Helder Silva : « Aïre, c’est un peu mon bébé »

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L’entraîneur portugais entame sa neuvième saison à la tête d’Aïre-le-Lignon. Avec une nouvelle fois comme objectif de jouer le titre. Cette année ou jamais ? Interview.

Le marché des entraîneurs a été particulièrement mouvementé cet été dans le football amateur genevois. Mais pas pour Helder Silva, qui entame une neuvième saison du côté d’Aïre-le-Lignon –il était auparavant à Perly II et a été éducateur à Servette–. Si les envies de départ lui ont traversé l’esprit, le coach aïrois a rempilé pour une saison supplémentaire. Ce qui fait de lui l’entraîneur à la plus grande longévité du foot cantonal après le départ de Patrick Hochstrasser et ses 10 années passées à Onex. Il est encore loin, le record de 24 saisons de Pierre-Yves Liniger à Collex-Bossy, mais par les temps qui courent, la dizaine d’années est déjà un exploit.

Tout comme Liniger et Hochstrasser, Helder Silva sait qu’il ne plaît pas à tout le monde. Il est plutôt du genre à tracer sa route sans se soucier de ce qu’on pense de lui, de son coaching, des costards qu’il arbore encore occasionnellement au bord des terrains du canton. Sa route, justement, a souvent été semée d’embûches. Des titres de champion d’automne qui n’ont pas été confirmés au printemps, des finales de coupe genevoise perdues (contre Veyrier en 2013 et contre Vernier en 2016)… Mais aussi des grandes réussites  avec comme point culminant la promotion et le titre de champion de 3ème ligue en 2014 pour le 50ème anniversaire du FC Aïre-le-Lignon. La troisième dans l’histoire d’un club qui n’avait jamais atteint de finale de coupe genevoise avant Helder, et qui n’avait jamais été plus de deux ans de suite en 2ème ligue. Quatre ans après cette promotion, le club aujourd’hui présidé par Nicole Stoeckli est installé dans le haut de tableau de 2ème ligue en terminant toujours dans le top 5, dont une fois vice-champion derrière Veyrier. Et la suite ? Interview.

 

Proxifoot : Il y a particulièrement beaucoup de clubs genevois qui ont changé d’entraîneur cet été. Il y a même eu des rumeurs sur ton départ. As-tu eu des propositions ?
Helder Silva : Il y a un truc que je dis toujours : pour partir d’Aïre, c’est seulement pour entraîner plus haut. Et il n’y a que quelques clubs qui m’intéressent, mais pas beaucoup. Ils ont des conditions de travail très intéressantes, pas forcément l’argent mais les structures, les gens. Pour le moment, les propositions concrètes de ces clubs n’arrivent pas et je ne suis pas quelqu’un qui va postuler ou insister. Mais j’ai eu deux-trois contacts avec ces clubs, ce n’est pas allé plus loin que ça. Après, c’est dur de partir aussi, Aïre est un peu mon petit bébé, j’y entame ma neuvième saison. Quand je suis arrivé, le club végétait en 3ème ligue, il n’y avait pas de dossards, même pas une douzaine de ballons… Et j’ai dû exiger que le club puisse avoir les mêmes ambitions que moi, pour cela j’ai demandé un minimum de conditions de travail pour une première équipe. C’est un club sociable, de quartier, et avec la qualité de jeunes qu’il y a, c’est dommage de ne pas avoir de juniors interrégionaux, par exemple. Il faudrait améliorer la formation car au niveau des ambitions, ça a beaucoup stagné même si dernièrement, le mouvement juniors est mieux organisé, il y a eu des progrès. Malgré tout, j’ai réussi à faire débuter avec la première équipe des juniors A premier degré formés au club. Quatre-cinq joueurs issus de la formation aïroise sont régulièrement titulaires. 

Qu’est-ce que qui t’a poussé à rester une neuvième saison à Aïre ?
Premièrement, le comité fait beaucoup pour le club, pour l’équipe et pour moi. Ils font avec leurs moyens et je les remercie. Aïre est un club que j’aime, tout comme les bénévoles qui sont là et qui font l’âme de ce club. Ensuite, c’était un challenge de pouvoir se mettre au niveau des autres équipes. Comme vous le savez, il y a beaucoup d’argent en 2ème ligue maintenant. J’ai demandé au club de mettre un système de primes pour les joueurs. C’est le minimum pour pouvoir se niveler aux autres, attirer des joueurs et essayer de jouer le titre.

Comme tu l’as dit, il y a de plus en plus d’argent dans le foot amateur. De ton côté, tu en parles ouvertement, mais pourquoi existe-t-il toujours une certaine omertà sur ce sujet ?
Je pense que cela ne sert à rien de cacher ce genre de sujet car finalement, ça se sait. Je ne te cache pas que j’ai pu attirer des joueurs cette saison grâce à ça. Les temps ont changé, à mon époque on jouait pour l’amour du maillot, les primes en 2ème ligue étaient inimaginables. Maintenant, il y a des salaires fixes, des primes à la signature… Je t’avoue que moi, ça me dérange. Même nos primes qu’on a instaurées, je suis contre, mais t’es obligé de t’adapter à la concurrence. 

Toi, tu restes à Aïre, mais l’effectif a passablement bougé, avec notamment l’arrivée de 13 joueurs de Genève-Poste, quasiment l’équipe entière. Comment s’est faite cette arrivée en masse ?
Je connaissais deux-trois joueurs depuis longtemps que je voulais faire venir, mais ils me disaient toujours qu’ils avaient un projet avec des potes, etc. Donc j’ai dû y penser autrement. J’ai contacté l’un d’eux en juin dernier et je lui ai ouvert les portes : « Cela fait 3-4 ans que vous essayez de monter. Je vous offre la possibilité de jouer en 2ème ligue, des conditions d’entraînement et même des primes de match ». Il m’a dit que non, cela ne sera pas possible. Je lui ai quand même dit de parler avec le groupe. Il est revenu avec 50% de réponses positives et, peu à peu le pourcentage a augmenté. J’ai tenté un coup de poker en les invitant à une grillade, ce qui a finalement convaincu le groupe de signer. A la fin, ils sont 13 à venir. C’est des super mecs, ils sont très intègres. Humainement, c’est un groupe exceptionnel. Et ce sont des bons joueurs. Je pense que les deux parties sont gagnantes car nous avions besoin de sang neuf et eux ont la possibilité de jouer en 2ème ligue avec de meilleures conditions.

Un de tes gros coups du mercato, c’est l’arrivée de David Gonzalez de Servette. Comment l’as-tu convaincu de jouer en amateur ?
Je le connais depuis l’âge de 10-11 ans. J’entraînais les D de Servette à l’époque, on a fait un tournoi, il a été incroyable et je lui ai demandé s’il voulait signer à Servette. Il est venu et a fait une très jolie carrière. Du coup, on est restés en contact. Je savais qu’il terminait cette année à Servette et qu’il allait travailler pour l’Académie. Je lui ai proposé de venir, il a adoré l’ambiance du vestiaire et s’est très bien intégré aux entraînements. Le groupe l’a super bien accueilli car David est un mec simple et cool. C’est une bonne pub pour le club. L’idée c’était que notre histoire commence ensemble à Servette et qu’elle se termine ensemble à Aïre.

David Gonzalez et Helder Silva

Au niveau des départs, tu perds surtout David Salan, double meilleur buteur de 2ème ligue. Une grande perte, on suppose ?
David, je l’adore, c’est un type très bien. Je suis allé le chercher à Avanchet. Il devait venir jouer derrière dans l’axe, en deux matchs il a mis plus de buts que mes attaquants (rires) ! Puis je l’ai monté comme attaquant et il a fini deux fois meilleur buteur. Son départ ? Je ne sais pas… J’ai envie de dire : peut-être qu’il en avait marre de marquer des buts avec moi et qu’il voulait en marquer avec quelqu’un d’autre. Plus sérieusement, j’adore le garçon et le joueur, il n’a jamais triché, il n’a jamais pris la grosse tête. Maintenant, son choix n’est pas très logique. J’aurais plus compris son départ s’il partait pour la 1ère ligue ou la 2ème inter car je pense qu’il peut vraiment jouer plus haut. Mais on ne peut pas retenir un joueur. Il a fait les choses correctement, bonne chance à lui. J’espère qu’il marquera autant de buts qu’avec moi, mais pas contre moi (rires).

Quand tu es monté en 2014, tu nous avais dit que tu voulais installer Aïre en 2ème ligue. C’est désormais chose faite. Quelle est l’étape d’après ?
Actuellement, nous sommes une équipe difficile à battre en 2ème ligue. On s’est installés dans la catégorie, on a toujours joué le haut de tableau. Quand je suis arrivé à Aïre, mon ambition était de monter en 2ème ligue. Cela a pris quatre ans tout de même, mais à l’époque on s’entraînait sur un demi-terrain et on devait encore payer des cotisations. En 2ème ligue, je pensais qu’au bout de quatre ans, on aurait pu jouer une nouvelle montée, cela n’a pas été le cas. L’objectif pour cette année sera encore de jouer le haut de tableau et de lutter pour le titre, en gardant des valeurs de convivialité, d’union et de compétitivité. Il faut aussi être compétitif et avoir un objectif ambitieux. Je sais où je vais et je sais ce que je veux. 

Comment vois-tu la 2ème ligue de la saison prochaine, plus ou moins relevée que la saison passée ?
Il y a eu tellement de changements d’entraîneurs que ça va être difficile de se faire une idée avant les 5-6 premiers matchs. De ce que je vois, je pense qu’elle va être bien plus équilibrée, avec toujours le favori qui est celui qui descend de 2ème ligue inter, à savoir Perly. Mais il est probable qu’elle sera encore plus équilibrée que l’année dernière. Cela va dépendre du calendrier, pour moi c’est essentiel (ndlr: le calendrier n’était pas encore sorti lors de l’entretien).

Que penses-tu de l’instauration de cinq changements en 2ème ligue dès la saison prochaine ?
Honnêtement, moi j’aurais mis quatre changements. Pour les entraîneurs qui aiment le jeu, l’intensité et les pressings hauts, c’est positif d’avoir des changements supplémentaires et du sang neuf. Ceux qui préfèrent attendre derrière, ils ne vont pas forcément en avoir besoin. Je vois ça d’un oeil plutôt positif, mais je pense que cinq c’est peut-être un peu trop.

Il y a de la tactique un peu partout en ce moment, c’est devenu la mode de vouloir la déchiffrer. Est-elle si importante en 2ème ligue, la sixième division suisse?
J’ai des jeunes dans mon équipe. Je dis toujours que je peux les faire progresser peut-être un peu physiquement, mais pas techniquement car le bagage doit être acquis. Mais ce que je peux vraiment apporter, c’est tactiquement. Bien entendu, cela dépend des joueurs qu’on a. J’ai toujours prôné un jeu offensif, avec la construction depuis l’arrière. Il y a deux ans par exemple, j’ai joué en 5-3-2 contre Olympique de Genève, car si on compare les deux effectifs, il n’y a pas photo. Cela a marché une fois, on  gagné à Varembé, pas la deuxième. Je ne suis pas un adepte de cette tactique défensive, de jouer bas et d’attendre, mais si tu le fais bien, tu peux surprendre l’adversaire. Ce que j’aime dans le foot, c’est de savoir utiliser plusieurs systèmes de jeu.

On a l’impression que c’est généralement l’équipe la plus prête physiquement et avec les meilleurs joueurs qui gagne. Car on a moins le temps de travailler la tactique dans le foot amateur, où il n’y a que deux ou trois entraînements hebdomadaires.
C’est pour ça que je fais beaucoup de matchs amicaux et que je fais beaucoup de jeu à l’entraînement, en insistant beaucoup sur les consignes tactiques. Pour moi, ce qui peut faire la différence à ce niveau-là, c’est la tactique. Sans dénigrer les aspects physique et technique. Mais je répète, cela dépend de ton effectif. Si ton effectif est faible techniquement, c’est difficile. Même si t’es bon tactiquement, il te faut de la matière première. 

 

Photo : sport.jlap.ch






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