Kristian Cvijetic : « La relégation reflète bien l’état actuel de l’OG »

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Fatigué de sans cesse bricoler avec les multiples changements d’effectif et la désorganisation du club, Kristian Cvijetic a décidé de stopper son aventure du côté de l’Olympique de Genève après deux saisons. Il s’explique.

Nul doute que ses vacances, Kristian Cvijetic les a bien méritées. Actuellement dans son pays d’origine, la Serbie, et sur le point de rejoindre la Croatie et ses plages, le désormais ex-entraîneur d’OG est revenu avec nous sur les deux dernières saisons, éprouvantes à tous les niveaux. Arrivé à Varembé en août 2019 en remplacement de Bruno Rocha viré à un jour du début du championnat, le technicien genevois se sera démené, faisant face à de nombreux contre-temps, mais n’aura finalement pas réussi à maintenir l’Olympique de Genève en 1ère ligue.

Proxifoot: On a longtemps cru que l’OG se maintiendrait et finalement vous passez sous la barre lors de la dernière journée.
Kristian Cvijetic : Nous aurions pu nous sauver avec un peu plus de réussite, c’est tout à fait vrai. Mise à part la première période face à Martigny et la rencontre contre Bulle, nous n’avons jamais été dépassés, c’est même souvent nous qui nous sommes créés les premières occasions, mais nous avons cruellement manqué d’efficacité. Après, il faut être réaliste, se maintenir aurait été un hold up et totalement insolent par rapport aux autres clubs de 1ère ligue. Au final, la relégation reflète la réalité et c’est mérité.

Que vous a-t-il manqué pour vous maintenir ?
Le club n’est pas du tout organisé comme une 1ère ligue. Il existe des manques à tous les niveaux. Je vous l’ai dit, la relégation reflète bien l’état actuel de l’Olympique de Genève. Nous avons changé trois fois d’effectif en même pas deux saisons. Il a fallu sans cesse reconstruire, tester des nouveaux joueurs et cela est usant. Il n’y a pas de vraie structure, ni de cadre et les joueurs le sentent. Ils ont peu à peu lâché mentalement. Nous étions neuf à l’entraînement la veille du match très important à Martigny. Ici, les joueurs donnent la priorité à leur vie de famille ou à leur travail, ce n’est pas Chênois ou Meyrin. Ce n’est pas la même mentalité.

Et vous avez donc décidé de stopper votre aventure à l’OG.
J’avais déjà dit que je ne souhaitais pas continuer dans ces conditions, bien avant de savoir si nous serions maintenus ou relégués. Il y avait beaucoup de promesses mais au final rien de concret et tout prenait du temps. C’était toujours très juste, toujours le minimum, à l’arrachée. Dans cette configuration, j’étais fatigué. Il n’y a quasiment pas de retour du comité, pas de discussion, les informations ont beaucoup de peine à passer. C’est un club fantôme. Il y a eu un vrai manque de soutien et d’accompagnement tout au long de l’aventure. Heureusement, avec le staff, nous étions très soudés et cela m’a beaucoup aidé.

Quel bilan dressez-vous de ces deux saisons étranges interrompues par la COVID-19 ?
Il y a eu trois phases de travail bien distinctes. Tout d’abord, lorsque je suis arrivé, l’effectif s’appuyait sur les joueurs ayant réalisé la double promotion avec quasiment tous une formation élite en poche. Il a fallu les cadrer car la 1ère ligue demande davantage de sérieux, mais nous avons connu une première partie de saison intéressante. Ensuite, nous avons tout le contingent qui s’est en allé. J’ai donc décidé d’instaurer un projet U-23. Avec 18 points, nous étions pratiquement sauvés et je voulais utiliser les 13 matchs restants pour préparer la saison suivante. Beaucoup de joueurs du canton de Vaud et Valais sont arrivés, mais à cause de l’arrêt du championnat, nous n’avons pas eu de continuité et nous avons à nouveau connu une grande vague de départs durant l’été. J’ai ensuite appuyé sur un concept U-23 plus genevois pour la dernière saison. Cette nouvelle équipe n’avait cependant pas de bagage en 1ère ligue. Il y avait de la qualité oui mais pas d’expérience à ce niveau, mis à part 4 ou 5 joueurs qui complétaient un effectif très jeune. Là aussi, nous n’avons pas eu de continuité. Deux demi-saisons. C’est un fait et c’est très pénalisant. Au final, c’est impossible de dresser un réel bilan. Nous n’avons connu aucune continuité, que ce soit au niveau de la pandémie ou des joueurs. Chaque fois, il fallait tout changer, tous les 2-3 mois.

Dites-nous en plus sur ce projet U-23.
J’ai souhaité donner un nouvel élan au club en permettant à l’Olympique de Genève de devenir un tremplin pour les jeunes joueurs. Tout ceci était notamment en lien avec le diplôme UEFA A Elite Youth que je passais au même moment et que j’ai obtenu. Ce concept nécessite néanmoins un travail de fond et une vraie structure en partant du bas avec un mouvement junior cohérent. Malheureusement, rien ne suit. Je pense que pour qu’un club soit viable, il a besoin d’une pyramide, d’une base, et non pas miser uniquement sur sa première équipe. J’ai discuté avec Interstar pour tenter un rapprochement en les intégrant dans cette pyramide. Ils étaient ouverts à la discussion. Ils ont un excellent mouvement junior, ils travaillent bien. Je pense que pour les jeunes d’Interstar, la première équipe d’OG pourrait représenter une perspective d’avenir. C’est un projet général qui me tenait à coeur. J’ai essayé de résoudre les problèmes, de les freiner, mais au final j’étais bien trop seul, le comité n’a pas suivi. Au niveau du projet, nous avons pu voir durant cette saison que malgré la relégation, nous avons plusieurs jeunes joueurs qui ont grandi, qui ont réussi à se mettre en avant. Ceci est une fierté et c’est dans ce sens je pense que le club doit travailler.

Est-ce que vous avez des regrets ?
D’un côté non, car j’ai eu du plaisir à entraîner, à jouer ces matchs avec toute cette adrénaline. Nous avons vécu de beaux moments même si cela a été difficile. Nous avons failli nous maintenir. J’y ai cru jusqu’au bout. Jusqu’au bout nous avons été compétitifs. D’un autre côté, je regrette de ne pas avoir pu réaliser un travail complet sur une année continue avec un seul et même groupe. J’ai fait des tours de passe-passe, mais à la fin il n’y avait plus de passe-passe. Je pense qu’avec le premier groupe, nous aurions pu faire de belles choses. Un entraîneur avec plus de bouteille serait certainement parti au moment de la vague de départ.

De quoi est fait votre avenir ?
Je vais bien profiter de mes vacances pour commencer et voir les choses venir tranquillement. J’ai des contacts à l’étranger pour des séminaires. Je suis motivé à l’idée de m’occuper de mouvements juniors et pour tout projet qui serait lié à la formation. Ce concept que j’ai proposé est très stimulant et la 1ère ligue est un niveau très intéressant. Lancer des jeunes est toujours dans mon esprit.

Cvijetic aura passé deux saisons à OG

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