Mergim Ferati, toujours plus haut ?

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Proxifoot est allé à la rencontre de Mergim Ferati, meneur de jeu du FC Stade Nyonnais.

Il est gaucher, de petit gabarit et porte le numéro 10. Il est réservé, timide, discret et ne parle pas beaucoup. Il préfère plutôt parler sur le terrain, où il a tendance à mettre tout le monde d’accord. Mergim Ferati fait partie de ce genre de joueurs dont le déplacement au stade vaut toujours la peine. Et cela lui permet d’avoir plus d’un point commun avec son idole, un certain Lionel Messi. Formé à Meyrin mais révélé à Lancy sous les ordres de Bojan Dimic en 1ère ligue classic, ce meneur de jeu est monté de catégorie l’été dernier puisqu’il évolue désormais au Stade Nyonnais, en 1ère ligue promotion. Un transfert tombé à un moment ambitieux du joueur qui voulait « découvrir le niveau au-dessus ».

Son nouvel entraîneur, Bernardo Hernandez, lui courait après depuis longtemps, comme il l’a indiqué récemment lors d’une interview sur le site du club : « Je le voulais depuis trois ans mais, à chaque fois, un autre club avait pris les devants. Cette fois-ci, je m’y suis pris un peu plus tôt et je ne regrette pas son arrivée. Il est techniquement au-dessus de la moyenne ». Des compliments qui sont toujours bons à prendre pour le numéro 10 nyonnais : « Venant de l’entraîneur, c’est sûr que c’est très flatteur… ».

Mais Bernardo Hernandez n’est pas le premier entraîneur à être tombé sous le charme du talentueux milieu de terrain. Bojan Dimic, celui qui l’a révélé au public genevois sous les couleurs du FC Grand-Lancy, devenu par la suite le Lancy FC, nous résume : « C’est le joyau que tout entraîneur rêve d’avoir dans son équipe. Car, avant d’être un joueur de grand talent et intelligent, c’est tout d’abord un garçon très gentil et bien élevé. »

Envol à Marignac

C’est en effet sous les couleurs (grand-)lancéennes qu’il a véritablement explosé. Arrivé du côté de Marignac à 20 ans en provenance de Meyrin, où il a fait quelques apparitions avec la première équipe mais principalement joué avec la « deux », le jeune Mergim a tout de suite joui de la confiance de Bojan Dimic : « Je me souviens qu’à ses débuts, je voulais absolument qu’il lâche son ballon car il avait tendance à faire le crochet de trop. Et puis petit à petit, j’ai compris, qu’au contraire, il fallait lui laisser cette liberté car il ne pouvait s’exprimer que dans ce registre. J’ai compris qu’il s’agissait d’un artiste et qu’il fallait juste l’accompagner dans son action et surtout ne pas lui enlever sa liberté de jouer et de penser car il fait les deux à merveille ».

Fc Lancy vs Fc Meyrin

Avec Lancy, lors d’un derby contre Meyrin la saison dernière (Photo: OneClick)

Au fil des matchs et des saisons, ses performances s’amélioraient, les adversaires souffraient – pour ensuite tenter de le recruter – et les statistiques le prouvaient : « Les trois saisons qu’il a passées chez nous ont été extraordinaires au niveau des statistiques, poursuit Dimic. Au fil des saisons, il est monté en puissance tant au niveau des buts que des passes décisives. La saison dernière, il a fini avec 10 passes et 10 buts (pied gauche, droit et tête) ce qui, pour un milieu offensif, est une très grosse performance ! »

En résumé, l’entraîneur lancéen aura été marqué par ce joueur : « J’ai hérité d’un diamant brut, il fallait continuer à le travailler, mais bien le travailler, pour en faire une pierre précieuse qui brille. J’espère que j’aurai un jour l’occasion de l’avoir à nouveau sous mes ordres, ce joyau ! ». Le joueur lui, n’aura pas été indifférent à ces trois années passées sous les ordres de Bojan Dimic : « C’est l’entraîneur qui a le plus compté pour moi, celui qui m’a fait le plus confiance ».

Déjà trop vieux  ?

Lorsqu’on lui demande où il préfère jouer, Ferati n’a pas de doute : « Milieu offensif, c’est là où je suis le plus à l’aise ». Et c’est là où il joue à Nyon – à merveille pour le moment – et où il l’a fait à Lancy la plupart du temps. Et une chose est sûre, quasiment à chaque match, il étonne ses adversaires, tant il est au point techniquement, tactiquement, physiquement et mentalement. Sans parler de sa belle élévation qui lui permet de gagner de nombreux duels malgré sa petite taille, et d’un pied droit qui ne sert pas uniquement à monter dans le bus, ce qui est rare pour un gaucher. « C’est le seul gaucher que je connaisse qui utilise le pied droit très normalement », ajoute Dimic.

Après cette longue liste de qualités, nous sommes en droit de nous demander pourquoi les recruteurs du canton ne se sont pas penchés sur ce talent qu’ils ont sur place au lieu d’aller chercher leur bonheur ailleurs. Alors, à 24 ans, Mergim Ferati est-il déjà trop vieux pour faire le grand saut ? C’est en tout cas ce qu’on lui aurait dit lors de la première journée de championnat en août dernier sur le terrain des M-21 du FC Saint-Gall. Après avoir réalisé un excellent match, comme à son habitude, les Saint-Gallois sont allés se renseigner sur son cas auprès du staff du Stade Nyonnais. Après avoir appris qu’il avait « déjà » 24 ans, ils l’auraient estimé « trop vieux » et ayant « deux ans de trop ».

Ce qui n’est pas de l’avis de son entraîneur actuel, Bernardo Hernandez, qui déclarait sur stadenyonnais.ch : « Je suis surpris qu’aucun club de division supérieure ne l’ait déjà approché. Je suis persuadé que son passage chez nous sera pour lui un tremplin vers l’échelon supérieur ». Même son de cloche chez son ancien mentor, Bojan Dimic : « Je l’avais proposé au mois de juin à Servette par le biais de Sébastien Fournier, malheureusement sans suite. Dommage, car il mérite amplement d’avoir sa chance en Challenge League au moins ! ». Connaissant les lacunes dans l’entrejeu des Servettiens cette saison, un meneur de jeu du profil de Ferati ferait le plus grand bien aux Grenats. Le joueur lui, préfère rester à l’écart et nous avoue n’avoir jamais été contacté par Servette. Et si l’occasion se présentait ? « J’y réfléchirais, je pèserais le pour et le contre… », nous avoue-il timidement.

Les études avant tout

Pour le moment, l’idée de faire carrière dans le football ne trotte pas dans la tête de Ferati. Bien au contraire. Malgré un talent footballistique au-dessus de la moyenne, le Suisse d’origine kosovare a la tête sur les épaules. Etudiant à la Haute Ecole de Santé, il connait ses priorités dans la vie, où il veut devenir technicien en radiologie : « Mon objectif c’est quand même de finir mon école, c’est ma priorité », nous confie-t-il.

Une école qu’il terminera à 26 ans – il en a actuellement 24 –, un âge peut-être tardif selon lui pour faire le grand saut dans une catégorie supérieure à la 1ère ligue promotion. Après Lancy, il n’y avait donc que trois clubs régionaux pour monter d’un cran : Carouge et Nyon en 1ère ligue promotion… et Servette en Challenge League. Nyon est donc un bon compromis entre une progression footballistique et une proximité géographique pour terminer ses études.

Ferati-vs-Lucerne

Avec Grand-Lancy en coupe suisse contre Lucerne, en octobre 2011 (Photo: OneClick)

A Nyon pour une année

Le milieu de terrain s’est vite senti « très bien intégré » au Stade Nyonnais, où il ne connaissait pas forcément les joueurs avant de débarquer à Colovray : « Je connaissais de vue quelques Genevois de l’équipe: Paratte, Poceiro, les gardiens Mutombo et Eyer… et l’entraîneur, aussi. Mais sinon, j’en connaissais pas plus que ça ».

Il ne lui a pas fallu longtemps pour justifier son transfert du côté de Nyon, où il a déjà les clés du jeu des Stadistes en main. Concernant le saut de 1ère ligue classic à la 1ère ligue promotion, il nous avoue : « Il y a une différence surtout au niveau tactique, les joueurs sont mieux en place. Tu joues aussi souvent contre des anciens pros, donc tu sens que le niveau est au-dessus. Mais au niveau de l’engagement physique, il n’y a pas tant de différence que ça. Je pense que c’est une bonne catégorie pour les jeunes, pour qu’ils puissent se faire voir dans toute la Suisse ». Son talent, il a même pu l’exprimer lors du récent 1/16 de finale de coupe suisse face aux tout puissants Grasshoppers qui s’est soldé par une défaite in extremis à la dernière minute des prolongations (2-4) : « C’était comme un match de championnat. Bizarrement, je me suis senti à l’aise, sans pression. Alors qu’il y a deux ans avec Grand-Lancy, en coupe suisse contre Lucerne, j’avais été trop respectueux de l’adversaire. »

Même si Nyon est bien parti dans ce championnat, l’objectif du club selon le modeste Ferati est le maintien, ce qui ne devrait pas être un problème. « Le championnat est assez serré. Là, on a pris un peu d’avance sur les derniers mais on ne sait jamais ce qui peut arriver donc on va essayer de faire les points au plus vite », confie-t-il.

Pour l’instant, il ne reste plus qu’à admirer son jeu du côté du Centre sportif de Colovray. Blessé pour les prochaines 3-4 semaines et donc absent pour le derby régional entre Nyon et Carouge de ce week-end, Ferati n’a qu’une envie, celle de retrouver la pelouse, son théâtre, là où il préfère s’exprimer. Avant de savoir de quoi sera fait son futur, il a déjà pris rendez-vous dans 10 ans dans son tout premier club : « Je me vois à 34 ans à Versoix, en vétérans », plaisante-t-il. La suite à court terme, elle se dessinera toute seule. La catégorie de jeu, aussi. Car il ne faut pas oublier qu’il a signé uniquement pour une saison du côté de Nyon…

 

BIO EXPRESS
Jusqu’en 2007 : Juniors au FC Versoix
2007 – 2010 : Meyrin FC
2010 – 2013 : FC Grand-Lancy (devenu Lancy FC en 2012)
Depuis 2013 : Stade Nyonnais

Ferati-Versoix

Tout petit, avec les juniors de Versoix (au centre)

 

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