Changements illimités en 3ème ligue : bonne ou mauvaise idée ?

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De la réjouissance à l’indifférence, les entraîneurs genevois accueillent cette nouvelle règle de manière différente. Une chose est sûre : elle fait débat.

Ce week-end, c’est la reprise des championnats régionaux de la 2ème à la 5ème ligue. Avec une grande nouveauté : l’instauration des changements illimités en 3ème ligue. Une règle qui va amener son lot de changements dans l’approche des matchs. Les entraîneurs ne devront plus prendre la toujours difficile décision de choisir leurs trois remplaçants –et surtout ceux qui ne joueront pas, décision encore plus difficile–, puisque les possibilités qui s’offrent à eux sont désormais illimitées.

Le risque ? La perte de temps excessive

Changements « illimités », voici le terme qui fâche. La plus grande crainte des entraîneurs que nous avons contactés est celle d’un nombre de changements excessifs dans les dernières minutes en cas de score serré, dans le simple but de perdre du temps. Samuel Singarella, récemment élu à la tête du FC Versoix, souligne : « Le côté négatif de cette règle, c’est qu’il y en a qui vont peut-être en abuser et perdre du temps. Imagine que tu gagnes 1-0, tu sais comment c’est dans le monde du football, le résultat va primer sur la qualité du jeu et tu vas casser le rythme. Je me demande comment l’arbitre va gérer ça ».

Daniel Wydler, entraîneur de l’US Meinier, craint également ces excès, mais fait tout de même confiance au bon sens de ses pairs : « C’est aux entraîneurs de jouer le jeu et de ne pas faire vingt changements à la fin du match ». Plus facile à dire qu’à faire…

Samuel Singarella, nouvel entraîneur de Versoix

Objectifs sportifs ou humains ?

Cette règle, bien que majoritairement bien accueillie par les entraîneurs, laisse indifférents certains autres, qui ne changent pas leur approche. Mais dans une optique de post-formation, sans réel objectif en termes de résultats, comme c’est souvent le cas des équipes réserve, les changements illimités peuvent être un plus. C’est le cas de Romain Pétremand, qui entame sa première expérience en actifs à la tête de Chênois II. Pour lui, qui a toujours entraîné en juniors jusqu’à présent, cette règle a même changé son plan de carrière : « Cette nouvelle règle a clairement influencé mon choix de passer dans le monde des actifs. Cela fait 2-3 saisons qu’on me propose des actifs et j’ai toujours dit que travailler avec un groupe de 20 et ne pas pouvoir en faire jouer 6 d’entre eux, cela ne m’enchantait pas. Les changements illimités vont permettre de pouvoir concerner beaucoup plus de joueurs et d’éviter des fins de saison tronchées où il faut bricoler avec des joueurs de la Une, de la Trois, des juniors A… ».

L’entraîneur chênois n’y voit donc que du positif : « On peut travailler avec un contingent concerné. Avant, après 5-6 matchs, ceux qui n’avaient pas beaucoup joué baissaient facilement les bras. Maintenant, on peut concerner beaucoup plus de monde. En 3ème ligue, tu ne peux pas exiger que tes joueurs rentrent de vacances juste pour le foot, donc ceux qui ne sont pas prêts peuvent jouer 45 minutes, cela permet de faire tourner. Pour moi c’est très positif, cela va me permettre de bonifier le groupe ».

Pour d’autres équipes, comme Versoix ou Meinier, qui ont des objectifs de haut de tableau en 3ème ligue, c’est plutôt l’indifférence qui règne puisque cela ne va pas chambouler leur idée. Samuel Singarella : « Il y a certes un point positif, c’est que tu sais que tes 18 gars sur la feuille peuvent jouer. Si t’as un blessé à la 10ème minute, cela ne te limite pas, tu peux mettre du sang neuf à tout moment. Mais à la base, le football c’est trois changements. C’est à l’entraîneur de les choisir, c’est aussi ça la beauté du football, de pouvoir faire une différence aussi avec un changement qu’on a senti ».

Autant Singarella que Wydler restent fidèles à leur approche classique avec trois changements mais n’excluent pas avoir recours à ce nouveau droit en cas de « match facile ». L’entraîneur versoisien détaille : « De notre côté, c’est bien clair pour moi et pour les joueurs : les onze qui commencent sont les onze privilégiés par rapport aux autres. Le but est de gagner mes matchs, pas de faire plaisir à tout le monde. Je ne suis pas dans l’optique de faire des cadeaux. Après, si tu gagnes un match 4-0 ou 5-0, oui, tu peux faire jouer tout le monde. Mais dans mon optique, je reste sur mes trois changements. Mon approche ne change pas. Mais en fonction de la physionomie du match, on peut y faire recours ».

Même son de cloche chez Wydler, le coach meynite : « Pour moi, la priorité est clairement l’aspect sportif. J’ai annoncé dès le premier entraînement que si je dois juste faire deux changements, je n’en ferai que deux. On joue la gagne, donc je ne vais pas changer mon approche et faire jouer tout le monde pour le plaisir. Après, c’est sûr que si le match est plié pour nous à la 75ème minute, je vais donner du temps de jeu à tout le monde. Mais moi je suis pour les trois changements, bien que cela fasse des déçus ».

On peut donc percevoir un contraste des opinions en fonction des objectifs de chaque club. Sur ce point, Pétremand résume : « Pour les équipes qui ont une obligation de résultats, cela ne changera pas grand-chose car c’est le meilleur onze qui va jouer tous les week-ends. Les deuxièmes équipes qui n’ont pas forcément un objectif de résultats, comme la nôtre, elles n’ont pas forcément pour but de faire jouer les onze meilleurs, mais de faire évoluer tout le monde ».

Daniel-Wydler-Meinier-2016

Daniel Wydler, au récent Tournoi des Campagnes

Un nivellement vers le bas ?

La question qu’il faut maintenant se poser c’est : est-ce une bonne ou une mauvaise chose pour le niveau de cette catégorie ? Il faut rappeler que les changements illimités ont déjà été instaurés en 4ème et 5ème ligue il y a quelques saisons. Avec l’arrivée de cette règle en 3ème ligue, on pourrait s’interroger sur un éventuel processus de nivellement vers le bas, où on préfère faire jouer tout le monde et éviter les déçus, comme c’est le cas dans les catégories inférieures. Daniel Wydler argumente dans ce sens : « Même si humainement cela peut être intéressant, footballistiquement parlant, cela va clairement baisser le niveau de la 3ème ligue. On est censés se rapprocher de la 2ème ligue et malheureusement on se rapproche de la 4ème ligue. Ils auraient pu trouver une solution entre les deux, c’est-à-dire cinq changements, par exemple ».

Est-ce synonyme d’une baisse de la compétitivité de la ligue ? Il faut signaler que la 3ème ligue n’a plus son rayonnement de l’époque, où elle se plaçait au 5ème échelon du football suisse sur 7. Désormais, avec l’apparition de la 2ème ligue inter en 2000 et de la Promotion League en 2011, la 3ème ligue est au 7ème échelon… sur 9. Même si cette règle est bien accueillie par Romain Pétremand, l’entraîneur des Trois-Chêne est conscient de la paupérisation du niveau de la catégorie : « Oui, c’est un nivellement vers le bas, mais c’est une adaptation aux catégories intermédiaires ajoutées ces dernières années comme la Promotion League. Il faut être conscient d’une chose : la 3ème ligue, c’est un niveau qui est faible. Mais les catégories hautes restent sérieuses avec trois changements ».

Mais tout n’est pas si noir. Il y a malgré tout chaque année quelques équipes –généralement deux ou trois par groupe– que l’on prend du plaisir à regarder et qui peuvent aspirer à la 2ème ligue. Mais une chose est sûre : qu’elle soit bien ou mal accueillie, cette nouvelle règlementation fait débat. Le temps nous dira si elle s’est bien installée dans le panorama de la 3ème ligue genevoise.

 

 

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