Genève Education Football – Le directeur technique de l’académie du Servette FC Massimo Lombardo dresse un bilan à 360° avant la reprise des championnats Juniors d’élite.
« Notre ville, nos talents ». Rarement ce slogan, utilisé pour la première fois par le Servette FC au moment du lancement de son maillot third en août 2020, aura autant résonné que cette saison. Depuis le début de l’exercice, de nombreux jeunes joueurs formés au club ont eu l’occasion d’intégrer la première équipe et d’y faire leurs débuts. La pointe d’un iceberg dont la face cachée est un travail qui porte ses fruits à l’académie. De quoi réjouir Massimo Lombardo, son directeur technique depuis 2019. Interview.
Proxifoot : Le 15 juin dernier, Thomas Lopes, Jamie Atangana, Malek Ishuayed, Mardochée Miguel et Alonzo Vincent disputaient la finale du championnat M-19. Quelques mois plus tard, ils ont tous fait leurs débuts en première équipe. Qu’est-ce que ça représente pour toi de voir cela ?
Massimo Lombardo, directeur technique de l’académie du Servette FC : “C’est une grande satisfaction, car c’est la finalité de notre travail à l’académie. On forme les joueurs et on essaye d’optimiser leur développement pour ça. Les voir avoir du temps de jeu est une grande satisfaction. Pour les joueurs cités, tout est allé très vite. Certains avaient l’âge d’évoluer en M-17 lorsqu’ils ont disputé la finale M-19, comme Alonzo Vincent. Normalement, il y a encore l’étape M-21 après les M-19, mais eux ont basculé avec le groupe pro. Ils restent pour autant dans une phase de post-formation. Tout le monde est content d’être en première équipe, mais le jour où ils sont appelés avec les M-21, on attend de leur part qu’ils performent en gardant le même enthousiasme qu’avec les pros”.
Cela faisait en tout cas un bon bout de temps qu’on n’avait pas vu autant de jeunes joueurs issus de l’académie faire leurs débuts en pro dans un laps de temps si court. C’est quelque chose qu’on pourrait voir davantage à l’avenir ?
“Ca dépend de beaucoup de choses. Aujourd’hui, les feux sont au vert grâce à différents facteurs : la communication, l’ouverture dont fait preuve l’entraîneur de la première équipe (Jocelyn Gourvennec, ndlr)… Parfois, ce sont aussi des opportunités qui se créent, car des joueurs sont suspendus ou blessés. Mais il faut partir du principe que si l’entraîneur fait débuter un jeune joueur, c’est parce qu’il le mérite. C’est parce qu’a l’entraînement il démontre qu’il peut performer en Super League. Attention toutefois, car bénéficier de quelques minutes de manière ponctuelle, si on a du potentiel et un bon état d’esprit, n’est pas le plus compliqué. L’étape d’après, c’est de s’établir et de jouer régulièrement en première équipe. Et ça passe par plusieurs choses: savoir cueillir les opportunités qui se présentent, être décisif, faire preuve d’attention défensivement et offensivement, travailler sur chaque phase de transition avec intensité, montrer de la détermination… Montrer tout simplement au coach de la première équipe que la performance de l’équipe ne baisse pas lorsque l’on est sur le terrain”.
J’ai l’impression que, dernièrement, il y a pas mal de surclassements dans les équipes de l’académie. Certains jeunes jouent dans la catégorie d’âge du dessus, alors qu’ils pourraient évoluer avec les plus jeunes. Est-ce qu’il y a la volonté d’en pousser certains un peu plus qu’avant ?
“C’est le cas, oui. Toujours plus de jeunes sont surclassés. Notre objectif, dans un futur à court terme, c’est de travailler par pôles. Les M-19 et les M-21 ensemble, les M-16 et 17 ensemble, et les M-14 et 15 ensemble, ce qui veut forcément dire qu’on va rajeunir les effectifs. Aujourd’hui, on a effectivement déjà beaucoup de joueurs surclassés. On le fait lorsqu’on estime qu’ils le méritent, l’objectif n’est pas de les mettre en difficulté”.
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Il y a aussi pas mal de jeunes prêtés en Challenge League et en Promotion League. À quel point ces étapes peuvent leur être utiles pour ensuite revenir et potentiellement intégrer le contingent de la première équipe ?
“Pour nous, c’est une étape fondamentale dans le plan de carrière sur le moyen terme. Lorsqu’un joueur a par exemple un contrat de 3 ans, cela peut faire partie de son développement. Lors de l’année 1, le jeune joueur intègre la première équipe sans trop de stress et d’attentes en termes de minutes de jeu. Pouvoir s’entraîner avec les pros est déjà quelque chose de phénoménal. Lors de l’année 2, si on estime que le temps de jeu pourrait être limité en première équipe, on cherche un prêt à l’extérieur. Pour nous, le prêt en Challenge League est un bon chemin pour que le joueur puisse jouer plus régulièrement et puisse performer. L’histoire du football suisse le démontre : les carrières se lancent en accumulant les minutes, aussi dans ces ligues-là”.
Dans ce sens, à quel point le maintien d’Etoile Carouge est important pour Servette afin de continuer à avoir un club genevois en Challenge League et ainsi conserver cette fameuse pyramide dans notre canton ?
“C’est fondamental. On discute beaucoup avec les dirigeants de Carouge. Pour le partenariat Genève Education Football, pour le bassin genevois, c’est une voie d’élite qui reste très importante. Cela nous permet de proposer différentes voies aux jeunes joueurs de notre canton : la Super League, la Challenge League, la Première Ligue (Promotion League / 1ère Ligue Classic, ndlr). C’est important de pouvoir offrir ces différentes opportunités à nos jeunes. Actuellement, nous avons Samuel Fankhauser et Roméo Philippin qui sont prêtés à Carouge, et j’espère que, dans un futur proche, nous pourrons les valoriser”.

Samuel Fankhauser (au centre) et Roméo Philippin (à droite) sont prêtés à Etoile Carouge jusqu’au terme de la saison. © Etoile Carouge FC
L’équipe M-21, entraînée par Jeff Saibene, a fait un excellent premier tour en 1ère Ligue Classic et est bien partie pour jouer les finales. À quel point ça serait important et intéressant de retourner en Promotion League ?
“À mon sens, la Promotion League est une ligue qui est faite pour les jeunes joueurs qui espèrent ensuite basculer en première équipe. Je pense que oui, la Promotion League est le championnat approprié pour nos M-21. On a eu une expérience à ce niveau par le passé et on a appris certaines choses. On sent quand même qu’en terme de résistance, d’opposition, c’est une ligue qui en demande beaucoup aux jeunes. Aussi au niveau tactique, athlétique, au niveau de la malice, du répondant… À mon avis, si on a la possibilité de remonter, il faut le faire”.
En M-19, M-17 et M-16, les championnats reprennent ce week-end. Quel bilan tires-tu de ce qui a été déjà fait depuis le début de la saison jusqu’à maintenant?
“Je suis extrêmement content. Beaucoup de jeunes joueurs sont surclassés. On ne le fait pas pour l’image, mais parce qu’ils le méritent. On joue de plus en plus avec des joueurs surclassés, et nos équipes restent performantes. Pour nous, c’est quelque chose qui peut être très intéressant. J’aime bien dire qu’on essaye toujours de ne pas s’endormir à ce niveau-là. Notre mission principale reste celle d’amener un maximum de joueurs à la Praille. Pour ce faire, on doit penser au développement individuel des joueurs, mais aussi à celui collectif de nos différentes équipes. Car l’un dépend de l’autre. L’individu est au service du collectif et le collectif est au service du développement de la performance de chaque jeune”.
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On est un peu étonné par le classement des M-19, 10èmes de leur poule alors qu’ils avaient atteint la finale la saison dernière. Comment ça se fait ?
“Ce n’est pas une excuse, parce que ça reste pour nous la finalité, mais nous avons 8-9 joueurs en âge d’évoluer avec les M-19 qui jouent régulièrement avec les M-21 ou les pros. Nous nous retrouvons donc avec un contingent extrêmement jeune pour la catégorie. Mais l’équipe progresse, et les joueurs aussi. Le chemin est un peu plus ardu et il faut montrer plus de résistance, mais ça peut aussi faire être une bonne chose que les garçons apprennent à ne pas trop être dans le confort à cet âge-là. Sans hypocrisie, car on préfère toujours plus gagner que perdre, mais les défaites nous font parfois plus réfléchir”.
Les M-16 et M-17 sont eux bien classés en championnat, et aussi qualifiés pour les demi-finales de Coupe de Suisse. Qu’est-ce que tu peux nous dire de ces deux équipes ?
“Qu’elles progressent. Qu’elles jouent avec intensité et détermination. Qu’elles appliquent aussi, comme toutes les autres équipes, ce qu’on essaye de mettre en place, à savoir une idée de jeu qui se ressemble chez toutes nos équipes. Je suis vraiment content du travail fourni par tout le monde. D’autant plus que, dans les deux catégories citées, on joue aussi régulièrement avec des jeunes surclassés. Les voir capables d’être performants, c’est très bien”.
Et un mot sur les M-15 ?
“Il y a un très bon travail qui est fait, là aussi. Récemment, nous nous sommes rendus à Turin pour jouer des matchs amicaux contre la Juve avec les M-16 et M-17. Et on y est allé avec 5 joueurs des M-15. La transition du foot à 9 au foot à 11 n’est pas toujours simple dans cette catégorie. On récupère aussi pas mal de joueurs des autres équipes Footeco FE-14 du Partenariat. Cette année, l’équipe est performante, à tel point que nous avons surclassé 4-5 joueurs”.
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Et enfin, un mot sur toi. Tu occupes cette fonction de directeur technique de l’académie depuis l’été 2019. Comment ton rôle a évolué depuis, et est-ce que tu prends toujours le même plaisir ?
“Si je ne prenais pas de plaisir et si je ne faisais pas les choses avec passion, je ne ferais plus ce que je fais depuis un moment. J’essaye chaque jour, chaque semaine, de trouver des motivations particulières. D’essayer moi-même de progresser. Ce qui peut expliquer ma longévité, c’est aussi le fait que je peux collaborer avec plein de personnes passionnées qui viennent toujours au travail avec l’envie de faire progresser les jeunes”.
On te souhaite 7 années de plus, alors. Avec aussi, on espère, dans un futur proche des meilleures infrastructures pour travailler.
“C’est vrai, ce n’est pas un mystère qu’on est un peu déficitaire à ce niveau-là. Mais c’est une raison de plus de mettre en avant le travail fourni par tout le monde dans des conditions parfois pas faciles”.

Photo : Servette FC / Alexandre Chac
Les matchs de reprise pour les équipes de l’académie :
Samedi 14 février :
16h15, Balexert : Servette M-19 – Thoune M-19
12h15, Thoune : Thoune M17 – Servette M-17 et Thoune M16 – Servette M-16Samedi 21 février :
16h, Arbères : Meyrin FC – Servette M-21Samedi 7 mars :
16h30, Bâle : Bâle M-15 – Servette M-15
Photo de couverture : @servetteinside









