux pour les deux ». Les deux nouvelles structures ne se regarderont donc pas en chiens de faïence. Et c’est là le plus important.

 

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