Bruno Rocha : « Une magnifique opportunité de jouer la montée »

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Néo-promu dans la catégorie, l’Olympique de Genève a terminé contre toute attente le premier tour de 2ème ligue inter en tête du classement. Entretien avec son entraîneur Bruno Rocha qui nourrit de belles ambitions pour la suite.

Coup de théâtre début mai du côté de Varembé. Alors qu’il ne reste que trois journées de championnat à se disputer et que l’Olympique de Genève est toujours en tête de 2ème ligue, Bruno Rocha est nommé entraîneur en lieu et place de Patrick Stifani. Huit mois et une promotion plus tard, le club présidé par Allan Aventurato est leader de 2ème ligue inter. Un véritable conte de fées pour le nouvel homme fort Bruno Rocha qui avait connu une fin d’expérience compliquée du côté du Benfica Genève, son ancien club, avec qui il a connu une double promotion de 4ème en 2ème ligue. Rencontre avec un passionné du ballon rond et un meneur d’hommes hors-pair.

 

Proxifoot: Bruno, vous êtes premiers de 2ème ligue inter à l’heure de la trêve. Vous ne pouviez rêver mieux !
Bruno Rocha : Non, c’est clair, nous ne pouvions pas rêver mieux (rires). Si on m’avait dit cela en début de saison, j’aurais signé direct. Nous savions que nous pouvions jouer les premiers rôles, car nous possédons un effectif de qualité. De là à finir en tête, j’avoue que nous ne l’avions pas du tout imaginé. Avec le club, nous avions fixé comme premier objectif les 32 points pour se maintenir. Il ne nous en reste plus que deux. Cependant, nous étions conscients que nous pouvions viser plus haut que le maintien.

Quels sont les facteurs qui expliquent une telle performance ?
Il y a tout d’abord l’euphorie de la montée qui nous a notamment permis de bien débuter la saison. Nous avons gagné nos deux premiers matchs 2-1 alors que nous étions menés 1-0. Mentalement, nous étions en confiance et cela nous a permis de retourner ces situations compliquées. Notre quatrième match à Amical Saint-Prex en est un parfait exemple : nous sommes menés 3-0 et nous nous imposons 5-4 en marquant à la toute dernière minute. Ensuite, le facteur principal de notre réussite est que nous sommes parvenus à créer un groupe uni et solidaire entre tous ces joueurs qui ont d’énormes qualités individuelles. Nous travaillons en équipe et cela fait la différence semaine après semaine.

Vous aviez également réalisé un mercato conséquent en été.
L’objectif principal de notre mercato estival était avant tout de garder le noyau dur de l’équipe, ce que nous sommes parvenus à faire. Nous avons ensuite recruté environ 9 joueurs, il me semble. Nous avions l’ambition de construire un effectif avec de la concurrence à tous les postes. Nous les avons donc tous doublés. Après, c’est sûr que chaque week-end, avoir autant de choix me donne des maux de tête (rires), mais mieux vaut cela que le contraire.

On parle beaucoup d’argent lorsque l’on évoque l’Olympique de Genève et même de salaires fixes pour certains joueurs, est-ce que c’est vrai ?
Non, pas du tout. Il n’y a aucun joueur qui touche un salaire fixe en jouant à l’Olympique de Genève. Il est important de mettre cela au clair je pense, car nous recevons de nombreux CV de joueurs qui pensent qu’ils pourraient gagner leur vie en évoluant chez nous. Nous avons des primes de match à hauteur de 70 francs le point, mais ça s’arrête là.

Quels sont vos objectifs pour la suite de la saison ?
Je crois que c’est clair, l’objectif est de conserver notre première place. Il y a une magnifique opportunité de jouer la montée et nous allons la saisir. La 2ème ligue inter est très ouverte cette année et nous souhaitons en profiter. On a les moyens pour pouvoir jouer en Première Ligue. Pour y parvenir, nous allons encore faire deux ou trois transferts. Stéphane Pais est notamment l’un d’eux (en provenance de Lancy, ndlr).

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Vous possédez la meilleure défense du championnat, est-ce que tu travailles spécifiquement cet aspect du jeu à l’entraînement ?
J’aime évoluer avec des équipes qui travaillent en bloc : tout le monde attaque et surtout, tout le monde défend. J’adore l’aspect tactique du jeu. Je suis un peu fou là-dessus, je suis passionné de ça. Après, cela ne veut pas dire que je n’aime pas le beau jeu, au contraire. L’un n’empêche pas l’autre, nous avons par exemple mis beaucoup de buts cette saison. Et même si nous possédons la meilleure défense, nous avons connu pas mal de problèmes à ce niveau. Il ne me semble pas avoir pu aligner trois fois la même défense à cause des blessures et suspensions. Nous avons tout de même concédé 16 réussites au total, c’est beaucoup quand on y pense, mais nous savons qu’il y a énormément de buts dans cette ligue.

Comment juges-tu le niveau de la 2ème ligue inter ?
C’est un championnat particulier où tout le monde peut battre tout le monde. La moindre erreur te coûte un but et je pense que c’est la principale différence avec la 2ème ligue. Après, par rapport aux années précédentes, beaucoup de monde dit qu’il est moins fort, mais personnellement je le trouve davantage compétitif. Il y a de nombreuses équipes qui peuvent prétendre à la montée. C’est très ouvert et très équilibré.

Pour ceux qui ne te connaîtraient pas, quel type d’entraîneur es-tu ? 
Je suis quelqu’un qui parle beaucoup avec mes joueurs. La communication est essentielle selon moi. Ma porte est toujours ouverte. Je suis beaucoup plus calme qu’à mes débuts où j’avais tendance à peut être plus exprimer mes émotions. Comme je vous l’ai dit, je suis un fou de tactique. Je m’inspire d’entraîneurs comme José Mourinho ou Leonardo Jardim, même si Mourinho en ce moment ce n’est pas un grand exemple avec ses attitudes. Je suis un grand fan d’Arrigo Sacchi ou de Fabio Capello. J’essaie de comprendre leurs méthodes, leurs exercices, ce qu’ils mettent en place. Je suis un véritable passionné.

Revenons huit mois en arrière, comment t’es-tu retrouvé à la tête de la première équipe de l’Olympique de Genève alors que tu entraînais les Juniors A ?
Après la défaite à Lancy II et le départ de Patrick Stifani, le président du club m’appelle pour me dire qu’il aimerait que je reprenne le groupe. J’avoue que sur le moment je ne savais pas trop quoi faire. C’était une situation vraiment compliquée. Il ne restait que trois matchs et d’un point de vue personnel, j’avais tout à perdre en acceptant. Mais, j’ai surtout pensé à aider le club et il faut avouer que c’était une belle opportunité de prendre une première équipe avec un projet ambitieux. Le club m’a également assuré que je continuerais à la tête de l’équipe même si on ne montait pas, ce qui m’a rassuré.

Comment as-tu préparé l’équipe pour ces trois derniers matchs cruciaux ?
Il faut savoir que je n’ai eu qu’un seul entraînement avant le premier match. J’ai avant tout voulu transmettre du calme et de la sérénité au groupe qui sortait d’une mauvaise phase, mais qui était toujours en tête. J’ai dit aux joueurs de se faire plaisir, de ne pas douter et d’aller chercher les neuf derniers points pour obtenir la promotion.

Etait-ce une ambition pour toi de reprendre un jour cette première équipe ?
Non, pas du tout. Il faut savoir qu’après la saison compliquée que j’avais vécue à Benfica, j’avais besoin d’une pause. J’ai premièrement pensé à arrêter une année, puis j’ai eu la possibilité d’entraîner les Juniors A de l’Olympique de Genève. J’ai accepté en me disant que cela serait une bonne année de transition pour moi, une année plus calme, avant de reprendre une équipe d’actifs l’année suivante. Il était prévu que je parte de l’Olympique de Genève en fin de saison dernière…

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Tu parlais justement de ta dernière saison à Benfica qui a été très dure à vivre pour toi. Deux ans plus tard, comment analyses-tu la situation et qu’est-ce que tu en retires ?
C’est dur et ça reste toujours dur. J’avais un groupe avec lequel j’ai travaillé pendant près de trois ou quatre ans. La plupart sont encore des amis aujourd’hui. Nous avions fait un travail énorme pour remonter le club tant sportivement qu’au niveau de la notoriété. Et tout cela a été gâché en 10 minutes avec cette bagarre à City. Je l’ai vécu comme une trahison. C’est vraiment dur, ce n’est pas du foot. Ça m’a choqué et dégoûté. Nous n’avons d’ailleurs plus jamais revu à l’entraînement les joueurs qui ont provoqué cette bagarre. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus calme sur le banc de touche et je prends bien plus de recul.

Qu’est-ce qui t’a poussé à continuer et à ne pas jeter l’éponge ?
J’ai décidé de continuer les derniers mois à Benfica, car je ne voulais pas abandonner le club. J’avais déjà prévu de le quitter bien avant ce triste événement. Je l’avais annoncé au président, car j’avais besoin d’un nouveau challenge. J’aurais cependant aimé partir sur une note plus positive. Ensuite, c’est la passion qui m’a poussé à continuer. J’avais prévu de faire une pause d’un an comme je l’ai dit auparavant et il y a eu cette proposition de l’Olympique de Genève que j’ai décidé d’accepter.

En tant qu’entraîneur, tu montes les échelons assez rapidement, est-ce que ton rêve est de devenir un jour entraîneur professionnel ?
Je suis entrain de passer le diplôme B en ce moment. Au niveau des ambitions, je suis humain, et évidemment que j’ai des ambitions. Je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin. Je suis un passionné, j’adore le foot et on verra où la vie me mènera. On ne sait jamais. Le jour où l’on me propose un tel poste, je ne dirais jamais non, mais j’en suis encore loin. Tout peut aller très vite dans le monde du football.

 

Photos : jlap.ch






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