Mathis Magnin : « Il faut que je trouve le bon compromis »

0

Prêté jusqu’en juin à Chiasso par le Servette FC, Mathis Magnin traverse une période de vide après un démarrage canon. Le jeune central évoque ce moment compliqué, mais aussi ses débuts en pro et son futur.

Impossible pour tout bon amateur du football genevois d’oublier la moitié de saison 2019-20 réalisée par Servette M-21 tant celle-ci était parfaite et frustrante à la fois. 13 victoires sur 13, 11 points d’avance sur son dauphin et une promotion en 1ère ligue malgré tout niée. Parmi les artisans de cette chevauchée, nous retrouvons Mathis Magnin, dont la vie a bien changé depuis l’automne 2019.

Au début de l’été, le joueur formé à Plan-les-Ouates, Carouge et Servette a signé son premier contrat pro avec les Grenat et a été envoyé en prêt à Chiasso dans la foulée. À la frontière italo-tessinoise, le central de 19 ans s’est étonnamment imposé en enchaînant vite les titularisations. Sa situation est toutefois bien moins joyeuse depuis quelques temps. Mathis Magnin n’a plus joué depuis deux mois et alterne entre banc en tribunes. Interview.

Proxifoot : Commençons par évoquer la saison dernière avec les M-21. Quel était le secret d’un tel succès ?
Mathis Magnin : On était un groupe vraiment soudé, dirigé par un coach comme Adrian Ursea (actuel entraîneur de l’OGC Nice, ndlr) qui a beaucoup influencé le jeu de l’équipe. Puisqu’il savait qu’on n’allait pas spécialement être à notre avantage sur le plan des duels dans une 2ème ligue inter où on les joueurs sont en moyenne beaucoup plus âgés que nous, nous nous sommes ajustés en jouant sur nos qualités en phase de possession. Cela nous permettait de mettre souvent l’adversaire en difficulté.

Mathis Magnin a débuté les 13 rencontres avec Servette la saison passée. (Photo : IV Shoot)

Pour ta première expérience en tant que professionnel ici à Chiasso, étais-tu surpris de trouver aussi rapidement autant d’espace et de temps de jeu ?
Franchement, j’étais vraiment surpris. Je pensais que ça allait être compliqué et que plusieurs défenseurs allaient être devant moi, notamment ceux plus expérimentés. J’ai aussi eu de la chance car il y avait des blessés. J’ai saisi ma chance avec un bon match en Coupe contre Zürich, puis j’ai surfé sur cette vague.

Cet hiver, par contre, il y a eu des arrivées expérimentées, dont cinq pour renforcer la ligne arrière. Tu ne joues plus depuis deux mois… comment vis-tu cela ?
C’est compliqué. Je m’imaginais arriver, peu jouer, puis avoir plus d’espace au deuxième tour, mais le contraire s’est passé. La logique des choses s’est inversée quelque part. À un moment, j’avais l’impression d’être le deuxième défenseur dans la hiérarchie du coach, et maintenant je dois me placer entre le huitième et le dixième (rires). Je paye certes l’arrivée des nouveaux, mais aussi mes erreurs. Celle contre Neuchâtel m’a été fatale et j’ai perdu ma place depuis. Je m’attendais à ne pas jouer pendant deux ou trois matchs après cette rencontre, mais pas à me retrouver en tribunes si souvent. Je travaille dur pour que cela change.

Tu discutes de ta situation avec l’entraîneur ou tu te sens plutôt ignoré ?
On a discuté dernièrement pour que j’aie des explications, mais c’est vrai qu’il y a peu de discussions entre lui et moi. Moins qu’au premier tour en tout cas.

Pour communiquer, tu as néanmoins la chance d’avoir à Chiasso beaucoup de francophones, dont aussi un Genevois, Logan Clément.
J’ai pu m’intégrer très vite aussi grâce à ça. Sur le terrain, ça parle beaucoup français. En dehors aussi, c’est beaucoup plus simple avec de la compagnie. Globalement, l’ambiance est excellente.

Penses-tu malgré tout avoir progressé lors de ta première saison en pro ?
Oui. Je pense avoir grandi aussi au niveau personnel, en termes de maturité. Jouer avec les pros est très important pour prendre de l’expérience et espérer revenir l’année prochaine à Servette avec un autre statut que celui de Junior.

Où est-ce que tu as encore le plus de marge de progression ?
Je dois travailler mes duels, mon jeu de tête et mon replacement. Il faut que j’y mette plus d’envie et d’impact, ça suffisait en Juniors mais maintenant ce n’est pas pareil. Pour ce qui est de mon jeu au pied, je suis plutôt satisfait.

Tu jouais milieu de terrain quand tu étais plus jeune. Si tu avais le choix, tu préférerais remonter d’un cran sur le terrain ?
Au milieu, j’étais bien quand j’étais jeune, mais maintenant ça va un peu vite pour moi (rires). Mais c’est clair qu’occuper ce poste plus tôt m’a aidé techniquement. À présent, mon poste préférentiel serait au centre d’une défense à trois. J’aime distribuer les ballons et jouer presque comme un libéro. L’année passée par exemple, je me retrouvais souvent à lancer l’action depuis derrière.

En 2015, Magnin occupait un rôle plus avancé sur le terrain.

Ton prêt prend fin cet été, puis tu devrais revenir à Genève. Tu es fréquemment en contact avec des personnes de Servette ? Que ce soit les joueurs, la direction ou le staff ?
J’étais souvent en contact avec Philippe Senderos (directeur des opérations sportives), Gérard Bonneau (directeur technique et du recrutement), Piero Constantino (responsable des talents) et Yoan Loche (recruteur). Pour ce qui est de l’entraîneur Alain Geiger, j’ai pu échanger avec lui seulement une fois lorsqu’avec mon coéquipier (et ex-servettien) Maccoppi nous étions passés à l’hôtel avant que Servette affronte Lugano.

Tu reçois du soutien de ces personnes dans cette période difficile ?
Oui. Ils étaient déjà très contents de mon premier tour, de mon adaptation au Tessin, et presque choqués que je joue autant. En ce moment, ils m’écrivent pour me dire de ne rien lâcher, que le travail va payer. 

À l’heure actuelle, te sentirais-tu prêt à intégrer un groupe de Super League comme celui de Servette ?
Ça reste à voir. C’est difficile à dire, surtout que je suis jeune et j’ai besoin de temps de jeu. Si je ne joue pas avec le dernier de Challenge League, c’est compliqué de revenir à Servette. Il faudra que je trouve le bon compromis pour pouvoir jouer et continuer à progresser.

Il y a l’exemple du servettien Robin Busset qui a prolongé son prêt en Challenge League d’une saison par exemple. C’est une option envisageable de ton côté ?
C’est une option qu’il faut envisager. Si je peux trouver un club de Challenge League qui compte sur moi, qui me ferait jouer et où je pourrais progresser, ce serait plus intéressant que de rester une saison en Super League sur le banc.

Le défenseur a signé son premier contrat pro, de deux ans, en juin 2020. (Photo : Servette FC)

L’Euro M-21 commence cette semaine pour la Suisse. Ta dernière sélection remonte à presque deux ans, avec les M-18. Est-ce que retrouver l’équipe de Suisse reste un objectif ?
L’équipe de Suisse représente quelque chose d’important pour moi et j’étais très fier de représenter mon pays à ma première sélection. J’avais des chances d’être rappelé après mon premier tour à Chiasso mais, malheureusement, le rassemblement des M-19 avait été annulé. Maintenant que les équipes nationales espoirs ont repris, je ne joue plus comme avant. Pour ce qui est des M-21, ce n’est pas encore l’heure, mais c’est un objectif. Comme on dit, chaque chose en son temps.

Pour finir, toi qui suis les deux équipes : vois-tu Servette terminer européen et Chiasso se sauver ?
Pour Servette, j’y crois. Ils ont eu des moments compliqués mais ce qu’ils présentent dernièrement est vraiment bien. Je pense qu’ils peuvent conserver cette deuxième place à ce rythme-là. Pour Chiasso aussi, j’y crois. Au vu des dernières performances de l’équipe, on en a les capacités. Malheureusement, il y a à chaque fois des petits détails qui font que ça ne tourne pas pour nous. Il faudra éviter les erreurs de concentration et aussi forcer un peu la chance pour que ces matchs finissent par tourner en notre faveur. On a la qualité et la mentalité requise pour nous maintenir en tout cas. Ça se jouera sur des détails.

Magnin sous les yeux de l’ex-grenat Andrea Maccoppi. (Photo : Flavio Monticelli (@mediaecomunicazione)

Il reste dix matchs à Chiasso pour se maintenir et à Magnin pour retrouver les terrains. Une alternative à ne pas écarter pour le Genevois serait d’aller chercher du rythme avec les M-21 du Team Ticino, équipe en partenariat avec les principaux clubs du canton, dont Chiasso. Son coéquipier genevois Logan Clément a justement joué et marqué contre Bâle avec l’académie tessinoise il y a une dizaine de jours. Une solution qui, naturellement, n’enchante pas le défenseur, mais qui est à prendre en compte.

Au-delà du dénouement de la saison en cours, la suite de la carrière de Mathis Magnin sera intéressante à suivre. Le défenseur fêtera ses 20 ans en septembre, plus ou moins au moment du coup d’envoi de la prochaine saison, et tout peut se passer d’ici-là. Est-il capable, comme l’a très bien fait Alexis Antunes dernièrement, d’effectuer la transition en retour de prêt de Chiasso à Servette ?  Succèdera-t-il aux jeunes Vouilloz, Henchoz ou encore Monteiro parmi les jeunes défenseurs ayant fait leurs débuts en Super League en grenat ? Énormément d’options sont envisageables pour ce joueur au beau potentiel dont la progression semble loin d’être finie.

Photo de couverture : Flavio Monticelli (@mediaecomunicazione)

 

Share.