Entre les courses au maintien, les luttes pour les finales et les calendriers toujours plus chargés, plusieurs équipes vaudoises terminent leur saison avec des organismes diminués. Derrière les blessures et la fatigue physique, les entraîneurs interrogés pointent surtout l’usure mentale devenue presque incontournable dans le football amateur.
À cette période de la saison, les jambes deviennent plus lourdes, les petits pépins physiques s’accumulent et les groupes doivent souvent avancer avec des effectifs réduits. Sur les terrains vaudois, plusieurs équipes encore engagées dans des objectifs importants abordent ce sprint final avec des ressources limitées.
À Jorat-Mézières, engagé dans la lutte pour le maintien en 3e ligue, Rui Manuel Henriques de Pinho sent clairement la différence avec le début de saison. « En début de saison, les joueurs ont plus de jus, ça court plus facilement. En fin de saison, même si l’équipe connaît mieux son jeu, il y a davantage de fatigue dans les jambes et cela se voit dans l’intensité », a-t-il regretté.

L’entraîneur de la réserve de Gland estime que l’alternance entre les rencontres disputées sur synthétique et sur herbe joue sur la condition de son équipe. @juanjo_creation
Même constat du côté de la réserve de Gland, toujours en course pour les finales de promotion. Antonio Lopes refuse toutefois de résumer cette baisse de fraîcheur à une simple question physique. Selon lui, plusieurs facteurs entrent en jeu, notamment les préparations hivernales de plus en plus longues et souvent effectuées sur synthétique. « Le corps encaisse beaucoup plus que sur de l’herbe. La météo joue aussi sur le mental et donc indirectement sur le physique », a-t-il détaillé.
« Chaque match compte »
Derrière les blessures et la fatigue, les entraîneurs parlent surtout d’accumulation des matchs, des semaines, des entraînements et la pression mentale.
« Quand tu joues quelque chose jusqu’au bout, que ce soit le maintien ou une montée, forcément, ça fatigue le groupe », a expliqué le coach de Jorat-Mézières. « D’abord physiquement, mais surtout mentalement. Chaque match compte, donc cela demande énormément d’énergie nerveuse ».
À Thierrens, où le maintien reste encore à assurer, David Bessire insiste lui aussi davantage sur l’usure psychologique que sur la fatigue purement physique. « On sent surtout une fatigue mentale. Tous les week-ends, on répète la même chose et on se bat comme des lions », a-t-il loué. « On sent que le groupe sera content quand le championnat sera terminé ».
Dans plusieurs vestiaires, les semaines ont fini par se ressembler : matches à enjeu tous les week-ends, pression constante et impression de jouer chaque rencontre comme une finale. Rui Manuel Henriques de Pinho rappelle également la difficulté de concilier football amateur, travail et vie privée. « Les joueurs ont le boulot, les études ou la vie à côté, donc la récupération n’est pas toujours idéale », a-t-il rappelé. « Selon ce qu’un joueur traverse en dehors du terrain, cela peut aussi avoir un impact sur ses performances et son état mental ».
Le contre-coup du sprint final
Certaines équipes paient également la surcharge d’un calendrier devenu très dense. Finaliste de la BCV Cup et encore en course pour les finales de promotion, la réserve de La Sarraz représente sans doute l’exemple le plus parlant. « À l’heure actuelle, mes joueurs sont complètement cramés ! En jouant sur les deux tableaux, la fatigue mentale et physique se fait énormément ressentir », a reconnu Mikael Duperret.

Malgré les émotions générées par le parcours héroïque en Coupe, Mikaël Duperret a senti la fatigue gagner son équipe au fil de la saison. @sportframes._
Porté pendant plusieurs semaines par une dynamique euphorique, le groupe sarrazin a fini par subir un important contre-coup. « On a énormément travaillé cet hiver et enchaîné les matches amicaux. Au début du deuxième tour, on était quasiment inarrêtables. Puis il y a eu le parcours en coupe, l’enchaînement des matches et toute l’énergie laissée dans cette aventure. Aujourd’hui, tout retombe ».
Même lorsque les résultats masquaient la fatigue, les organismes ont fini par envoyer plusieurs signaux d’alerte. « Quand tout va bien, la souffrance s’oublie. Mais quand tu perds une finale, le choc est plus conséquent. Aujourd’hui, on a plusieurs absents à cause de la fatigue et des petits pépins physiques », a-t-il pesté.
Pour éviter l’explosion avant les dernières échéances, certains entraîneurs ont adapté leur gestion. « Lors du dernier entraînement, j’ai donné congé à six joueurs pour qu’ils se reposent un peu », a-t-il révélé.
« Le plaisir est un mot clé »
À Jorat-Mézières comme à Thierrens, l’objectif principal reste désormais de garder le groupe concerné jusqu’au bout. « Il faut alléger certaines séances, faire tourner les joueurs et maintenir tout le monde motivé. À ce stade de la saison, le mental et l’ambiance du groupe deviennent essentiels », a expliqué Rui Manuel Henriques de Pinho.
Antonio Lopes élargit lui la réflexion à une réalité plus globale du football amateur actuel. « Un des gros problèmes, c’est le manque de régularité aux entraînements », a-t-il observé. « Le football n’est plus forcément prioritaire pour tout le monde. Cela rend plus difficile la préparation et favorise les craquages en fin de saison ».

Selon Antonio Lopes, les joueurs à Gland son sur-sollicités à différents échelons du club. @juanjo_creation
Le coach glandois pointe également la surcharge imposée à certains jeunes joueurs. « Les meilleurs jouent partout : avec les B, la deux, la une ou encore lors de spécifiques. Au final, où est la récupération ? », a-t-il questionné. « On parle beaucoup de directeurs techniques, mais peu de préparateurs physiques qui pourraient pourtant aider à gérer la charge de travail ».
