Une-deux avec… Brian Wakker

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Le journaliste sportif de Léman Bleu s’est prêté au jeu des questions-réponses.

Il est une des « gueules du sport » de Léman Bleu, la chaîne télé des Genevois, aux côtés de Jérémy Riser. Journaliste au parcours atypique, Brian Wakker a commencé à la radio du Servette FC où il a laissé une belle trace grâce à ses commentaires remplis de passion. Désormais plus posé et avec davantage de recul, il présente notamment les émissions Léman Bleu Football et Léman Bleu Hockey. Logiquement, nous nous intéresserons à la partie qui nous concerne, à savoir le ballon rond. Récemment, il a aussi réalisé un reportage sur Michel Pont intitulé Michel Pont – 13 ans aux côtés du sélectionneur, grâce auquel il a pu se rendre au Brésil pendant la Coupe du Monde.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que Brian est aussi un acteur du football des talus puisqu’il est gardien de but à Lancy. Nous avons forcément voulu en savoir un peu plus sur ce rôle de « goalie ». De Servette à Manchester en passant par le foot régional, nous avons exploré avec lui l’actualité footballistique.

 

Salut Brian, comment as-tu débarqué dans le petit monde du journalisme sportif genevois ?

Mon parcours est un peu atypique. De nombreux journalistes te diront qu’ils rêvaient de ça depuis tout petit, moi non, parce que je ne pensais pas ça possible ! Parce que je suivais le Servette de près (un ami tenait un blog sur le club), j’ai pu rencontrer Pascal Mathieu, aujourd’hui directeur adjoint à Léman Bleu. Et un jour, David Pivoda, qui était à l’époque vice-président du Servette, a dit à Pascal : « Je cherche quelqu’un pour commenter les matchs du Servette à la radio, tu ne connaîtrais pas un jeune qui s’intéresse au club et qui fait des études de journalisme ? ». Remplir ces deux conditions est assez rare, alors il lui a parlé de moi, même si je n’étudiais pas le journalisme. J’ai pris contact avec David, et au départ je suis allé à l’entretien pour refuser, je terminais un CFC d’employé de commerce et j’allais entamer la Matu Pro, je pensais que ça me ferait trop.

David Pivoda m’a demandé de faire un essai avec un match, il a mis un 4-0 contre Schaffhouse avec une volée incroyable de Pizzinat, une blessure en début de match de Novelle et l’entrée de Monteiro, avec qui je m’étais entraîné auparavant. J’avais de la matière pour bien rentrer dans le truc ! Au bout de 30 secondes, David éteint et me dit : « Ecoute, tu ne peux pas me refuser ça, je suis obligé de t’engager ». Donc j’ai accepté. J’ai fait une soixantaine de matchs : les cinq derniers de cette saison-là (ndlr : 2009-2010) et les deux saisons suivantes, une en Challenge League et une autre en Super League. Servette qualifié pour l’Europe, Pascal Mathieu me rappelle : « Ecoute, maintenant c’est moi qui cherche quelqu’un pour Léman Bleu, est-ce que ça pourrait te plaire ? » J’ai dit : « C’est clair que ça pourrait me plaire, avec plaisir ! ». Donc mon arrivée à Léman Bleu s’est faite comme ça.

 

A la radio du Servette, on se rappelle de tes commentaires lors d’un but en fin de match contre Vaduz…

Tout le monde m’en parle de ce but ! (rires) Je crois qu’il n’y a pas une personne qui est fan du Servette qui ne m’en a pas parlé. J’essaye de m’en détacher un maximum parce que ça me colle à la peau. Déjà, j’aimerais juste rappeler que je reste poli ! Si je ne me trompe pas, la phrase exacte c’était : « C’est bien fait et bon retour chez vous », ou quelque chose comme ça. Mais ce que les gens ne savent pas, à part mes proches, c’est que c’est du faux direct cette vidéo. Cela a été enregistré après coup et vous verrez en la re-regardant que je connais un peu « trop », je suis beaucoup trop précis pour que ce soit un vrai direct ! A l’époque, on n’avait pas les moyens d’enregistrer le direct et de le caler à la vidéo, donc je me suis retrouvé chez l’autre Brian, celui qui s’occupait de la Stv, le lendemain du match. Il a donc fallu rejouer la scène de l’explosion. C’est ça qui est encore plus savoureux, c’est que c’est complètement fake cette vidéo.

On m’a aussi demandé si ça n’allait pas me fermer des portes, si les gens n’allaient pas me cataloguer Servette FC. Je trouve que le fait que ce soit un fake démontre que je l’ai fait parce que c’était mon métier, qu’on me demandait cette subjectivité. Quand je suis arrivé ici, le rédacteur en chef de l’époque avait aussi cette crainte, il m’a dit : « Il faut vraiment que tu te détaches du Servette FC ». Je pense que depuis deux ans et demi que je suis là, j’ai montré que quand il faut tirer sur le club, je n’hésite pas à le faire parce que je suis journaliste avant d’être genevois. Mon job, je le fais au plus proche de ma conscience. Et si un jour je devais commenter un Servette-Sion en finale de coupe suisse, je ne serais pas le plus heureux des hommes si Sion l’emporte mais je le commenterai de la même manière qu’une victoire servettienne, parce que c’est mon métier.

 

Tu présentes les émissions LB Foot et LB Hockey. Alors, à choisir : foot ou hockey ?

Honnêtement, tu m’aurais posé cette question il y a deux ans, je t’aurais répondu foot sans l’ombre d’un doute. Aujourd’hui, je vais répondre hockey pour une raison toute simple : les gens sont beaucoup plus simples. Par exemple, si tu demandes une interview à Chris McSorley (ndlr : entraîneur du Genève-Servette Hockey Club) à trois minutes du coup d’envoi, il va la faire. J’ai pu aller à Göteborg avec le Genève-Servette en Ligue des Champions, ils m’ont tout ouvert. Ils perdent 3-0 à la fin du premier tiers, ils rentrent aux vestiaires et je suis là, caméra allumée ! On parle de la Ligue des Champions ! C’est inimaginable dans le football, même en Challenge League.

 

Et en jeux vidéos, FIFA 15 ou NHL 15 ?

En jeux vidéos, je vais répondre la même chose. Je trouve que NHL 15 (récompensé meilleur jeu de sport à l’E3 2014) est beaucoup plus réaliste que FIFA 15. Après, ça dépend de notre pratique, je n’ai pas beaucoup fait de hockey sur glace alors que je joue foot, donc je suis exigeant, j’ai envie que le jeu ressemble à ce que je vis. Et FIFA n’est pas encore assez proche de ce que je ressens.

 

Parfois tu ne préférerais pas vivre dans une ville avec davantage de clubs dans l’élite ? Ce n’est jamais lassant de faire principalement du Servette, que ce soit au foot ou au hockey ?

Oui et non. Si j’étais dans une ville comme Paris par exemple, ce serait génial parce qu’il y a un club d’élite, la Ligue des Champions, etc. Mais d’un autre côté, dans une ville comme Paris, un type comme moi, qui a fait l’école de commerce, qui n’a pas fait l’uni, il n’a aucune chance d’arriver où je suis. Et ça, il n’y a qu’à Genève qu’on a ce genre d’opportunité.

Mais pour en revenir aux « Servettes », ce n’est pas lassant parce qu’il se passe toujours quelque chose ! En début de saison, on se demande de quoi on va parler. Au hockey par exemple, on dit souvent qu’il ne se passe rien jusqu’aux play-offs. Et finalement, ça fait 3 semaines que ça a repris et il s’est déjà passé un tas de trucs !

 

Le fait que vous vous étendiez au Grand Genève (Nyon, ETG), c’est pour varier votre contenu ?

Nyon, c’est parce que cela fait partie de notre zone de couverture. Nyon est partie prenante de Léman Bleu. L’ETG (ndlr : Evian-Thonon-Gaillard), c’est plutôt ma volonté. En termes de football d’élite depuis Genève, soit tu fais 20 minutes de voiture et tu vas voir les Roses, soit tu roules deux heures et tu vas voir Young Boys ou Sion. L’ETG, ça reste le club de l’élite le plus proche de chez nous, et avec un tel club si proche de nous, on aurait tort de s’en priver.

 

Et Pascal Dupraz, il est facile d’accès ?

Oui parce qu’il a tout compris, justement. Il a compris qu’il faut « vendre » son produit. Et quelque part, s’il est au poste qu’il occupe actuellement (manager général), ce n’est pas pour rien. Il est apprécié par les supporters, c’est un gars du coin, un Savoyard, il incarne ce club. C’est un peu ce que fait McSorley à Genève, il n’est certes pas genevois et ne parle pas français, mais il incarne le Genève-Servette.

C’est pour ça que Dupraz est facile d’accès. J’avais fait une interview avec lui il y a quelques mois, au domaine de Blonay, où ils s’entraînent. La veille, il était dans « J+1 » sur Canal+. Le lendemain donc, on fait un entretien au bord du terrain. Avant de commencer, je lui dis : « Je suis désolé, c’est pas Canal ». Et il me dit : « C’est pas grave, c’est très bien ». De se faire accueillir ainsi, ça soigne les relations. Même les petits médias, il les traite correctement.

 

Tu es aussi un acteur du football des talus puisque tu es gardien de but. Quel est ton parcours dans le foot genevois ?

C’est aussi un parcours atypique. J’ai fait toutes mes classes ou presque au FC Lancy-Sports. A la fin de ma première saison de A, je me suis cassé la rotule dans un accident de la route. Pendant ma rééducation, un ami m’a convaincu de le rejoindre à Onex, et j’ai donc terminé mes juniors là-bas. Alors, avec les études et surtout parce que j’avais commencé la radio au Servette, je n’étais plus vraiment disponible les week-ends, donc j’ai décidé d’arrêter.

A ce moment-là, Cédric Tallant est parti entraîner Satigny et m’a dit qu’il cherchait un gardien. J’ai essayé en 3ème ligue mais comme prévu, je n’avais pas ou peu de temps, et donc j’ai arrêté avant la fin du premier tour. La saison suivante, le foot me manquait, alors j’ai repris en 5ème ligue dans une équipe de potes, à Tordoya. Mais au fur et à mesure que je m’entraînais, j’ai commencé à ressentir des douleurs au genou. Donc au terme du premier tour, avec mon meilleur ami qui avait également des problèmes au genou, on a repris l’équipe en tant qu’entraîneurs. On a fait 6 mois puis on a arrêté.

Plus de football pendant un an, mais ça finit toujours par te démanger ! Alors j’ai été voir un spécialiste du genou, en l’occurrence le Pr. Menetrey qui s’occupe du Genève-Servette et qui m’a opéré à l’été 2013. Petit à petit, pendant ma rééducation, je me demandais si, et surtout où, j’allais reprendre le foot. Mais quand t’es gardien, c’est toujours pareil : les gens ont toujours besoin de joueurs à ce poste, même pour faire le nombre à l’entraînement. Certains de mes invités qui connaissent mon poste, m’ont déjà dit : « Ah mais viens à l’entraînement, j’ai besoin d’un gardien! ». Et puis j’ai noué de très bons contacts avec Bojan Dimic du Lancy FC, et c’est moi qui ai fait la démarche cette fois. Je lui ai dit que j’aimerais bien, sans ambition et sans prétention aucune, venir m’entraîner pour reprendre du physique. Il a accepté, et ça m’a surpris, car c’est quand même la 1ère ligue et je ne prétends vraiment pas avoir le niveau. Donc j’ai repris et j’ai découvert ce qu’est le rythme de la 1ère ligue, j’ai pris une belle claque dans la gueule lors des premiers entraînements !

Après 2-3 semaines, l’entraîneur des gardiens m’a dit que la 2ème équipe avait besoin d’un remplaçant, donc j’ai fait ma licence sans rien garantir, car j’ai beaucoup de boulot les week-ends. Maintenant, en fonction de mes disponibilités, je m’entraîne lundi-mardi avec la première équipe et jeudi-vendredi avec la deuxième. Et si je suis disponible, je vais sur le banc avec la Deux le week-end. Franchement, je conseille à tous les journalistes de faire du sport, et surtout de tester une fois « l’élite ». Tu remets en perspective les choses.

 

Honnêtement, quelle opinion as-tu du niveau du football genevois ? As-tu l’impression que cela se dégrade ? A part les promotions « automatiques » de 2ème ligue en 2ème ligue inter, après cela coince.

Le niveau est bon, il ne faut pas tirer sur l’ambulance. Le problème, c’est que lorsque la locomotive ne va pas, derrière ça peine aussi. Quand Servette était en Super League, Carouge est monté en Challenge League, Lancy a fait la fusion, Meyrin jouait les finales…

Après je pense qu’il faut laisser du temps au temps. Comme dans le foot international, on en laisse de moins en moins aujourd’hui. Je pense que les clubs devraient se donner du temps, que ce soit Servette avec Cooper, Carouge avec Cotting, Meyrin qui vient de changer d’entraîneur, ou Lancy. Mais si tu regardes, c’est pareil chez les jeunes : aujourd’hui, un gamin qui ne joue pas en juniors B, il va changer de club. On n’a plus la volonté de se battre et de construire quelque chose.

 

A part les promotions de Servette et Carouge ces dernières années, la dernière joie du foot genevois remonte à 2009 et la promotion de Grand-Lancy en 1ère ligue…

C’est parce qu’on est cons aussi ! Quand les M-21 de Servette avaient l’occasion de monter en 1ère ligue, Chênois a tout fait pour les battre lors de la dernière journée. Alors que lorsqu’un club suisse-allemand en affronte un autre qui peut jouer quelque chose, celui qui n’a rien à jouer va laisser dérouler. C’est l’éternel problème genevois, on est nombrilistes.

Brian Wakker - LBFoot

Brian Wakker et ses invités sur le plateau de Léman Bleu

 

Entre nous, tu y crois vraiment au projet « gallois » du Servette ?

Si tu veux bien, dissocions les deux mots. Pour le « projet », ce n’est pas très clair. Ce qui est surprenant, c’est qu’il a fallu définir un projet, définir la marque Servette. Mais la marque existe déjà depuis plus de 100 ans, il n’y a pas besoin de la définir ! Le projet pour moi ça doit être Servette en Super League, je ne vais pas plus loin que ça.

Ensuite, pour le côté « gallois », je suis peut-être naïf mais pour l’instant ils m’ont convaincu. Jenkins (ndlr : directeur général du Servette FC) est intéressant. En faisant abstraction du passé, si on prend juste la période du 30 juin à aujourd’hui, il n’y a rien à dire. Ils repeignent le stade, la zone mixte, ils ont refait le vestiaire… Ce sont des détails, mais ce sont des choses qui comptent. Pour Cooper, c’est pareil. Par exemple, Sauthier a prolongé, ça montre que c’est lui qui décide. On me parle de Barroca, et j’ai mon avis sur la question, comme tout le monde. Force est de constater qu’il a eu sa chance en Coupe, il s’est fait lober de 60 mètres. Müller fait aussi des erreurs, mais ce qu’il faut comprendre c’est qu’on change un joueur à sa première erreur ou presque, pas un gardien. Cooper fait des choix, il faut lui laisser le temps. On aura largement le temps de juger son travail.

 

Honnêtement, crois-tu à une promotion du Servette FC cette saison ?

La promotion est jouable dans le sens où il n’y a pas de grosses équipes, par contre, je pense qu’il faut plus se méfier de Lausanne par exemple que de Wohlen. Pour moi, une fois qu’ils seront maintenus, ils vont se relâcher. Je ne les vois pas aller chercher la montée… ça leur servirait à quoi ? Ils n’ont pas le budget, ils ont un stade de 3’700 places pour une ville de 15’000 habitants. Lausanne, et dans une moindre mesure Lugano et Winterthur, sont pour moi des candidats plus crédibles à la montée.

Après, intrinsèquement, je pense que Servette a les qualités pour monter. Poste par poste, Servette a une des meilleures équipes de la ligue. Il y a des joueurs qui ont joué plus haut, qui ont de l’expérience, il y a des bons jeunes qui sont internationaux juniors. L’effectif est là, mais une promotion ça se joue à peu de choses, il n’y a qu’une équipe qui monte. Tu passes à côté pendant trois matchs et t’es loin. Il n’y a pas beaucoup le droit à l’erreur.

 

Revenons-en à l’émission Léman Bleu Football. Tu as l’habitude de demander à tes invités le futur vainqueur de la Ligue des Champions. Qui a deviné l’année dernière ?

C’est Daniel Villa et Pascal Zuberbühler, mais Dani me l’a dit lors de la première émission de l’année, en août, alors que Zubi l’avait dit en mars, avant les quarts de finale. Mais bon, je pense que c’est plus le coeur qui a parlé pour Villa (rires).

 

Quel a été le moment le plus gênant depuis que tu as commencé cette émission ?

Il n’y a pas eu de moment gênant parce que j’adore ce que je fais et quoi qu’il se passe sur le plateau, je m’amuse. Mais il y a eu des moments un peu particuliers, comme quand on a reçu Sinval à moins de deux heures d’un match à domicile. Ou des moments tendus, comme l’engueulade entre Michel Pont et Massimo Lorenzi sur le plateau, ça a discuté un peu fort. Ce qu’on ne voit pas à la télé c’est que quand ça commençait à chauffer, on me disait à l’oreillette que j’arrivais au terme du temps qu’on avait prévu pour cette partie. A ce moment-là c’est au présentateur de décider quoi faire. Nous on veut montrer de la vie, et ça c’était de la vie alors je me suis dit : « Tant pis, le reste de la programmation sautera ». Bon, et puis il faut aussi avouer que tu ne stoppes pas Michel et Massimo comme ça ! (rires) Après, ce qui est très sympa c’est qu’à peine sortis de l’émission, les deux discutaient comme si de rien n’était, ils en rigolaient.

Sinon il y a aussi les moments bizarres, où tu reçois des personnes que tu connais mais que tu dois vouvoyer : Sacha Roulin, Julien Monnard, Bojan Dimic, qui m’entraîne donc… Au hockey, j’ai reçu les frères Antonietti que je connais depuis tout petit.

 

Comment sélectionnez-vous les invités ?

L’année dernière, on avait un système hybride où on essayait de recevoir des joueurs, des journalistes, etc. Cette année, on a la volonté d’avoir un schéma clair, c’est-à-dire : avoir un consultant en plateau pour chaque match du Servette à domicile, afin de l’analyser. Les consultants sont James Pauchard, Sébastien Roth et Pascal Marguerat, en alternance. Et lorsque Servette joue à l’extérieur, c’est un joueur qui va venir pour nous faire vivre ce que le groupe a vécu.

Pour ce qui est du foot régional, on essaye de faire un suivi un peu dans l’ordre. S’il y a une grosse actu, comme CS Italien en Coupe Suisse ou un match décisif en 2ème ligue par exemple, on va traiter l’actu. Sinon, « dans l’ordre » : Carouge et Nyon, puis 1ère ligue, 2ème inter, 2ème ligue et on recommence. Même si pour la 2ème ligue inter, c’est compliqué d’avoir tout le monde en même temps puisqu’ils sont 8 genevois.

 

L’idée de retransmettre la finale de coupe genevoise en direct sur Léman Bleu, elle est venue de toi ?

Je ne crois pas qu’elle soit venue de moi mais j’ai bien poussé dans ce sens. Je ne sais plus de qui elle est venue, soit Pascal, soit Jérémy, soit moi. En début d’année, nous avons fait l’acquisition d’une régie mobile, qui nous permet de tourner en extérieur. Dès le moment où on l’a eue, j’ai poussé pour qu’on fasse un match. Et au final, la finale de coupe a été la première rencontre diffusée en totalité en direct sur Léman Bleu Télévision. Et puis, c’était un plaisir pour moi de retourner aux commentaires. Ce n’était pas facile par contre de s’enflammer devant CS Italien-Interstar alors qu’il y a 4-0 après 60 minutes, mais c’était agréable de retourner aux commentaires.

On espère le refaire chaque année. A partir du mois de décembre, l’idée est de faire une retransmission sportive par mois en direct (course de l’escalade, foot, basket, hockey, rugby, etc.). Notre problème, c’est que pour faire un match en direct, il faut qu’on soit couverts, pour que les caméras soient à l’abri, et il faut qu’on ait de la hauteur. Et malheureusement pour le football, il n’y a pas beaucoup de stades qui offrent ça à Genève : La Praille, Carouge, Meyrin, et éventuellement Chênois.

 

Passons au foot international. Il paraît que tu supportes Manchester United ?

Oui, mais je ne suis pas un pur et dur, j’ai pris un certain recul depuis 2-3 ans. L’autre jour, je regardais le match contre QPR avec un ami qui est fan de l’Inter. A 2-0, il m’a dit : « Mais tu t’enflammes pas quand ton équipe marque ? ». Le fait d’être entré dans ce métier m’a fait me détacher un peu de ma passion pour certains clubs pour avoir une passion plus générale. Pareil pour Servette, quand ils perdent, je ne suis plus triste, déçu ou énervé, je fais mon métier.

 

Comment expliques-tu qu’il y ait autant de supporters de Manchester United à Genève ?

Parce que c’est un club à part. Il y a des clubs comme ça, Real, Barça, United, dans une moindre mesure Arsenal, ce sont des clubs qui ont une histoire, une fibre à laquelle soit tu croches soit tu ne croches pas. Tu ne peux pas les aimer un peu, soit tu aimes soit tu n’aimes pas.

Pour Manchester, moi je me reconnaissais dans cette philosophie d’esprit de famille, de long terme. Un des maillots qui a été le plus longtemps affichés sur mon mur c’est celui de Gary Neville. Cela paraît insensé parce que c’est un type qui n’a aucune technique, qui ne présente rien mais c’est un joueur qui se bat, qui fait avec ses qualités, il n’a jamais renié son club. Pendant toute sa carrière, on lui a dit qu’il n’avait rien à faire là, mais il a fait plus de 600 matchs pour ManU. Tu ne portes pas 600 fois ce maillot si t’es mauvais. C’est pour ça que les gens se reconnaissent dans ce club, car c’est un club qui joue sur des valeurs de combat, d’y croire jusqu’au bout… la finale de la Ligue des Champions de 1999 en est peut-être la meilleure illustration, une équipe qui ne mérite pas de gagner la finale mais qui y croit et qui gagne sur deux balles arrêtées dans le temps additionnel.

Ce club a sa propre philosophie, il se donne le temps de construire. Tout le monde parle de Ferguson mais avant lui, Sir Matt Busby a fait 24 ans en tant qu’entraîneur. Le licenciement de Moyes, même s’il était compréhensible, m’a quelque part encore un peu détaché du club, car ils se sont alignés au football international, c’est devenu « un club comme les autres ». Mais, c’est un club qui s’est toujours construit sur la durée. Scholes, Ferdinand… Ce sont des joueurs qui marquent. C’est quelque chose que je n’arrive pas à voir dans le championnat italien par exemple. Ca me sidère de me dire que Pirlo, et j’adore ce joueur (qui ne l’adore pas?), a joué à l’Inter, au Milan et à la Juve ! Le dernier transfert entre un joueur de Manchester et Liverpool date des années 1970, il me semble.

 

Pour finir, tu as réalisé un reportage sur Michel Pont et tu es même allé quelques jours au Brésil cet été pendant le Mondial. Quel était le contexte de ce reportage ?

On a eu la chance de bénéficier de l’opportunité d’un partenariat commercial, qui nous a permis de faire ce voyage au Brésil. L’idée de départ c’était alors de s’intéresser aux Genevois qui y allaient, parce qu’une télévision comme Léman Bleu n’a bien sûr aucun droit sur les matchs. Et puis je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire avec Michel Pont, qui vivait sa dernière aventure au sein de l’équipe suisse. Je l’ai appelé pour lui proposer et il a de suite accepté.

Finalement, c’était un travail de dingue qui a complètement pris le dessus sur l’autre magazine que je devais faire. Du 1er mai au 18 juillet, je n’ai pas arrêté. Je suis allé le voir au Brésil, mais aussi chez lui, à Zürich, à Weggis, à Lucerne, je n’ai pas arrêté pour un rendu qui, je pense, lui a plu. Le tout sans arrêter le contenu normal, les émissions classiques.

Après, ce qu’il faut dire c’est qu’à la différence d’une télévision comme la RTS, où le journaliste ne fait que son job de journaliste, j’étais au Brésil tout seul. Et je ne parle pas portugais ! Donc j’étais mon propre fixeur, mon propre caméraman, mon propre journaliste, mon propre monteur, j’ai tout fait seul ! En plus, pour maximiser ma présence là-bas, tous les soirs j’intervenais pour les émissions de Léman Bleu, avec le décalage horaire. C’était génial, c’était ma première Coupe du Monde, je n’oublierai jamais, mais quand je suis revenu, j’étais au bout ! J’ai dû faire du 18 heures sur 24 tous les jours. Tout le monde m’a dit : « Ah t’es allé au Brésil, mais t’es pas bronzé ! », mais j’ai dû faire 10 minutes de plage… et encore parce qu’elle était juste à côté de l’hôtel. Le seul moment où j’ai vraiment pu profiter, c’était le match Suisse-France. On n’avait pas les droits, on ne pouvait pas travailler dessus, donc j’ai regardé le match en tant que spectateur.

Brian Wakker - Michel Pont

Brian et Michel en pleine interview

 

Et Michel Pont, il était comment ?

Il a été super disponible, il a ouvert toutes les portes qu’il pouvait ouvrir. Je me souviens, à Weggis, au camp de l’équipe de suisse, il y a chaque jour trois joueurs à disposition des médias. Un jour, Ottrmar Hitzfeld ne devait pas parler, Michel lui a dit : « Ottmar, fais juste un mot avec lui, pour mon magazine ». La cheffe de presse a dit qu’il ne parlait pas aux médias, mais Michel a insisté et Ottmar Hitzfeld a répondu à mes questions pour le mag. Donc, oui, Michel a été génial, il m’a donné tous les accès qu’il pouvait me donner.

 

Dans un reportage de ce genre, ce côté « multitâches », ça te plaît ?

C’est dur mais en même temps c’est comme ça qu’on apprend. Si un jour je dois retourner sur une Coupe du Monde, je l’aurai déjà vécu, je saurai ce que c’est. Aujourd’hui, un type comme Matthieu Juttens, il est arrivé à la RTS avec certaines capacités. Parce qu’il a appris à se « démerder ». C’est un peu la voie classique de passer par une télévision régionale, parce qu’on apprend toutes les ficelles du métier.

 

Retrouvez le documentaire en ligne : partie 1, partie 2, partie 3.

Photos : Léman Bleu

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