Touchés, mais loin d’être coulés

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La majorité des clubs genevois a subi des conséquences financières liées à l’épidémie de Covid-19, aucun néanmoins ne souhaite tirer la sonnette d’alarme. Tour d’horizon.

Annulation d’événements, manque à gagner des buvettes ou encore problématiques liés au sponsoring : les clubs de football amateur doivent faire face à une situation sans précédent. Ce que confirme Pascal Chobaz, dans son interview publiée la semaine dernière : Au niveau de l’évaluation de l’impact, il y a évidemment une perte de revenus, à travers l’organisation de manifestations, comme les tournois ou les repas de soutien, mais aussi au niveau des recettes issues de la buvette pour certains clubs ». Le président de l’ACGF conseille notamment aux clubs les plus touchés de faire une demande exceptionnelle de soutien auprès du Fonds du sport genevois : « Au plan cantonal, le Fonds du sport genevois, associé aux collectivités publiques du Canton et de la Ville de Genève, a édité une marche à suivre concernant la possibilité d’effectuer une demande exceptionnelle de soutien, qui devra obligatoirement être en lien avec les conséquences de la pandémie sur les finances des clubs ». A quel niveau les clubs genevois sont-ils touchés financièrement ? Comptent-ils se tourner vers ces aides ? Le point avec quelques uns d’entre eux.

Un réel manque à gagner

Le jeudi 21 mai prochain devait avoir lieu le Tournoi de l’Ascension organisé par le FC Plan-les-Ouates : « C’est un tournoi sur lequel nous avions de gros espoirs car il s’agissait du Tournoi pour les 90 ans du club », déplore le président du club Julien Chobillon. Une situation à laquelle le club a décidé de réagir : « Niveau financier, une demande va être déposée pour compenser le manque à gagner. Un chiffre estimé entre 12’000 et 15’000 francs selon les chiffres déclarés par l’ancien comité pour les éditions précédentes. Mais c’était un tournoi de E, D et C qui a toujours un gros potentiel, et c’est clair que si le temps est beau, ce genre de tournoi peut nous amener beaucoup en terme financiers (buvette, inscriptions, etc.) ».

À Versoix, les effets de la crise se font ressentir dans les comptes. Arrivé en octobre dernier, le nouveau président Alexandre Moraga parle d’un manque à gagner entre 50’000 et 60’000 francs sur un budget d’environ 500’000. Le club de la Bécassière organise en effet tous les ans son repas de soutien au printemps ainsi que son traditionnel tournoi de l’Ascension en mai. Des manifestations qui pour l’heure restent en suspens. En revanche, le club n’a enregistré aucun désistement de sponsor. 

Ce manque à gagner est présent dans la grande majorité des clubs du canton à l’image de Grand-Saconnex ou Donzelle pour qui diverses manifestations étaient également prévues cet été. Néanmoins, aucune aide ne sera pour le moment demandée : « II faut aussi se dire qu’il n’y a pas eu de frais d’arbitre, de cartons, ni de primes de match à payer, explique le directeur sportif de Grand-Saconnex, Valentin Toffoletto. Toutes ces sorties d’argent étaient prévues dans le budget et n’auront donc pas lieu. À la fin, nul ne doute qu’on ne sera pas gagnant, mais on ne peut pas encore savoir de combien on sera perdant. Nous ne comptons pas faire appel à des aides supplémentaires destinées au sport amateur. J’estime que l’on est encore loin d’être dans une situation critique. Si vraiment la situation financière venait à s’aggraver, il est plus probable que l’on se tourne vers la commune ».

Même son de cloche pour le président du FC Donzelle, Pierre-Yves Zumbach : « Nous aurons un manque de rentrée d’argent si nos manifestations comme le tournoi du Rhône sont annulées, mais en contre-partie il n’y a pas de frais d’arbitre ou de frais de peintures pour les lignes du terrain par exemple. L’un dans l’autre, nous perdrons certainement de l’argent, mais nous ne serons pas dans le rouge. Nous n’avons donc pas de raison de nous tourner vers des aides extérieures ».

Conséquences au sein des clubs

Au niveau des politiques internes, chaque club établit également sa propre stratégie, notamment par rapport aux salaires des entraîneurs. « Le versement des indemnités aux entraîneurs juniors est notre priorité. Nous espérons vraiment pouvoir les assumer, assure Pierre-Yves Zumbach. Cependant, pour les entraîneurs actifs, nous ferons au cas par cas. Nous avons déjà un entraîneur qui a décidé de ne rien toucher afin de se montrer solidaire vis-à-vis du club ». Julien Chobillon explique qu’à PLO, les salaires des entraîneurs vont être versés au pro-rata de la saison disputée, donc jusqu’à fin mars : « Aucun salaire n’est gelé et tout sera versé normalement aux entraîneurs, c’est notre priorité ». Versoix a pris de son côté la décision comme premières mesures de geler les salaires des entraîneurs en mars et en avril.

L’autre sujet brûlant est celui des cotisations. Les clubs sont-ils prêts à rembourser les personnes qui le réclameraient ? « Nous avons décidé de refuser le remboursement des cotisations, affirme Pierre-Yves Zumbach. Il faut comprendre que celles-ci servent à investir dans le matériel en début de saison notamment et que tout ceci a déjà été dépensé puisque nous nous sommes entraînés d’août à début mars. Néanmoins, nous ferons un geste en début de saison prochaine, comme le fait d’offrir un équipement, par exemple ». Le discours est le même pour Julien Chobillon : « Aucune demande de remboursement des cotisations n’a été faite encore et quoiqu’il arrive, nous ne rentrerons pas en matière. J’ai regardé un peu aussi avec les clubs voisins et la philosophie est la même pour nous tous. Les montants sont beaucoup trop importants et les frais de matériel ont déjà été engagés pour que les joueurs touchent leur équipement ».

Le Saconnésien Valentin Toffoletto soulève un autre point tout aussi intéressant, celui des futures inscriptions : « Nous sommes généralement dans une période de l’année lors de laquelle beaucoup d’enfants viennent s’inscrire au club. Il est donc probable qu’on ait une diminution de nouveaux inscrits. À tout cela, nous pouvons ajouter les parents qui n’avaient pas payé la cotisation de leur enfant avant la crise, auxquels nous ne pouvons maintenant rien réclamer sachant que tout est à l’arrêt ».

Si la plupart des clubs ont été touchés, à des degrés différents, par l’épidémie de Covid-19, tous dans leur ensemble se veulent rassurants quant à leur avenir. Aucun ne semble être menacé pour l’instant de disparition et tous travaillent pour trouver des solutions à l’interne qui leur permettent de sortir de cette crise le moins touchés possible. 

 

 






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