Les douze travaux de Carlos Milhazes

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Après une carrière professionnelle de plus de 15 ans, Carlos Milhazes s’est installé à Genève début 2018. Bientôt quarantenaire, le natif de Póvoa de Varzim a déjà laissé sa trace dans le football amateur genevois et n’est pas rassasié.

Douze clubs et quatorze transferts pour plus de 300 matchs professionnels en carrière. Lorsqu’un joueur de ce calibre atterrit dans le football genevois, son parcours mérite d’être connu. Entre Portugal, Roumanie, Chypre, Grèce et Suisse, voici l’histoire de Carlos Alberto Lourenço Milhazes.

Des débuts pas évidents

Fils de pêcheur, Carlos Milhazes n’était pas un prédestiné du ballon rond. Né au début des années 80, il fait ses premiers pas chez les juniors du Varzim SC, près de chez lui : “Il y avait beaucoup de concurrence pour aller dans les meilleures académies du Portugal. Les enfants comme moi dont les parents n’avaient pas un statut social élevé avaient moins de chances d’intégrer les grands clubs”. Mais cela ne freine pas le jeune Carlos qui, très travailleur dès son plus jeune âge, signe son premier contrat professionnel à 17 ans.

Son club formateur de Varzim -aujourd’hui en deuxième division- évoluait alors en première division portugaise, celle que l’on appelle depuis 2015 la Liga NOS. Conscient de l’importance d’avoir du temps de jeu, Milhazes rejoint pour deux saisons un club de troisième division en prêt, Caçadores das Taipas. L’année de son arrivée, l’équipe est promue dans un contexte particulier pour le jeune Carlos : “Je devais effectuer mon service militaire (obligatoire au Portugal jusqu’en 1999, ndlr). Je rentrais le samedi, m’entraînais une fois et jouais le dimanche”. Une première année particulière, mais prolifique.

De retour à Varzim deux ans après son prêt, Milhazes ne semble toujours pas destiné à avoir sa place dans le onze. “Je n’entrais pas dans les plans de l’entraîneur. Il avait fait venir des joueurs de Benfica et j’allais être la troisième option. Je voulais repartir mais le président a insisté pour que je reste”. Prisonnier de la situation, Milhazes finit par avoir sa chance lors de la huitième journée du championnat. Le 27 octobre 2002, il est titulaire pour sa première apparition en pro à l’âge de 21 ans et délivre une passe décisive lors de la victoire 3-2 sur le terrain de Guimarães. Il gagne alors sa place dans le onze de José Costa et ne la quitte plus pendant deux ans.

Plusieurs années plus tard, sous les couleurs de son club formateur.

Contrat rêvé chez un ténor du football portugais

À l’été 2004 le natif de Varzim reçoit une offre indéclinable. Cette fois-ci, le président du club de sa ville natale ne peut pas empêcher le transfert : Milhazes fait ses valises pour Boavista. Titré en 2001, mais aussi vice-champion du Portugal en 1999 et en 2002, le club basé à Porto traversait alors la période la plus glorieuse de son histoire. Le défenseur de 23 ans se voit offrir un contrat de cinq ans : le rêve. Toutefois, Milhazes est remplaçant et le courant passe très mal avec l’entraîneur Jaime Pacheco : “Il voulait absolument que je change de look et de chaussures, il cherchait des excuses pour ne pas me faire jouer”. Malgré le départ du coach en fin de saison, Carlos veut changer d’air et rompt son contrat : direction Rio Ave.

Du côté de Rio Ave, club voisin et rival de Varzim, Milhazes est relégué lors de sa première année mais a l’occasion d’affronter des joueurs tels que Quaresma, Falcao, Hulk, Nuno Gomes ou encore Petit. Son temps de jeu n’avait jamais été si élevé. Mais alors qu’il dispute sa troisième saison avec l’objectif de retrouver la première division, Milhazes succombe aux sirènes roumaines : à l’hiver 2008, il s’engage avec Timișoara. Un choix logique pour le latéral portugais : “Un contrat d’un an là-bas correspondait à deux ou trois ans au Portugal. En plus le club jouait la coupe de l’UEFA”.

La Roumanie et les blessures 

Directement titulaire, Milhazes jouera un premier tour de coupe d’Europe lors de la saison successive contre le Partizan Belgrade. Malgré des accomplissements sportifs et un stade toujours plein à craquer, Carlos a le mal du pays : “Les gens étaient des fous de football et on jouait devant des milliers de personnes chaque week-end. Nous avions des chances de remporter le titre (Timișoara terminera deuxième du championnat, ndlr) mais ma famille me manquait. Guimaraes m’a contacté pendant la trêve et c’était l’occasion de retourner auprès de mes proches”.

Quitter la Roumanie pendant le mercato hivernal s’avère être une vraie aventure : “Le président de Timișoara a tout fait pour me retenir. Le dernier jour du mercato, j’ai pris ma voiture pour aller jusqu’à Genève. J’ai fait plus de 1500 kilomètres de route tout seul et j’ai dû ensuite sauter sur l’avion pour Guimarães une fois arrivé à Genève”. Épuisé, Milhazes parvient à signer dans le club au nord-est de Braga juste à temps.

Sa saison et demie du côté de Guimaraes est marquée par une grave blessure aux côtes. À l’été 2010, Rio Ave rappelle le numéro 55 qui passera une année supplémentaire dans le club basé à Vila do Conde. Malheureusement, une nouvelle blessure, cette fois au métacarpe, le freine dans son élan. Pourtant dans la force de l’âge, Milhazes signe alors à Chaves, en troisième division : “J’avais un peu perdu le rythme avec mes blessures. Je connaissais l’entraîneur de Chaves et il formait une équipe pour jouer la montée. C’était l’occasion de me relancer”.  

De retour en troisième division, à Chaves.

Un triplé pour Gattuso

Milhazes et les siens ratent le coche : Chaves reste en troisième division. C’est alors qu’un club chypriote de la ville de Paralímni recrute le latéral né à Póvoa de Varzim. Sa saison 2012-2013 marque son retour dans le football professionnel et lui permet de se faire repérer par des clubs grecs. C’est l’OFI Crète qui est attiré par son profil. Ce transfert de 2013 changera la carrière de Milhazes, qui passera quatre années dans le championnat hellène.

Titulaire lors de 32 des 34 matchs, Milhazes conclut la saison 2013-2014 au pied du podium et atteint même les demi-finales de la coupe nationale avec son nouveau club. “À Crète, c’était exceptionnel. Les gens ont une gentillesse incroyable là-bas, c’est un autre monde. Pour moi, le niveau du championnat est le même qu’au Portugal”. Cerise sur le gâteau pendant l’été : Gennaro Gattuso débarque en tant qu’entraîneur. Malheureusement, pour la première saison du coach italien en Grèce, le club a des problèmes financiers et Milhazes quitte le navire en hiver. Pour son dernier match sous les couleurs de l’OFI Crète le 11 janvier 2015, il s’offre un incroyable triplé face à l’AO Kerkyra : la meilleur adieu possible.

Première expérience grecque à l’OFI Crète

C’est à Levadiakos, toujours en première division grecque, que Milhazes trouve un point de chute à la mi-saison. Le club se maintient, l’objectif est atteint. En grande forme, le latéral portugais attire les regards dès le début de sa deuxième saison : “Avec mon agent, nous nous étions mis d’accord avec un grand club grec. Le transfert allait se faire pendant l’hiver”. Coup du sort : une blessure aux ligaments vient briser une nouvelle fois les projets de Carlos. Le transfert avorte et Milhazes ne remettra les pieds sur le terrain que lors du dernier match de la saison. Revanchard, le numéro 55 se représente l’année suivante et est récompensé pour sa résilience : au terme de la saison 2016-2017, il est sélectionné dans le onze type du championnat, à 36 ans.

Deux ans et demi de haut niveau à Levadiakos.

Responsabilisé à Genève

Celle en Grèce a sûrement été la meilleure période de la carrière de Milhazes, qui estime que cela peut suffire : “Je me suis dit que j’allais retourner à Varzim. J’allais pouvoir me rapprocher de ma famille mais aussi terminer là où j’avais commencé”. À l’été 2017, il signe un contrat le liant au club de sa ville natale jusqu’à ses 40 ans. Cette période sera toutefois écourtée car après seulement quelques mois, Milhazes quitte définitivement Varzim : “Je n’avais plus la même motivation mais surtout les choses avaient changé à l’intérieur du club”. C’est à ce moment là que Milhazes décide de rejoindre ses proches et met le cap sur Genève.

“Je ne suis pas arrivé dans l’optique de jouer à haut niveau” précise d’emblée Milhazes. Convaincu par son ami Bruno Brigas, il joue la deuxième partie de la saison 2017-2018 avec Benfica Genève, à la fois avec les vétérans et en 3ème ligue. “J’ai direct dit que si je venais à Benfica, c’était pour jouer devant et pas défenseur (rires) !”. La reconversion de Milhazes se déroule bien, puisqu’il inscrit 20 buts en 15 matchs entre actifs et seniors.

Durant l’été qui suit, le natif de Varzim -bien qu’également approché par Aïre-le-Lignon- est convaincu par le projet de Famalicão de Genève : “Je connaissais le président Américo Estéves et il était prêt à me donner des responsabilités au club. J’ai alors rejoint Famalicão en tant que joueur de la quatrième ligue, des seniors, mais aussi en tant que directeur sportif”. L’année 2018-2019 de Milhazes en tant qu’homme à tout faire est mémorable : la première équipe ainsi que les seniors sont promus. Au niveau personnel, il inscrit 35 buts en 18 matchs de 4ème ligue ainsi que 26 buts en 14 rencontres avec les seniors.

Milhazes et le président Américo Estéves lors de son arrivée à Famalicão de Genève, à l’été 2018.

(Encore) un nouveau chapitre

Après une saison mémorable pour le club, Milhazes et Famalicão ont redémarré avec des ambitions. Avant l’annulation des championnats amateurs, les lusitains pointaient à la 4ème place de 3ème ligue avec la deuxième meilleure attaque du groupe et étaient encore dans la course en coupe genevoise. Néanmoins, le départ du président et ami de Milhazes Américo Estéves au Portugal cet hiver a convaincu le latéral de 39 ans à chercher un nouveau challenge. En contact avec Auro Duarte depuis un moment, Milhazes a alors rejoint Champel où il a disputé des matchs amicaux.

Ce n’est toutefois pas le maillot champelois que le numéro 55 portera à la reprise des championnats : “Mon ami Bruno Brigas -le même qui l’avait convaincu à jouer avec Benfica Genève, ndlr- et moi avons finalement décidé de rejoindre Sporting en 3ème ligue. L’objectif sera d’être promu en 2ème ligue”. Un défi qui s’annonce coriace, puisque Sporting était dernier du groupe 1 de 3ème ligue avant que la saison blanche soit annoncée. Mais alors que Milhazes approche de ses quarante ans et qu’il s’apprête à rejoindre un quatrième club du canton, ce dernier songe déjà à sa reconversion : “J’ai entraîné des Juniors D à Champel pendant quelques mois et à côté je passe mes diplômes pour pouvoir entraîner plus haut dans les années futures”. Décidément, même après une carrière rocambolesque et riche en succès, Carlos Milhazes n’a pas encore atteint ses limites.

 

Photos : Facebook






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