Sandy Maendly, une Genevoise dans le Calcio

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La joueuse internationale suisse Sandy Maendly, 24 ans, nous parle de son expérience dans le championnat italien et de l’équipe suisse. Interview.

Formée à Grand-Lancy où elle a commencé avec les juniors garçons, Sandy Maendly est une footballeuse genevoise qui s’est construit son chemin, doucement mais sûrement, avant d’atteindre le sommet : d’abord en 1ère ligue avec Signal Bernex puis LNB avec Chênois, elle fait le grand saut en LNA avec Young Boys à 18 ans seulement. Après 5 saisons à Berne et un titre de championne suisse, elle fait ses valises pour découvrir le calcio italien : depuis l’été dernier, elle évolue à l’ASD Torres Calcio, le champion d’Italie basé à Sassari, en Sardaigne.

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Sandy, tu as la chance d’être une “footballeuse professionnelle”, c’est quelque chose dont tu rêvais quand tu étais petite ?
Oui, cela avait toujours été un objectif et un rêve en même temps… mais vu le manque de moyens dans le football féminin, je ne pensais vraiment pas pouvoir le devenir un jour.

A quoi ressemble une journée type d’une footballeuse ?
Le matin est réservé pour les divers soins ou exercices à faire avec le physio qui est à disposition tous les jours. On a également un programme à suivre au fitness. Pour ce qui concerne les entraînements, à la différence de beaucoup d’autres clubs qui s’entraînent le soir, nous nous entraînons tous les jours en début d’après-midi.

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Photo officielle avec l’équipe suisse

Dans ta carrière, tu as toujours franchi des paliers : 1ère ligue, LNB, LNA, championnat d’Italie, Ligue des champions… Quel est le prochain objectif en club ? Et en équipe suisse ?
En ce moment, je me sens très bien en Italie et je pense que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre là-bas. Torres est un club qui a toujours beaucoup d’ambition, et gagner le scudetto et la coupe d’Italie sont les objectifs du début de saison. Si tout se passe bien, on jouera la Champion’s League aussi l’année prochaine. Cette fois-ci, on espère faire mieux, l’élimination prématurée cette année en 1/8 de finale était dure à avaler (ndlr : contre les Danoises de Brøndby après deux défaites 2-1 et 1-3). Quant à l’équipe suisse, la qualification pour l’Euro 2013 en Suède reste l’objectif principal (ndlr: la 2ème place synonyme de play-off est encore envisageable pour les Suissesses, la 1ère place allant probablement à l’Allemagne. Voir le classement).

Que manque-t-il à l’équipe suisse pour se qualifier pour une grande compétition ?
Le manque d’expérience dû au fait que l’équipe est relativement jeune se fait ressentir lors des matches importants tels que des qualifications ou même des play-offs. Nous avons perdu il y a deux ans contre l’Italie, lors des play-offs pour le Mondial en Allemagne en grande partie à cause de ça. La chance joue peut-être aussi un rôle… tomber deux fois de suite dans le groupe de l’Allemagne en qualification, ça n’aide pas !.

Photo officielle sous les couleurs de Torres

Parlons maintenant de ton club actuel, Torres. Cela ne te dérange pas de jouer dans un club qui porte le même nom qu’un attaquant de 60 millions qui ne marque jamais ?
(rires) Sincèrement, je n’avais jamais fait le lien… peut-être aussi parce que ce n’est pas spécialement un joueur que j’apprécie beaucoup. Cependant, petite coïncidence, si lui coûte 60 millions sans marquer, nous, nous en sommes à 60 buts cette saison ! .

Plus sérieusement, pourquoi avoir choisi l’Italie alors que la destination d’exil des footballeuses suisses est plutôt l’Allemagne ou la France ?
Je ne peux pas vraiment l’expliquer, mais le championnat d’Allemagne ne m’a jamais attiré. Quant au championnat de France, il n’y pas beaucoup d’équipes qui peuvent rivaliser avec Lyon et le fait que ce soit un pays francophone rendait l’expérience, sur le plan personnel, un peu moins enrichissante. En fait, lorsque je m’imaginais dans une aventure à l’étranger, je me projetais plutôt aux USA dans une équipe universitaire ou en Angleterre. L’Italie, pour être honnête, n’était pas dans mes plans. C’est après avoir été contactée par les dirigeants du club que je me suis intéressée à cette possibilité. J’ai pris le temps pour aller voir un match de championnat et parler avec quelques joueuses pour me faire une idée plus claire. J’ai pris définitivement la décision lorsque je me suis rendue en Sardaigne avec mon père afin de voir les installations et le contexte..

Quels sont pour toi les plus grands changements par rapport au championnat suisse ?
Le fait de s’entraîner tous les jours et de pouvoir se concentrer que sur le football est sûrement la plus grande différence que j’ai pu remarquer. En Suisse, les joueuses s’entraînent pour la plupart en début de soirée, avec derrière elles, une journée de travail à plein temps. La qualité et l’intensité de chaque entraînement n’est donc pas comparable. Il m’a fallu également un certain temps d’adaptation à ce nouveau football, la préparation et le contenu des entraînements est totalement différent à ce dont j’étais habituée en Suisse. L’autre grande différence, celle-ci surtout en raison de notre situation géographique, est le fait de prendre l’avion pour chaque match à l’extérieur. Pour des raisons financières, il est impossible pour le club de nous faire partir le jour d’avant, ce qui entraînerait des coûts supplémentaires pour l’hôtel, etc. Sauf exception, tous les déplacements se font donc le jour même du match… avec départ à 5h30 du matin! L’affluence aux matches est en général plus grande qu’en Suisse. La particularité est qu’il y a toujours beaucoup plus de spectateurs lors de nos matches à l’extérieur, ceci dû au fait que la plupart des joueurs sont originaires de la péninsule, et que leurs amis, proches, en profitent pour venir les voir.

La pression médiatique en Italie est-elle aussi présente que dans le football masculin ?
Non, il n’est vraiment pas possible de comparer la pression médiatique à celle du football masculin. Malheureusement, le football féminin en Italie n’est pas encore médiatisé comme il l’est déjà en Allemagne ou aux USA par exemple, mais il intéresse déjà plus qu’en Suisse. Car malgré tout, chaque week-end, une rencontre du championnat est retransmise par la Rai Sport, ainsi que les matches de l’équipe nationale. Quant aux journaux, ce sont surtout les journaux régionaux qui laissent paraître des articles. A Sassari, la télévision régionale retransmet tous nos matches à domicile en direct.

En pleine action avec Torres cette saison (Photo: J. Alex)

Gardes-tu contact avec tes anciennes coéquipières genevoises ?
Caroline Abbé (ndlr : joueuse genevoise actuellement à Fribourg en Allemagne) est la joueuse avec qui j’ai gardé le plus de contact. Le fait de se retrouver régulièrement avec l’équipe suisse a rendu les choses plus faciles. J’ai également toujours des contacts avec quelques anciennes coéquipières de l’époque des juniors que je vois dès que je peux quand je reviens sur Genève.

Sais-tu que tu peux désormais suivre les résultats du football féminin genevois sur Proxifoot, ou tu le faisais déjà avant ?
Je suivais les résultats des équipes masculines sur Proxifoot… Je ne savais pas qu’il y avait aussi les résultats des championnats féminins. Mais je me suis toujours intéressée aux résultats des équipes genevoises. .

Championnat suisse gagné avec Young Boys (Photo: M. Burri)

Quel est ton meilleur souvenir dans le football jusqu’à présent ?
Heureusement, j’ai vécu beaucoup de bons souvenirs jusqu’à maintenant et il est toujours difficile de n’en retirer qu’un… La victoire du championnat l’année passée avec YB fait sûrement partie des “highlights”, même si ma blessure à l’époque ne m’avait pas permis de prendre part aux dernières rencontres! Les play-offs il y a deux ans avec l’équipe suisse pour le Mondial étaient aussi des moments que je n’oublierai pas. Même si à la fin ça n’a pas suffi, on a vécu des moments incroyables avec l’équipe… Et puis pour parler plus récemment, la victoire lors du match au sommet contre le Brescia il y a deux semaines m’a laissé des émotions fortes. On perdait 0-1 à la mi-temps et avons finalement gagné 4-1… La mentalité et la grinta italiennes m’ont marquée ce jour-là ! (ndlr: les deux équipes étaient à égalité en tête du classement avant la rencontre, voir la vidéo)

 

BIO EXPRESS

Date de naissance : 4 avril 1988

Parcours en club

1998 – 2000 : FC Grand-Lancy (juniors)
2000 – 2004 : Signal FC Bernex-Confignon (juniors puis 1ère ligue)
2004 – 2006 : CS Chênois (LNB)
2006 – 2011 : Young Boys (LNA)
2011 – ? : ASD Torres Calcio (Serie A)

Equipe nationale : 48 matchs, 11 buts

 

Palmarès

2011 : Supercoupe d’Italie
2011 : Championnat Suisse
2008, 2010 et 2011 : Finaliste de la coupe suisse

Premier titre gagné en Italie: la Supercoupe (Photo: ASD Torres Calcio Femminile)

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Un club: AC Milan… je suis fan depuis toute petite!
Un stade:
Le Stade des Charmilles… j’allais voir tous les matches, c’est là que m’est vraiment venue la passion pour le foot.
Un entraîneur:
Salvatore Arca, mon entraîneur actuel, un « fou » ! Il m’a fallu du temps à m’habituer à ses hurlements et à ses entraînements de condition physique! (rires) Mais j’ai appris et apprendrai beaucoup avec lui je pense…
Un joueur:
Kaka… il a eu un moment de doute mais revient de nouveau en forme. J’aime tout chez lui, son style de jeu et sa personnalité.
Une joueuse:
Difficile, mais je dirais l’anglaise Fara Williams. Elle m’avait impressionnée lorsqu’on avait rencontré l’Angleterre en play-off.
Une paire de chaussures:
Adidas Adipure 11 Pro, cela fait maintenant des années que je porte Adipure.

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Texte : Maikel
Photo de couverture: Notizie Comuni-Italiani

 

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