Marta Peiró : « Servette ferait le poids contre beaucoup d’équipes en Liga »

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L’Espagnole traverse un très bon moment avec le Servette Chênois. Cela tombe bien, les échéances à venir, Zürich et Atlético Madrid, sont capitales. Entretien.

Elle est la joueuse en forme du moment du côté du Servette FC Chênois Féminin. Arrivée d’Espagne cet été, Marta Peiró Giménez (Torrent, Valence, 1998) est en train de prendre ses marques dans le football suisse, après avoir porté les couleurs de Valence et Huelva en Liga. Son adaptation est désormais plus qu’acquise. Il y a 10 jours, c’est elle qui a permis de repartir avec un précieux point d’un périlleux déplacement sur le terrain de Young Boys, un poursuivant direct, en inscrivant les deux buts grenat (2-2).

L’état de forme de l’attaquante espagnole, étudiante en journalisme à côté de sa carrière, arrive à point nommé, puisque les Servettiennes sont en plein marathon de matchs au sommet. Après le nul contre Young Boys, elles enchaîneront avec Zurich, autre concurrent du haut de tableau, avant la cerise sur le gâteau : l’Atlético Madrid en 1/16 de finale de Ligue des Champions. Les deux semaines à venir résument à elles seules les raisons de l’arrivée à Genève de Marta Peiró : gagner un titre et goûter à la Ligue des Champions.

 

Proxifoot : En tant qu’espagnole, on imagine que tu es sollicitée par la presse ces jours après le tirage au sort de la Ligue des Champions.
Marta Peiró : Oui, c’est vrai. Comme nous avons tiré une équipe espagnole, ils profitent du fait que nous sommes deux Espagnoles dans l’équipe, Paula Serrano et moi, et que moi j’étais en Liga Iberdrola la saison passée. Mais j’apprécie de donner des interviews et d’aider à promouvoir le football féminin.

Cet été, tu avais des offres d’Italie, Espagne, Allemagne et même de Chypre. Pourquoi avoir choisi la Suisse et Servette ?
Je me trouvais dans un moment compliqué psychologiquement. Déjà à cause du COVID, mais aussi car cela faisait deux ans que je ne trouvais pas ma bonne version footballistique. J’ai trouvé attractif de sortir de l’Espagne à 22 ans. C’était le moment adéquat dans ma vie pour découvrir un nouveau football et pour avoir une nouvelle expérience en tant que personne et footballeuse en dehors de l’Espagne qui pourrait me faire grandir. Parmi les offres qui étaient à ma disposition, je cherchais surtout la proximité. Genève convenait parfaitement car c’est à environ 1200km de chez moi. Puis, le projet que m’a présenté Richard Feuz (ndlr: directeur administratif du club), m’a séduit. C’est exactement ce que j’attendais: la possibilité de jouer la Ligue des Champions, ce qui est un rêve, mais aussi d’apprendre une nouvelle langue, une nouvelle culture, d’être dans un des meilleurs pays du monde avec des aussi jolis paysages… J’ai directement accepté.

Ce n’est pas un saut que l’on fait facilement. La plupart des joueuses auraient préféré rester au pays. Tu voulais sortir de ta zone de confort ?
Oui, je crois que de nos jours les joueuses veulent aller en Espagne. Moi je sortais de deux années compliquées et je voulais vivre une nouvelle expérience. Si j’étais une étudiante, c’est comme si je voulais vivre mon Erasmus, connaître du monde et me connaître moi-même. Pour moi c’est une nouveauté de vivre seule et de découvrir un nouveau pays. Psychologiquement, cela me rend plus forte. C’est une expérience dans laquelle il faut se lancer à chaud, sans trop réfléchir. Si tu y réfléchis trop, peut-être que tu finis par rester dans ta zone de confort.

Quelle image avaient tes coéquipières de toi ? En venant d’Espagne, on s’attend forcément à une joueuse technique.
Je l’ai dit plein de fois : le foot espagnol est plus technique et le foot suisse est plus physique. Donc n’importe quelle joueuse arrivant d’Espagne, on l’imagine plus technique. En Espagne, depuis toute petite, on a toujours beaucoup insisté sur la technique: contrôle, passe, tir… Plutôt que sur des aspects comme mettre le corps en opposition, faire une faute au bon moment, récupérer le ballon proprement, etc.

Tu as dit il y a deux mois à la radio espagnole Onda Cero que tu n’avais jamais autant travaillé physiquement que cette année. Est-ce que les chances de créer une surprise contre l’Atlético Madrid en Ligue des Champions passent par cet aspect physique ?
Je pense que notre équipe est certes physique mais aussi très technique, beaucoup plus que les autres équipes du championnat. Si Servette jouait la Liga espagnole, je pense qu’on ferait le poids contre beaucoup d’équipes et qu’on pourrait terminer au milieu de tableau. Donc notre niveau technique, qui nous permet d’être en tête du championnat suisse, pourra aussi nous permettre de faire face à l’Atlético, ce ne sera pas uniquement physique car le niveau physique s’améliore de plus en plus en Espagne. Sans oublier l’aspect tactique qui est aussi notre point fort, nous sommes très disciplinées. On a assez d’arguments pour affronter l’Atlético qui ne vient pas de traverser sa meilleure année.

Marta Peiró contre Saint-Gall il y a quelques semaines

Pour parler de tes statistiques individuelles, tu as commencé avec un but en six matchs, mais maintenant tu en es à huit buts toutes compétitions confondues. Peut-on dire que tu es maintenant définitivement intégrée à l’équipe ?
Je pense que je m’adapte de plus en plus chaque jour. Maintenant, cela se reflète dans les statistiques, mais je pense que je me suis bien adaptée dans le jeu dès le premier jour. Au-delà des statistiques en termes de buts qui n’étaient pas au rendez-vous au début, j’ai quand même fait beaucoup de passes décisives et l’attaque de l’équipe est beaucoup passée par moi. Je pense que j’apporte beaucoup dans la zone d’attaque et dans le jeu, et l’équipe en bénéficie. Bien entendu, je veux que cela se reflète dans les statistiques, mais c’est une question de séries et en ce moment elle est bonne. Mais je veux continuer à apporter à l’équipe, l’important c’est de continuer à gagner et d’atteindre notre objectif commun qui est de gagner le championnat. Quand je ne marquais pas, l’entraîneur Eric me disait : « Marta, ne t’inquiète pas, tu es très importante pour l’équipe, grâce à toi on peut déclencher la première passe ou un pressing ». Donc il n’y a pas que les statistiques dans le football, même si les attaquantes nous vivons de ça. Mais nous vivons aussi des victoires collectives. En ce moment, je suis en forme car je m’entraîne très bien et je me sens bien physiquement.

Tu a été alignée à différents postes de l’attaque. Quelle est ta position préférée ? 
J’ai commencé en pointe, puis en soutien de l’attaquante, puis ailier droit et maintenant de nouveau en pointe. Eric veut nous envoyer un message comme quoi toutes les joueuses de l’attaque pouvons tourner et être polyvalentes. Toutes les attaquantes, nous pouvons quasiment jouer à tous les postes de l’attaque. Dans mon cas personnel, c’est en pointe et en soutien de l’attaquante que je suis plus à l’aise. Mais je me sens aussi bien à droite. Ce qui est très positif pour moi, cela veut dire que je me suis rapidement adaptée à l’équipe. Je joue là où Eric me met, l’important c’est de tout donner pour gagner.

Tu es la joueuse en forme du moment, surtout après le doublé très important qui a permis de ramener un nul de Berne la semaine passée. Vous allez enchaîner avec Zürich, adversaire pour le titre, avant d’affronter l’Atlético. Vous pensez déjà un peu à la Ligue des Champions?
Nous avons un objectif réel qui est de gagner le championnat, c’est la priorité. Pour le moment nous sommes en tête avec cinq points d’avance sur Zürich, donc le plus important c’est le match de Zürich. Après viendra la Ligue des Champions, qui est un rêve pour toutes. C’est le summum ! En premier lieu, il faudra profiter un maximum, et ensuite il faudra essayer de rivaliser.

Qu’est-ce qui te manque le plus du championnat espagnol ?
Ce qui me manque le plus, c’est davantage l’extra-sportif : ma famille, mes copines, la nourriture espagnole. Je suis une personne très sociale donc ce côté-là me manque de l’Espagne. Mais en termes de football, il n’y a rien qui me manque en particulier, je suis très contente ici.

Jouer quatre fois contre chaque équipe en championnat est une des particularités du championnat suisse. Ce n’est pas trop ?
Bonne question. C’est très bizarre pour moi de jouer quatre fois contre la même équipe pendant une saison, et même deux fois en première moitié de saison. Je dois m’adapter à ça. En plus, l’aspect domicile/extérieur influence beaucoup en Suisse. Par exemple, ce n’est pas la même équipe de Saint-Gall si tu l’affrontes ici ou là-bas. En jouant quatre fois contre les équipes du haut de tableau, tu sais que le titre va se jouer là. Après, il y a aussi un avantage, c’est que si par malheur tu perds une fois, tu as encore trois autres chances pour te rattraper.

Tu as parlé d’Erasmus tout à l’heure, qui est une expérience qui généralement ne dure qu’une année. Comment vois-tu ton avenir ici ?
J’ai un an de contrat avec Servette, avec option pour une année supplémentaire. Mon objectif personnel pour cette année c’est de retrouver la meilleure version de Marta Peiró. Je crois que je suis en train d’y arriver. Ensuite, je veux apporter le maximum à l’équipe, en termes de buts, assists, beau jeu… Je veux aider l’équipe à grimper un échelon supplémentaire. J’adorerais gagner le championnat avec Servette, ce serait mérité car le projet du club est très bon. Gagner un titre en tant que joueuse professionnelle, c’est le top. C’est la raison pour laquelle je suis venue ici. Ça et jouer la Ligue des Champions.






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