Jean-Philippe Lebeau : “J’aurais pu jouer quelques années encore, mais je voulais entraîner”

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Nous avons rencontré Jean-Philippe Lebeau, joueur de la première équipe de Meyrin pendant 9 saisons et actuellement entraîneur de la seconde équipe, leader du groupe 1 de 3ème ligue.

Samedi 31 mai 2014, dernière journée du championnat de 1ère ligue. Meyrin recevait Terre Sainte pour un match sans enjeu pour les Genevois (les Vaudois jouaient leur maintien et se sont imposés 0-4), mais important d’un point de vue symbolique : c’était le jubilé du numéro 17, le capitaine Jean-Philippe Lebeau, qui prenait sa retraite sportive après 9 saisons de bons et loyaux services au sein de la première équipe.

Mais celui qui avait hérité du brassard de Luis Moës n’a pas quitté le club pour autant puisqu’il se consacre désormais à un nouveau rôle, celui d’entraîneur de la réserve meyrinoise. Et les choses se passent plutôt bien pour ses débuts puisque ses jeunes joueurs de la deuxième équipe sont en tête du groupe 1 de 3ème ligue à la trêve. La promotion lui ayant échappé en tant que joueur à Meyrin, il espère prendre sa revanche en tant qu’entraîneur.

Né en Vendée, dans l’ouest de la France et à plus de 800 kilomètres de Genève, Jean-Philippe Lebeau fête donc cette année sa 10ème saison au Meyrin FC. Ce supporter du FC Nantes, qui a fait le centre de formation du Stade Malherbe Caen avec Bernard Mendy et Mathieu Bodmer notamment, compte bien faire une carrière aussi régulière sur le banc d’entraîneur que lorsqu’il s’imposait au milieu de terrain sur le rectangle vert. Le verra-t-on un jour à la tête de la première équipe ? Une chose est sûre, il se sent déjà prêt.

 

 

Proxifoot : Comment un Vendéen comme toi a-t-il débarqué à Genève il y a presque 10 ans ?
Jean-Philippe Lebeau : Par l’intermédiaire d’un ami avec qui j’avais joué à La-Roche-sur-Yon, en National (ndlr : 3ème division française). Moi j’étais à Roye, dans le nord de la France, et lui était à Genève et m’a dit qu’il cherchait un numéro 6. Meyrin m’a contacté, j’ai fait un test et je suis resté.

Tu arrives à Meyrin en 2005. L’équipe était en Challenge League depuis deux ans, mais cette saison-là, c’est la relégation…
On avait une bonne équipe, je pense. Il y avait les joueurs pour faire quelque chose. Après, ça n’a pas pris et les résultats ont été négatifs tout de suite. Malgré le changement d’entraîneur (ndlr : Adrian Ursea remplacé par Diego Sessolo), on a été relégués. C’était une somme d’individualités plutôt qu’une équipe, malheureusement. Mais il y avait de la qualité.

Après cette première année en Challenge League s’en suivent 8 années en 1ère ligue, dont la saison 2010-2011 où vous survolez le championnat mais vous échouez contre Baden lors des finales (1-1, 0-3). Frustrant ?
Oui, on a eu du mal à s’en remettre. C’est le foot… mais c’est aussi malheureusement le système qui est ainsi. Comme tu dis, on survole le championnat (ndlr : premiers au terme du championnat avec 9 points d’avance sur le dauphin Carouge et 15 sur le 3ème classé), on a battu Carouge 3-0 à l’aller et 5-1 au retour. Et finalement, c’est eux qui montent…

Lebeau-Meyrin-Baden

Lebeau, lors des finales 2011 contre la bête noire, Baden (Photo: IV Sport)

Ce sont les limites du système : terminer leader ne garantit pas une montée automatique puisqu’il faut passer par des finales de promotion…
C’est un peu dommage. C’est frustrant d’être premier et de ne pas monter, ce qui est normalement logique dans la plupart des championnats en Europe.

Deux ans plus tard, vous finissez 4èmes mais vous vous qualifiez pour les finales où vous êtes encore battus par Baden. C’est un peu la bête noire, non ?
Oui, exactement. Cela s’est joué à pas grand-chose, encore une fois, même si notre équipe était moins forte cette année-là. On a fait match nul chez nous et on a perdu là-bas, ils avaient une grosse équipe.

Finalement, ce qui t’aura manqué, c’est une promotion…
En Suisse, oui. En France, je l’ai faite de CFA en National. C’est incroyable. En plus, le championnat de CFA est un des plus durs pour obtenir une promotion : il y a quatre groupes et il n’y a qu’une équipe qui monte par groupe. Ce sont des championnats à 100 points, il ne faut pas se tromper dans la saison…

Nous n’avons pas les stats des années précédentes, mais en 2012-2013, tu as mis 10 buts en championnat. C’est pas mal pour un demi-défensif, non ?
J’ai quasiment toujours été demi-défensif, puis sous l’ère Hervé Musquère (ndlr : 2008-2012), j’ai eu plus de liberté sur le terrain donc je marquais plus de buts. Après, l’année où j’ai mis 10 buts, avec Bruno Codeas qui me faisait aussi jouer plus haut, c’est parce qu’il y a eu les penaltys et avant je ne les tirais pas.

Une saison avec Ursea puis Sessolo, deux avec Domingos Ribeiro, quatre avec Hervé Musquère et deux avec Bruno Codeas : qui retiens-tu ?
Ils m’ont tous apporté quelque chose et je les ai tous appréciés. Mais je pense que celui qui m’a fait le plus évoluer, c’est Musquère. Il a pris les joueurs avec leurs qualités et les a laissés s’exprimer. Il les bonifie.

Parlons d’Hervé Musquère justement, actuel entraîneur d’UGS, leader en 2ème ligue inter et qui t’a entraîné pendant 4 saisons. Meyrin venait d’enchaîner deux saisons moyennes (13ème et 11ème place) et quand il arrive, le club retrouve le haut du classement. C’est quel style d’entraîneur ?
Français (rires) ! C’est un entraîneur que j’ai beaucoup aimé. Il est passionné par ce qu’il fait, cela a pu lui jouer des tours parfois, mais il est à fond dedans, c’est un compétiteur. Il est pas là pour faire tourner ou pour faire du copinage, le principal c’est que l’équipe elle gagne. C’est pour ça que les résultats avec lui sont toujours là. C’est aussi quelqu’un qui a été joueur professionnel en France et qui a connu les centres de formation.

Quelles sont les différences entre l’école française et suisse ?
En France, c’est très physique, très athlétique, très mental, ça m’a beaucoup servi pour la suite. Après, arrivé en Suisse, c’était beaucoup plus technique. Je n’ai jamais touché autant de ballons qu’en Challenge League avec Meyrin. Après, en 1ère ligue, ça dépend des matchs. Il y en a, c’est la guerre et d’autres, notamment quand on était premiers, où ça touchait bien. Mais je te parle des niveaux que j’ai connus.

Fc Meyrin II vs CS Chênois 1-2

La doudoune a remplacé le maillot jaune (Photo : OneClick)

Tu as pris ta retraite à seulement 32 ans. C’est jeune, non ?
Oui, ce n’est pas très vieux ! En plus j’étais bien en forme physiquement, ce qui était ma qualité première. J’aurais encore pu jouer un petit moment, je pense. Mais je voulais entraîner. Je voulais passer mes diplômes d’entraîneur. Après le C+, je voulais passer le B mais je n’ai pas pu parce que je ne pouvais pas être présent aux entraînements de l’équipe dans laquelle j’entraînais. C’est à ce moment que je me suis dit qu’il fallait arrêter de jouer et commencer à entraîner. Cela fait longtemps que j’avais envie d’entraîner, mais des actifs, pas des juniors.

Le terrain te manque aujourd’hui ?
Non. Je suis dans une autre dynamique. Dans ma tête, j’ai bien fait la transition. J’adore ce que je fais, je le savais au moment d’arrêter que j’allais adorer. En plus, cela se passe bien dès la première année donc c’est aussi une chance.

Comment as-tu vécu la crise de résultats de la première équipe et le changement d’entraîneur ?
De loin. Parce que je n’étais pas dans l’équipe, même si j’ai encore beaucoup d’amis joueurs. Cela m’embêtait de les voir dans cette situation-là. Et le club aussi ne méritait pas d’être en bas de classement de 1ère ligue après les belles années qu’il y a eues avant. Mais honnêtement, j’étais assez distancé des événements, premièrement parce que je ne suis plus joueur, et ensuite parce que j’avais ma tête centrée sur mon équipe.

As-tu été pressenti pour reprendre la première équipe s’il n’y avait pas eu le blocage du diplôme ou était-ce un peu tôt (ndlr : le diplôme A est nécessaire pour entraîner en 1ère ligue) ?
Si c’était une histoire de diplômes, en l’occurrence je ne l’avais pas, donc non. Et plus, on ne m’en a jamais parlé, sauf par certains joueurs qui m’ont lancé la perche. Je suis engagé dans la deuxième équipe, ça se passe bien et je suis ravi d’être là. Mais pour être honnête, si le club a besoin de moi pour entraîner plus haut, même si c’est ma première année, je fonce direct. Sans appréhension.

Parlons de ton nouveau rôle d’entraîneur. Tes débuts sont prometteurs avec un titre honorifique de champion d’automne en 3ème ligue avec Meyrin II. Surpris par ces bons résultats ?
Je ne pensais pas qu’on allait avoir cette régularité. Quand j’ai pris cette équipe, je ne savais pas à quoi m’attendre. J’avais eu quelques échos. Mais au bout de 2-3 semaines, j’ai vu que les joueurs étaient très impliqués et qu’il y avait de la qualité. Je leur ai dit à la fin de la préparation estivale que j’avais une totale confiance en eux et qu’on avait les moyens de faire quelque chose de beau cette année. 

Après 9 victoires en 9 journées, on pensait que le championnat allait être bouclé comme avec Interstar dans l’autre groupe, mais deux défaites (Veyrier II et UGS II) pour clore le tour on relancé le suspense. Que s’est-il passé, vous êtes tombés sur meilleurs que vous ?
Veyrier n’a pas été meilleur que nous, en tout cas pas sur ce jour. On n’a pas de réussite et eux ont penalty généreux. Par contre, UGS était plus fort que nous et nous n’étions pas dans notre match.

La promotion est-elle un objectif fixé ou un bonus ?
Au départ, non. Mais là on s’est dit qu’il y a quelque chose à faire. Si on est premiers à la trêve, on ne peut pas se contenter d’une 2ème ou 3ème place. On va jouer pour aller jusqu’au bout et être à la première place lors de la dernière journée.

Y a-t-il beaucoup de liens avec la première équipe ?
Oui, il y a des liens. Mais ce sont plutôt nos joueurs qui vont avec la Une plutôt que l’inverse. Je pense à Brandon Kinkembo, Paolo Lucchesi ou David De Freitas, qui se sont entraînés avec la première équipe et qui ont même fait des matchs. D’un côté, c’est bien pour eux qu’ils puissent progresser, d’un autre ce sont des joueurs qui nous manquent en match. Sinon, dans l’autre sens, on n’a pas été renforcés par la première, sauf quelques cas où des joueurs revenaient de blessure, comme Da Roxa ou Soares.

Quel est l’adversaire qui t’a le plus impressionné lors du premier tour et que tu vois lutter pour le titre au printemps prochain ?
Sur le match qu’on a perdu, je dirais UGS II, mais je ne pense pas qu’ils auront cette équipe à chaque fois parce qu’il y avait pas mal de joueurs de leur première équipe. Sinon Veyrier II, Avanchet qui est bien revenu, Genève-Poste. Mais aucun match n’est facile. Cette 3ème ligue, je ne la connaissais pas du tout. Quand on a enchaîné 9 victoires, on a eu beaucoup de mal contre des équipes de bas de classement qui défendaient très bas.

Est-il plus facile de travailler avec des jeunes actifs qui sont plus motivés que des plus vieux ?
Cela dépend du joueur. Il y a des joueurs qui, même s’ils sont jeunes, se contentent d’être là où ils sont. Il y en a d’autres qui ont moins de qualités au départ mais qui veulent progresser et qui sont plus à l’écoute. Après il y a des joueurs qui sont pétris de qualité mais qui ne veulent pas forcément jouer plus haut.

Pour finir, il est rare de faire 9 années dans le même club en 1ère ligue. Tu n’as jamais été contacté par d’autres clubs ?
Au début, oui. La Chaux-de-Fonds à la fin de ma première année et Chiasso à la fin de la deuxième année, mais ça ne s’est pas fait. Mais après, plus rien. Je me suis de plus en plus attaché à Meyrin, je suis devenu un vrai clubiste (rires) !

Et ton jubilé, c’était comment ?
C’était incroyable, ça m’a vraiment touché et ça me touche encore. Il y avait des joueurs qui n’étaient plus au club qui étaient là. C’était très bien organisé par le club, je pense que Marco Di Palma, Luis Moës, Ramon Arino, Bruno Codeas, les joueurs, ma femme… c’est eux qui ont chapeauté tout ça ! J’étais content car ils ont été reconnaissants de mes valeurs, mon sérieux, ma fidélité… J’ai reçu un maillot, des fleurs, un cadre avec des photos, c’était super.

Lebeau-jubilé-Meyrin

Son dernier match, le 31 mai dernier (Photo: Meyrin FC)

 

Jean-Philippe Lebeau, né le 26 mars 1982 à La Roche-sur-Yon (France)

Joueur :
2000 – 2003 : La Roche-sur-Yon (FRA), CFA et National
2003 – 2005 : Union Sportive Royenne (FRA), CFA et National
2005 – 2014 : Meyrin FC, Challenge League et 1ère ligue

Entraîneur :
Depuis 2014 : Meyrin FC II, 3ème ligue

 

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