Bojan Dimic : « Tous les matins, je me lève avec le sourire »

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L’ex-entraîneur de Lancy prend son pied depuis bientôt un an en tant que responsable des talents au Servette FC.

La vie change en un an. En octobre 2015, Bojan Dimic était licencié de Lancy après plus de cinq ans à Marignac, où il aura vécu la fusion lancéenne aux premières loges, passant ainsi d’entraîneur du FC Grand-Lancy en bleu et blanc, à celui du Lancy FC, en rose voire gris. La catégorie, elle, n’a pas changé, et l’ex-joueur de Chênois et Grand-Lancy a toujours réussi à maintenir le club en 1ère ligue, luttant même parfois pour les finales de promotion. En février dernier, le Suisse d’origine serbe rebondit au Servette FC dans un tout autre rôle, celui de responsable des talents du club grenat, succédant à Mario Cantaluppi. Loin, la pression des résultats de la 1ère ligue : désormais, il est davantage dans l’ombre mais son cahier des charges n’est pas moins rempli pour autant. Pour le moment, il vit pleinement son rôle, avant d’obtenir la Licence UEFA Pro l’année prochaine. Et le retrouver sur un banc d’entraîneur ? Interview.

 

Bojan, comment se passe ta nouvelle vie du côté du Servette FC ?
Bien, c’est très passionnant. Tous les matins, je me lève pour aller au foot, c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. J’ai sacrifié beaucoup de choses dans ma vie pour pouvoir faire ça, être dans le foot et surtout au Servette. En tant que Genevois qui suivait déjà le Servette à l’époque sur les épaules de mon papa aux Charmilles, c’est quelque chose qui me rend fier. Tous les matins, je me lève avec le sourire.

En quoi consiste précisément ce rôle de responsable des talents ?
Tout le monde me pose la même question (rires) ! Ce rôle de responsable des talents ou talent manager est obligatoire dans toutes les académies. D’abord, talent manager ce n’est pas le fait d’aller chercher des joueurs à l’extérieur et de les manager. Je reçois beaucoup de messages de managers qui me proposent des joueurs alors que ce n’est pas du tout ça. Concrètement, je m’occupe de tous les talents qui sont sous contrat à Servette. Par talent, on entend les joueurs à partir de 15 ans révolus et jusqu’à 20-21 ans. On en a en M16, M18, M21 et même en première équipe. Je peux m’occuper de beaucoup de choses, de leur planification, de leur charge… Je suis un petit peu leur grand frère. Je les accompagne, je suis leurs matchs. Pour ceux qui sont en équipe suisse, j’assiste aux matchs internationaux qui ont lieu en Suisse. Je dois les mettre dans le meilleur confort et je dois être là s’ils ont besoin de quelque chose. Mais sans entraver le travail de leur entraîneur, je ne m’occupe jamais de la partie tactique. Mais je peux faire des spécifiques, m’occuper de la partie technique et mentale. Je dois aussi faire attention s’ils sont trop sollicités, car il y a beaucoup d’agents autour des terrains. Il faut savoir que le jeune suisse entre 16-18 ans est très bien coté. Récemment, un club anglais s’est intéressé à un de nos jeunes. Notre rôle, c’est de les conseiller aussi.

Au niveau de tes diplômes d’entraîneur, où en es-tu ?
J’ai passé tous les examens pour la Licence UEFA Pro, niveau foot. J’ai également fait tous les modules Swiss Olympic, il faut juste que je fasse mon examen Swiss Olympic que je passerai l’année prochaine, pour obtenir la Licence UEFA Pro. C’est des grosses charges de travail pour arriver au bout : il faut presque être pro avant d’être pro. Pour moi qui venais du monde amateur, c’était beaucoup de sacrifices. Il faut prendre sur ses vacances pour assister aux modules, etc. Alors que ceux qui ont fait la licence avec moi, c’est déjà des entraîneurs de GC, Zurich, Bâle… Pour eux c’était normal de partir six jours pour un module, mais pour un amateur, c’était compliqué. J’ai passé plus de temps à dormir avec Massimo Lombardo à l’hôtel qu’à la maison (rires) ! Mais j’ai eu la chance d’avoir été soutenu par ma famille, ma femme surtout.

Tu as visité La Masia récemment, c’était dans le cadre du partenariat avec le Barça ?
Oui, l’Académie a été invitée par Barcelone, on est partis toute une délégation et on a visité leurs installations, les bureaux. On a même pu voir le terrain d’entraînement de la première équipe, ce qui est très rare.

Est-ce que coacher te manque ?
On me pose aussi beaucoup cette question (rires) ! Actuellement, pas plus que ça. J’ai eu peur au début. Maintenant, avec le recul, ça va. Ça me fait du bien de voir un autre domaine du foot, ça m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Mais je suis tous les jours sur le terrain, que ce soit avec les jeunes ou la première, il y a toujours quelque chose à faire. Je n’ai pas le management d’une équipe, seulement celui des talents. Mais entraîner, ce n’est pas quelque chose qui me manque énormément. Après, si tu reviens dans une année et que je te dis la même chose, c’est qu’il y a quelque chose qui ne jouerait pas (rires).

Tu sortais quand même de 5-6 ans de 1ère ligue avec une pression des résultats. Cette pression du match ne te manque pas ?
Non, parce qu’avec le recul je pense que j’ai fait des choses que peu de collègues entraîneurs ont fait à ce niveau-là, que ce soit dans le domaine sportif qu’extra-sportif. Mes collègues du Servette me disent : « Mais tu filmais vraiment tous les matchs à ce niveau ? ». Pour eux, la 1ère ligue, c’est du foot amateur. Après, quand j’entraînais, j’étais aussi stressé par mes diplômes, donc je n’avais pas beaucoup de temps. Cela ne veut pas dire que je me repose maintenant. Mes semaines sont très souvent du lundi au dimanche. Je n’ai eu que quelques dimanches de libres depuis juillet. Ma femme m’a même dit : « Tu ne m’avais pas dit que tu serais plus souvent à la maison ? » (rires). Alors l’adrénaline du match, de la tactique et tout ça… est-ce que ça me manque ? Ce qui me manque vraiment, c’est de voir une progression. Là je la vois à titre individuel avec les talents, mais je ne la vois pas au niveau d’un collectif. Par exemple, on parle beaucoup de la défense à trois maintenant, j’ai joué à trois longtemps à Lancy déjà. Maintenant je me dis : quelle est l’étape d’après ? Ça, peut-être que ça me manque. Alors j’en discute beaucoup avec mes collègues, mais je ne peux pas le mettre en pratique. Donc ce n’est pas un manque de la pression du match, d’ailleurs je n’ai jamais eu peur de la pression. Moi ce que je disais toujours à mes joueurs c’est : « La seule chose dont vous devez avoir peur, c’est qu’il arrive quelque chose à votre famille, le foot ce n’est que du plaisir ». Dans mon ambition, j’avais très envie d’aller là où je suis maintenant. Si j’ai peur de la pression, je n’ai rien à faire ici au Servette FC.

Quel regard portes-tu ton ancien, club, le Lancy FC, qui vient de vivre une année 2016 exceptionnelle ?
Très honnêtement, je suis très content, surtout pour les joueurs qui restent. Eux savent les sacrifices qu’on faisait et dans quelle situation on était. Ce club mérite d’être en Promotion League. J’ai adoré mon passage à Lancy, humainement on a vécu plein de trucs. Et sportivement, n’oubliez pas que l’on a battu le record de points de l’histoire du FC Grand-Lancy et que l’on a loupé de très peu la montée lorsque la Promotion League a été créée et avec très peu de moyens.

Comment vois-tu ton avenir ?
Actuellement, j’aime ce que je fais. Mais on ne fait pas une Licence UEFA Pro sans vouloir avoir une équipe dans le futur. J’emmagasine beaucoup d’expérience en rencontrant et en échangeant avec mes homologues des autres clubs de la SFL. De plus, on a la chance d’avoir beaucoup de compétences dans notre académie du Servette, autour de notre chef, Thierry Cotting. Quand tu veux parler de système de jeu, de préparation physique, d’animation défensive ou offensive, etc… il y a de quoi faire car il y a des spécialistes dans tous ces domaines ! En plus, je suis dans le bureau de la première avec Anthony Braizat. J’ai également Adam Owen à côté de moi et parfois il est au téléphone avec Gareth Bale… c’est juste dingue. Donc pour la suite, on verra. Mais en tout cas mon avenir, je le vois à Servette.

 

Photo : OneClick-Photo

 






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