Christopher Lungoyi face à son passé

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De retour en Suisse après deux saisons passées dans l’académie du FC Porto, Christopher Lungoyi est déterminé à faire ses preuves. Lié au FC Lugano jusqu’à l’été 2023, il s’apprête à affronter Servette, qu’il a quitté il y a deux ans et demi.

1114. Ce sont les jours séparant la première apparition de Christopher Lungoyi dans le football professionnel et la rencontre de Super League de dimanche qui opposera Servette à Lugano. Cette fois, rien n’est plus comme ce 3 juin 2017 lorsqu’à seulement 16 ans, l’attaquant formé chez les Grenat avait bénéficié de vingt minutes de jeu à l’occasion de la dernière journée de Challenge League. Dimanche, dans un stade de la Praille dénué de public, l’histoire sera toute autre pour l’attaquant suisse né à Kinshasa. Le nouveau numéro 8 du FC Lugano affrontera pour la première fois son club formateur, une division plus haut que lorsqu’il était parti en janvier 2018. Calme et déterminé à l’approche de ce match si particulier pour lui, celui qui fêtera 20 ans dans deux semaines s’est confié à Proxifoot.

Porto : peu de minutes mais pas de regrets

Arrivé au Portugal dans la confusion suite à son transfert à la trêve hivernale qui avait beaucoup fait parler, Lungoyi n’a pas pu être aussitôt contingenté, mais a directement été surclassé : « Je suis arrivé dans l’optique d’intégrer les U19, mais le coach de Porto B a voulu que je m’entraîne avec son groupe. J’ai passé quatre mois avec la deuxième équipe, sans pouvoir jouer de matchs officiels, en attendant que Servette envoie ma licence à la fédération portugaise de football », explique l’attaquant.

L’année suivante, une fois les problèmes administratifs réglés, la situation ne s’améliore pas vraiment : « Je suis retourné avec les U19 pour regoûter au terrain en voulant prouver que je pouvais vite remonter avec la Deux. Ce n’était toutefois pas facile du tout car les joueurs de ma génération étaient très forts, mais surtout parce que les choix en interne étaient assez politiques. Lorsque l’on croisait les pros à la salle de sport, tous disaient qu’il fallait redoubler d’efforts en tant que joueur étranger, étant donné que les joueurs du pays partaient avec plusieurs longueurs d’avance ». Alternant les entraînements avec les U19 et la deuxième équipe des « Dragões », Lungoyi n’a disputé que des miettes de matchs officiels la saison dernière.

Malgré le manque de temps de jeu flagrant auquel il a fait face durant ses deux années à Porto, l’espoir genevois ne regrette pas son passage chez le vingt-huit fois champion du Portugal : « Sur le terrain, que ce soit en amical ou à l’entraînement, je me suis trouvé bon. J’ai aussi gagné énormément d’expérience, il n’y a rien à dire. L’encadrement des joueurs et les infrastructures du club sont également de très grande qualité et optimales pour progresser. Je ressors d’ici sans regrets, vraiment, et en ayant conscience d’avoir grandi. Ce n’était pas une décision évidente à prendre si jeune mais si tu n’oses pas dans la vie, personne n’osera à ta place », conclut un Lungoyi sans regrets et plus mature qu’à son arrivée.

Lungoyi à l’entraînement avec son nouveau club.

« Je suis revenu en Suisse pour avoir à nouveau de la visibilité »

Sans surprises, l’attaquant formé à Servette avait les idées claires au fur et à mesure que la date d’expiration de son contrat approchait cet hiver : « J’en avais déjà parlé en avance avec ma famille et mon agent, je n’avais aucun doute. Même si à Porto on souhaitait me retenir en me disant que j’allais avoir ma chance avec la réserve, je me suis résigné en voyant mon temps de jeu diminuer au cours de la pré-saison ».

Ce départ de Porto était certes prévisible, mais trouver un point de chute au Tessin l’était beaucoup moins. Ce choix d’avoir rejoint Lugano n’a toutefois pas été fait par défaut, comme l’explique le gaucher : « Lorsque j’ai appris que Lugano m’avait fait une proposition, je n’ai même pas cherché à savoir les clubs étrangers qui étaient intéressés, par peur de vivre la même chose qu’à Porto. Revenir en Suisse m’offrait la possibilité de refaire mes preuves et surtout de retrouver le plaisir du terrain. Par ailleurs, cela fait plus de deux ans que je ne suis plus appelé avec une équipe de Suisse de jeunes, et revenir ici était optimal pour avoir à nouveau de la visibilité, en vue de l’Euro U21 notamment ».

Bien que stoppé dans son élan à cause de l’arrêt des compétitions, Christopher Lungoyi est très satisfait de ses premiers mois au FC Lugano. Nul ne doute qu’il se rappellera de ses débuts en Super League, le 16 février, contre Young Boys : « J’étais tellement heureux de retrouver les terrains. À ce moment-là, je ne pouvais rien demander de plus. Quelques mois auparavant, je ne jouais pas à Porto et là, j’ai pu disputer vingt minutes dans une victoire contre le champion suisse », analyse ravi le nouvel attaquant luganais, passé pratiquement d’un extrême à l’autre en quelques mois.

“J’ai hâte, je veux repartir avec la victoire”

Mais le vrai match de la saison pour Lungoyi, ce sera ce dimanche. Pour la première fois, le joueur géré par World Soccer Management Agency affrontera le Servette FC. Cette rencontre particulièrement symbolique ravit Christopher Lungoyi : « Je suis plutôt calme mais j’ai vraiment hâte. Ce sera un match particulier pour moi et je me réjouis de retrouver certains de mes anciens coéquipiers notamment. Je ne me sens pas du tout revanchard, j’ai juste envie de repartir avec la victoire ». 

Et qu’en aurait-il été si Servette plutôt que Lugano avait tenté de faire revenir Lungoyi au club cet hiver ? « Honnêtement, ça m’aurait étonné qu’ils me rappellent, et je ne pense pas que j’aurais été prêt à y retourner. Les arguments qui auraient néanmoins pu me convaincre sont qu’il s’agit de ma ville et du club qui m’a fait grandir pendant sept ans. Mais ce qui m’importe maintenant, c’est de faire mes preuves sur le terrain, pas de réfléchir à des propositions fictives », répond sans hésiter l’attaquant genevois.

Dimanche, Lungoyi devrait démarrer depuis le banc de touche, comme lors des deux rencontres ayant précédé la suspension du championnat. Le numéro 8 du FC Lugano a jusque-là occupé le poste de deuxième attaquant lors de ses entrées en jeu et se dit « polyvalent ». En espérant que le talent genevois puisse fouler à nouveau la pelouse du Stade de la Praille, le rendez-vous est fixé à demain, 16 heures.

Ce n’est pas le maillot servettien mais bien celui de Lugano que portera Lungoyi dimanche.






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