Kevin Tsimba : « Une fois que tu sors du circuit, c’est dur d’y retourner »

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Formé à Servette, Kevin Tsimba affronte son club formateur mercredi en Coupe avec Vevey. Le milieu de 27 ans passé par l’académie de l’OL revient sur sa carrière par moments malchanceuse et discute du grand rendez-vous qui l’attend.

“On s’est préparé exclusivement pour cette rencontre et on a tous hâte de rejouer un match qui va compter. Nous avons un plan de jeu et espérons que celui-ci marchera. Ce qui est sûr, c’est que nous y croyons et que nous lutterons de la première à la dernière minute”. À quelques heures du match le plus prestigieux jamais disputé par la plupart de l’effectif du Vevey United, c’est ainsi que Kevin Tsimba a souhaité lancer le duel contre Servette. Ce huitième de finale est encore plus particulier pour le Genevois originaire de République Démocratique du Congo, lui qui a porté longtemps le maillot grenat lors de sa jeunesse : “C’est une affiche qui me fait rêver face à mon club de cœur. C’est gratifiant de pouvoir jouer de telles rencontres”.

Servette et Lyon, double désillusion

Jusqu’à ses 16 ans, Kevin Tsimba joue justement pour le club majeur de la ville. Alors très prometteur, il peut s’inspirer de son frère aîné, qui lui foule déjà les terrains avec la première équipe : “J’ai eu l’occasion de voir mon frère évoluer au Stade des Charmilles et ça me tenait à cœur d’aussi faire mes débuts là-bas. En attendant, je faisais mes classes de jeunes à Servette et tout se passait très bien. J’étais souvent surclassé et je me suis même entraîné quelques fois avec les pros avant de partir”. Et oui, les chemins du prometteur Kevin et de Servette finissent par se séparer plus tôt que prévu. Pas de débuts aux Charmilles, mais un transfert de rêve : le FC Bâle et l’Olympique Lyonnais toquent à la porte et le jeune milieu de terrain file sans hésiter dans le Département du Rhône.

Tsimba débarque alors en France avec un objectif clair : devenir footballeur professionnel. “Je me suis retrouvé au centre de formation. Là-bas, tout est organisé autour du football pour nous accompagner vers le monde des pros”, explique le Genevois. “Après quatre ans à Lyon, j’arrivais à un moment où je devais passer d’un contrat stagiaire-pro à un vrai contrat professionnel. Mais cette signature ne s’est jamais faite. Les discussions coinçaient, mon agent m’assurait de rester tranquille, pour qu’au final rien ne se fasse…”. Une fin d’aventure chez les Gones que Kevin Tsimba se remémore amèrement.

À deux doigts du Graal que représentait un contrat professionnel, le milieu de terrain se retrouve avec rien entre les mains, et passe près d’un an sans club. Par chance, Servette redonne une chance à cet enfant du club : “Le coach des M-21 de l’époque, Wiliam Niederhauser (actuel entraîneur des M-18 du Team Vaud, ndlr) m’a contacté dès qu’il a pris connaissance de ma situation. J’ai dû refaire mes preuves”. Là aussi, un contrat pro est prévu pour le joueur originaire de RDC après un an avec la réserve, mais, de nouveau, rien ne se fait : “J’ai eu beaucoup de circonstances atténuantes dans ma carrière. En plus de m’être fait deux fois les croisés et d’avoir manqué près de deux ans de compétition, il y a souvent eu ce genre de non-dits et de non-faits qui font que j’en suis là aujourd’hui”, détaille déçu et un brin nostalgique le Genevois.

À Lyon, le contrat pro n’est finalement jamais arrivé.

De Genève à Vaud, deux fois

À partir de là, la carrière de Kevin Tsimba prend un tout autre tournant. Il connaîtra successivement la troisième et la quatrième division suisse avec le Stade-Lausanne, Meyrin et maintenant Vevey. Bien loin des structures professionnelles qu’il avait pris l’habitude de fréquenter : “Une fois que tu sors du circuit, c’est très dur d’y retourner”, déclare-t-il presque résigné. Mais attention à ne pas mal interpréter cette métaphore tennistique, car le joueur de Vevey croit encore au décollage de sa carrière : “Ça ne m’a jamais intéressé de faire du foot comme loisir. Je reste confiant et j’essaye de gravir les échelons”.

Difficile de savoir si passer de Meyrin à Vevey peut être considéré comme un échelon de gravi pour le Genevois qui a été transféré cet été, mais le petit frère de Cédric Tsimba est en tout cas satisfait de cette décision : “C’est très important pour moi de me sentir bien et d’être sur la même longueur d’onde des gens avec qui tu travailles. À Vevey, l’équipe est très soudée et une sorte d’atmosphère se crée afin que tout le monde tire dans le même sens. Je n’avais pas cette impression à Meyrin, où chacun faisait ses affaires dans son coin”. Un avis clair et légitime pour un joueur qui a connu deux fois des transferts de Genève à Vaud dans sa carrière : “La vraie différence est dans la manière de procéder. La mentalité et la manière d’approcher les personnes n’est pas la même au canton de Vaud ou à Genève”.

Tsimba sous les couleurs de Meyrin, au pressing sur le Genevois Elias Pasche. (Photo : Stéphane Eursels)

Un frère comme exemple

Bien que son passage au Meyrin FC n’ait pas été des plus prolifiques ou joyeux, cette période restera tout de même gravée dans la mémoire du milieu de terrain de 27 ans, qui a pu partager pour la première fois le même maillot que son frère Cédric : “Je n’aurais jamais pensé que ça arriverait et au final ça a été un vrai plaisir”. Alors que son frère vient justement de mettre un terme à sa carrière de footballeur et occupe désormais un poste dans le staff meyrinois, le frère cadet est reconnaissant d’avoir cette présence à ses côtés : “Même hors des terrains, tout grand frère est un exemple pour son petit. J’ai beaucoup appris de son parcours dans le football aussi”.

Et maintenant ? La rencontre de mercredi ne l’est peut-être pas, mais elle a tout l’air d’un des derniers trains si Kevin Tsimba veut encore embarquer vers le football professionnel. Une prestation de haut-vol dans un match télévisé pourrait attirer l’œil de clubs nationaux huppés. Un seul match peut potentiellement tout changer. En attendant, alors que son contrat du côté du stade de Copet prend fin dans un peu plus de deux mois, le Genevois se veut sage et prévoyant : “Avec cette saison bizarre, je n’ai pas encore trop réfléchi à ce qui se passera la saison prochaine. Nous étudierons le tout au moment venu, en prenant en compte mes projets en parallèle, qui n’ont aucun lien avec le football”. À 27 ans, mieux vaut être prudent, et Kevin Tsimba semble l’avoir bien compris.

À présent, rendez-vous mercredi à 18h pour ce duel inédit entre Vevey et Servette, qui pourrait, qui sait, changer des trajectoires de carrière. Reste à découvrir si la magie de la Coupe va opérer ou non. Nul doute que Kevin Tsimba y serait favorable…

Ici avec Miguel Rodrigues et Romain Kursner (en arrière-plan), Tsimba va retrouver Servette mercredi soir.

 

Photo de couverture : Alain Schmitz (Facebook)






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