Martin Liechti, la Grèce comme tremplin

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A 22 ans, le Genevois Martin Liechti a choisi la Grèce et l’AS Rodos pour exposer son talent et rattraper le temps perdu.

Motivé comme jamais et prêt à tout dévorer sur le terrain, Martin Liechti ne semble pas démobilisé par un début de carrière qui ne lui a fait aucun cadeau. Et pourtant, plus d’un aurait craqué… Pétri de talent, le jeune ailier droit genevois était l’un des tous grands espoirs du football suisse. Formé au Servette FC avec qui il garde d’excellents souvenirs, il décide de mettre le cap sur Bâle alors âgé de seulement 16 ans. « Ce n’était pas un choix facile, confie l’intéressé. Quitter ma famille, mes amis, si jeune, c’est une décision forte. Bâle m’a fait une proposition qu’il m’était impossible de refuser. A cette époque, les Rhénans étaient le meilleur club de Suisse et me donnaient notamment la chance de m’entraîner avec la première équipe. En plus l’encadrement au niveau scolaire était excellent ». C’est donc au FCB que Martin Liechti grimpe les échelons jusqu’à signer son premier contrat professionnel à 19 ans.

Des débuts prometteurs

Les premières années bâloises confortent le gaucher dans son choix. Bien que le niveau et l’exigence soient plus élevés, il s’adapte rapidement et réussi à montrer toute l’étendue de son talent. « J’avais Raphaël Wicky comme entraîneur et il m’a beaucoup aidé en me mettant à l’aise, explique Martin Liechti. J’étais vraiment épanoui : je jouais beaucoup, je marquais, tout se passait bien. Je m’entrainais avec la première équipe à chaque trêve internationale, j’étais régulièrement appelé en équipe de Suisse et j’ai même eu la chance de disputer la Youth League en affrontant Manchester United, le PSG ou encore Benfica ». Il signe notamment deux buts et deux assists dans la compétition en sept matchs. Des performances qui lui permettent d’intégrer définitivement la une en janvier 2018, alors entraînée par un certain Raphaël Wicky.

Martin Liechti, lors d’un match de l’équipe de Suisse M-20.

Martin Liechti s’entraîne tous les jours avec l’équipe fanion et joue avec les M-21 en Promotion League le week-end. Il est convoqué quatre fois en Super League sans pour autant entrer en jeu. Il signe son premier contrat professionnel (deux ans) dans la foulée en mai. « Tout s’enchaînait parfaitement, souligne-t-il. J’étais en confiance et je sentais que ma chance allait arriver. La préparation de la saison suivante se passe bien. J’avais bon espoir de faire quelques entrées en jeu »

Les dirigeants bâlois lui proposent finalement un prêt d’une année au FC Aarau pour lui permettre d’acquérir de l’expérience. « Un choix qui me paraissait logique et j’ai donc accepté pour le bien de ma carrière ».

La descente aux enfers

Les débuts en Argovie sont positifs pour Martin Liechti, il joue une dizaine de matchs lors de la première moitié de saison et inscrit même un but lors du dernier match avant la trêve. « Je finis fort et je prends pas mal d’expérience. De quoi entrevoir la suite de la saison avec optimisme ». Seul bémol, Aarau possède cette saison là (18/19) l’un des meilleures effectifs de Challenge League et ambitionne la promotion en Super League. Etant donné les résultats décevant enregistrés durant les six premiers mois, le club décide de miser avant tout sur les joueurs d’expérience pour remonter. « Je n’ai plus fait une seule minute par la suite. Le coach avait son 11 de départ et n’y touchait plus, car les victoires s’enchaînaient ».

Le Genevois continue de s’accrocher et ne lâche rien malgré sa situation délicate. « J’ai eu pas mal de discussions constructives avec le coach qui me disait d’être patient, mais je ne jouais pas une minute. En même temps, nous gagnions tous les matchs, donc il n’avait pas de raison de changer ».  Preuve de son abnégation et de son professionnalisme, Aarau souhaite le garder une année de plus en prêt en fin de saison. « J’avoue que j’ai été surpris vu que je ne jouais pas. J’ai refusé leur offre, car j’avais de la peine à leur faire confiance au vu des six mois difficiles que je venais de passer ».

Martin Liechti, ici à droite, lors de son passage au FC Aarau.

La période est loin d’être idéale pour le Genevois qui se retrouve en plus totalement délaissé par le FC Bâle avec qui il est toujours sous contrat. « J’ai demandé plusieurs fois leur aide, mais je sentais bien que je n’étais plus du tout une priorité pour eux. Je n’étais ni encadré, ni accompagné. En revenant, ils m’ont tout de suite dit qu’ils voulaient à nouveau me prêter ». Winterthur se montre alors intéressé et lui assure une place parmi les 11-13 joueurs de l’équipe avec du temps de jeu régulier. « Je n’étais pas convaincu de ce qu’ils me disaient, mais en même temps je n’avais pas d’autres choix, du moins selon Bâle« .

Après une bonne préparation dans son nouveau club, l’ailier se retrouve cantonné au banc des remplaçants voir même envoyé avec la seconde garniture. « Davide Callà jouait à ma place et on m’a dit d’être patient. Je ne fais que trois entrées : 4 minutes, 21 minutes et 32 minutes. Pas une seule fois, l’entraîneur me donne la chance d’être titulaire et de montrer ce que je vaux. J’étais tellement frustré mais en même temps je ne faisais pas d’histoire, je restais très professionnel ». A l’heure du mercato hivernal, Martin Liechti décide de tenter sa chance ailleurs et obtient un contrat en USL américaine. « Bâle me dit que tout est ok si je veux partir et là au moment où je dois signer là bas, ils ne s’entendent pas avec l’équipe américaine en termes financiers. Je me retrouve donc bloqué à Winterthur qui ne voulait plus vraiment de moi ».

Les six mois suivant sont un véritable cauchemar. Le Genevois ne joue plus une seule minute et se retrouve même à s’entraîner avec la deuxième équipe ou à faire des tours de terrain. « Je regrette aujourd’hui d’avoir été prêté dans ces clubs car selon moi, ceux-ci n’avaient aucun intérêt à me faire jouer et à me mettre en avant, car ils n’y gagnaient rien vu que je ne leur appartenais pas et qu’ils n’avaient aucun pourcentage sur une future revente, ni aucune option d’achat ».

Post Tenebras Lux

Son contrat avec Bâle terminé, Martin Liechti ne reçoit pas le moindre message de remerciement ou autre de la part du club avec qui il a tout même évolué près de six ans. Loin d’être dégoûté, il n’a qu’une envie : « Je voulais juste prouver à tous ces gens qu’ils avaient eu tort ! C’est pourquoi, j’ai travaillé à fond individuellement pour me maintenir en forme et je me suis entrainé avec le Stade Nyonnais pour garder le rythme ». A la recherche d’un club professionnel, le Genevois s’envole pour la République Tchèque.

En effet, un agent l’envoie en test au Slovan Liberec. « Je fais une semaine, tout se passe bien, mais ils me disent que finalement ils vont se faire prêter un joueur du Slavia et n’ont donc pas de place pour moi ». Il obtient un nouveau test dans un autre club de première division, au FC Slovácko. « Je reste dix jours, l’entraîneur me veut absolument et je suis donc persuadé que je vais recevoir un contrat. Malheureusement, l’agent qui m’a placé là-bas n’a pas donné suite et je n’ai jamais reçu le contrat ». A la place, il reçoit un contrat de la part du FC Vysočina Jihlava (deuxième division) qu’il décline. 

Retour à Genève à la case départ et mis à part une approche du FC Wil qui ne se concrétisera pas, l’ailier ne reçoit aucune offre concrète. « Nous étions en octobre, le mercato était terminé en Suisse, je ne pouvais même plus signer en Promotion League par exemple. Et là, je reçois l’appel d’un président d’un club grec. Il me dit qu’il me veut absolument ». Le club en question : l’AS Rodos de troisième division hellène. Le Genevois prend l’avion et s’envole pour l’île de Rhodes le 24 octobre dernier. A son arrivée, c’est un tout autre monde qu’il découvre : « J’ai été accueilli comme une star. Les journaux parlaient de moi, le directeur sportif vient me chercher à l’aéroport et je découvre de superbes installations. Je me sentais enfin au cœur d’un projet ».

Malheureusement, dix jours seulement après son arrivée, la seconde vague de COVID-19 sévit en Grèce et le championnat est repoussé. « Nous sommes tous rentrés chez nous et nous avons suivi un programme spécifique. Nous n’avons repris qu’en fin février et le championnat devrait lui reprendre dans quelques semaines en fin mars ». Avec 18 matchs à venir, Martin Liechti se veut ambitieux. « Je souhaite enchaîner les matchs, marquer des buts et monter en seconde division avec l’AS Rodos. Ensuite, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer. Tout peut aller très vite ».

En prenant du recul sur ses premières expériences en tant que footballeur professionnel, le Genevois fait preuve de maturité. « Je ne regrette rien de mon parcours. J’ai eu des hauts et des bas, mais aucun regret car tout cela a permis de me forger. J’aurais évidemment aimé que cela se passe autrement, mais désormais je veux aller de l’avant, m’éclater sur le terrain et percer ». Il est donc l’heure pour Martin Liechti d’exposer tout son talent aux yeux de la planète football et ce dès la fin du mois avec la reprise du championnat. Tout ceci sera à suivre de près au sein de notre rubrique hebdomadaire consacrée aux Genevois de l’étranger.

 

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