Football féminin : pourquoi Genève manque de joueuses ?

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Plusieurs équipes d’actives du canton ont connu des pénuries d’effectif lors du premier tour. Responsable du football féminin au sein du comité central de l’ACGF, Serge Zanicoli fait le point sur la situation.

Trois campagnes européennes consécutives pour Servette Chênois, deux promotions genevoises en 2ème ligue inter la saison passée et une équipe d’Etoile Carouge qui lutte pour la promotion en LNB. Derrière les exploits de ses têtes d’affiche cependant, le football féminin genevois rencontre encore des difficultés à différents niveaux. Des équipes d’actives du canton peinent notamment à remplir la feuille de match week-end après week-end, la faute à un bassin de joueuses pour le moment trop petit. C’est notamment le cas de Signal Bernex et Onex en 2ème ligue inter. Ancien président du FC Veyrier Sports et actuellement responsable du football féminin à l’ACGF, Serge Zanicoli a pris le temps d’expliciter la situation, et de présenter les mesures prises pour que la situation s’améliore à moyen terme.

L’exemple : “On est huit en moyenne à l’entraînement”

Avant les mots du responsable en la matière cependant, partons d’un exemple qui parle de lui-même. Olivier Gueresse et son équipe de Signal Bernex ont récolté un point en onze matchs en 2ème ligue inter. Pas la peine de chercher loins les raisons de telles difficultés sportives. Chaque dimanche, le manque de joueuses est criant : “Beaucoup de filles ont changé de club ou arrêté cet été, explique le coach bernésien. Nous avons tout de même essayé de construire un effectif de 18, mais nous avons rapidement eu 6-7 blessées. De plus, beaucoup de joueuses ne peuvent pas toujours être présentes en semaine ou le week-end. C’est compliqué. On est huit en moyenne à l’entraînement”.

Le maintien s’annonce difficile pour les Bernésiennes, qui ont déjà onze unités de retard. Le premier défi cet hiver sera de renforcer le contingent, en quantité et en qualité. Bernex ne souhaite pas abandonner : “Il y aura des retours de blessure, et 3 joueuses devraient nous rejoindre, assure Olivier Gueresse. On va jouer le jeu jusqu’au bout. Malgré les résultats, l’ambiance a toujours été excellente dans le groupe, notamment lors des déplacements. On va travailler pour avancer ensemble et progresser le plus possible”. 

Les raisons : une augmentation du nombre d’équipes mal supporté 

Pour en revenir au développement du football féminin à Genève, celui-ci est indéniable, notamment depuis la création du Servette FC Chênois Féminin en 2017. Au cours de ces cinq dernières années, plusieurs clubs ont lancé ou développé leur section féminine. Une initiative louable selon Serge Zanicoli, mais qui est aussi à l’origine du manque d’effectif actuel au sein de certaines équipes : “Depuis 2018, il y a eu une forte augmentation des équipes actives, qui sont aujourd’hui 19. C’est super que les clubs prennent ces initiatives, mais il faut aussi faire attention, car le potentiel que l’on a actuellement à Genève n’est pas illimité. Le bassin de joueuses n’est pas assez important pour nourrir toutes les équipes. Lorsqu’une nouvelle équipe est créée, cela donne surtout lieu à des déplacements de joueuses, ce qui crée ensuite des problématiques de contingent”. 

Le décalage entre l’augmentation du nombre d’équipes et celle des joueuses actives est donc à l’origine de ce manque chez plusieurs équipes du canton. “Le potentiel de filles n’est pour le moment pas assez important, poursuit Zanicoli. Il faut que les clubs prennent conscience de cela et se responsabilisent en décidant par exemple d’attendre encore une saison ou deux avant de créer une équipe féminine. Autrement, une solution est aussi de créer une section juniors en parallèle”. L’enjeu de la formation est sans surprises crucial pour le développement du football féminin genevois dans les années à venir.

 

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La solution : renforcer la formation et favoriser les groupements

“En augmentant les équipes de juniors, nous aurons un plus grand potentiel dans les années à venir, explique Serge Zanicoli. Renforcer le bas de la pyramide est primordial, aussi pour permettre aux joueuses les plus prometteuses d’arriver jusqu’à Servette. Nous avons actuellement augmenté le nombre d’équipes FF-15 à 16 et avons mis en place des sélections FF-13. Les cas de Laura Felber et Laura Tufo peuvent servir d’exemple aux jeunes joueuses”. Les deux Servettiennes ont en effet été formées du côté de Compesières, avant que la fusion avec Veyrier n’advienne dès la saison 2021/2022.

Les regroupements sont d’ailleurs une solution efficace et réalisable pour palier au manque de joueuses à court terme, comme poursuit Serge Zanicoli : “C’est un moyen de diluer le nombre de joueuses et d’unir les forces entre deux clubs. L’exemple de Veyrier-Compesières est très bon, aussi pour les bénéfices que cela a apporté aux sections juniors”. À noter que Veyrier-Compesières a deux équipes de FF-12, deux de FF-15 et une de FF-19 (championne genevoise au printemps), mais sa première équipe est relégable en 3ème ligue. Lancy fait aussi figure de bon élève en termes de formation avec des équipes FF-12, FF-15 (championnes romandes) et FF-19.

 

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Le futur : confiance, sérénité et ambitions

Il semblerait donc qu’il ne faille pas s’inquiéter pour la croissance du football féminin genevois à moyen-long terme. “Il faut laisser le temps au temps, comme cela avait été fait pour le football masculin, assure le responsable cantonal. Genève est déjà un bon représentant du football féminin en Suisse, et nous allons continuer à progresser, surtout au niveau des mouvements juniors. Nous avons la chance d’être appuyés par le comité central de l’ASF et cela nous permet de regarder l’avenir en étant confiants et sereins”. 

Cette patience nécessaire afin que les choses se stabilisent ne doit toutefois pas empêcher les clubs en ayant les capacités d’être ambitieux à court terme. Si le doublé visé par Servette Chênois n’est un secret pour personne, Serge Zanicoli est aussi de l’idée qu’Etoile Carouge ne doit pas hésiter à jouer ses cartes à fond pour viser une montée en LNB : “Ça serait l’idéal d’avoir un échelonnement avec une équipe genevoise dans chaque division. Aussi pour permettre aux joueuses d’avoir une progression linéaire. Si Carouge en a l’occasion cette année, il faut foncer !”. Voilà qui est clair.

 

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