Patrick Duval, une passion toujours intacte

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Proxifoot a rencontré l’inusable Patrick Duval, entraîneur dans la région depuis plus de 40 ans. Et qui n’exclut pas un retour à Genève, sa ville d’adoption.

Voilà maintenant quatre décennies que Patrick Duval occupe les bancs de la région. De la France voisine, où il a commencé, à Coppet, où il entraîne actuellement l’US Terre Sainte, en passant par Genève, ce natif de Saint-Julien a connu une carrière extrêmement riche. Bien connu du canton et de ses alentours, le légendaire coach est un véritable « moulin à paroles » quand il s’agit de parler de sa passion, le ballon rond. Une passion qu’il mène avec des maîtres-mots : la convivialité, la bonne humeur et le plaisir. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

L’équipe de France militaire puis la LNB et la LNA

Né en 1949, Patrick Duval a fait toutes ses classes au FC Ville-la-Grand, club situé juste de l’autre côté de la frontière. Par la suite, il intègre le Bataillon de Joinville, une unité militaire de l’armée française pour les sportifs d’élite, par laquelle sont passés notamment Michel Platini, Youri Djorkaeff, Emmanuel Petit, Bixente Lizarazu, Richard Virenque, Jackson Richardson ou Yannick Noah, pour ne citer qu’eux. « Le Bataillon de Joinville, explique Duval, c’était l’élite du sport dans toutes les disciplines olympiques. On était professionnels, j’ai joué en équipe de France militaire. J’ai fait 14 mois de service ‘militaire’ entre guillemets, parce qu’on faisait 15 jours de maniement d’armes, des conneries comme ça, et après c’était fini. On s’entraînait deux fois par jour, il n’y avait rien de militaire à part mettre une veste de l’armée pour aller au réfectoire ».

Après cette expérience au sein de cette unité –aujourd’hui disparue–, le Français traverse la frontière, pour arriver à l’Etoile Carouge. Nous sommes dans les années 1960. L’intéressé détaille son arrivée : « Le journal L’Equipe avait fait un article sur moi et un dirigeant de Carouge m’a contacté. Au départ, je devais aller au Servette parce que Gilbert Dutoit (ndlr: légende du Servette, qui a passé 40 ans au club en tant que joueur et formateur), qui est le parrain de ma fille, m’avait fait faire des essais. C’était à un moment où des grands noms étaient arrivés au club, et finalement je me suis dit que c’était plus intéressant d’aller à Carouge, en LNB ».

Après trois ans en Ligue Nationale B du côté du Stade de la Fontenette, le joueur est recruté par le CS Chênois, qui évoluait une catégorie au-dessus : « C’est Peter Pazmandy qui est venu me chercher, raconte-t-il. A Chênois, c’était bien, mais on jouait le maintien, c’était difficile. On avait une équipe avec un coeur formidable et un état d’esprit extraordinaire. Peter était un super meneur d’hommes ».

Entraîneur-joueur pendant presque 10 ans

Après deux années en LNA aux Trois-Chênes, la vocation d’entraîneur prend le dessus sur les ambitions sportives du joueur. Il n’a que 25 ans et décide de quitter l’élite du football suisse pour endosser le rôle d’entraîneur-joueur : « J’ai eu la proposition de devenir entraîneur-joueur à l’US Annemasse. C’était dans une bonne catégorie en Division d’Honneur, qui était à l’époque le 4ème niveau en France. J’ai opté pour cette voie-là. J’ai fait 3 ans à Annemasse puis 4 ans à Cluses-Scionzier. J’ai terminé la carrière d’entraîneur-joueur à Veyrier. C’était une jolie période, j’ai arrêté de jouer quand j’ai remarqué que ça allait trop vite pour moi ».

Il n’aura donc jamais joué à Servette, club dont il reste malgré tout informé encore aujourd’hui. Et comme beaucoup de supporters de la région, il est attristé par la situation financière des Grenat : « Ca me fait mal au coeur, se désole-t-il, ça me désole que les partenaires, les entreprises, ne se bougent pas. Une personne du club, qui est un ami, m’avait annoncé ce problème il y a un moment. Mais j’espère qu’ils vont s’en sortir au plus vite, l’important c’est qu’ils retrouvent la Ligue A au plus vite ».

Après neuf saisons dans ce double rôle d’entraîneur et joueur, le Français raccroche définitivement les crampons en 1983 pour se consacrer uniquement au coaching.

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Lors d’un match aux Trois-Chênes en 2011 (Photo: OneClick)

Un personnage connu de tout le canton

Depuis qu’il n’est plus sur le terrain mais le long de celui-ci, il a enchaîné les clubs pendant plus d’une vingtaine d’années avant d’atterrir à Terre Sainte en 2007. Et à Genève, ces clubs ont été nombreux : Veyrier (une deuxième fois), Meinier, Bernex, Onex, Versoix, Puplinge… A tel point qu’il ne manque jamais le Tournoi des Campagnes, scénario idéal pour des accolades autour d’un verre avec les personnes du football genevois côtoyées il y a longtemps. Aujourd’hui encore, il n’hésite pas à aller visionner un match de la région : « Parfois, je dis à mon amie : je vais voir la deuxième mi-temps et je reviens. Puis après, je n’arrive pas à partir de la buvette », plaisante-t-il.

Si les expériences dans les clubs genevois ont été diverses et variées, il en garde en excellent souvenir. Le concerné raconte son arrivée à Bernex : « Je construisais ma maison en France et j’ai pris 6 mois de congé sans entraîner. Puis je reçois un coup de fil en avril, on me dit que ça ne va pas avec l’entraîneur et j’ai accepté. C’était l’année où on avait gagné la coupe genevoise. Ils en faisaient tout un plat, alors tant mieux. Je m’attendais à continuer, mais il avaient déjà pris une option avec Manu Navarro, et ils ne me l’avaient pas dit. J’ai été très déçu ».

Il rebondit cependant rapidement de l’autre côté du canton, à Versoix, qui évoluait en 1ère ligue : « Après Bernex, je reçois un appel de Versoix pour être directeur technique. J’ai fait une demi-saison à ce poste mais ce n’était pas mon truc. Et un soir, le président Ivan Muller vient me voir et me dit : « Patrick, t’es prêt à reprendre la première ? Parce qu’avec l’entraîneur, ça va pas, il insulte les joueurs, ils ne veulent plus continuer avec lui ». C’était Vittorio Bevilacqua, avec qui j’avais une bonne relation. C’est un super type que j’adore, mais qui est très colérique avec des propos pas toujours acceptés par les joueurs. Et j’ai dit oui ».

La convivialité des clubs de campagne plaît particulièrement à Duval. Sur ce point, son expérience à Puplinge lui a particulièrement plu : « Un bon club. Là aussi, un grand président qui est malheureusement décédé, M. Roger Schuld. Ce n’était pas d’un niveau extraordinaire mais c’était familial. On jouait le dimanche matin, et à midi on restait tous manger avec les femmes, les gosses… On ne bougeait pas de la journée, on regardait la deux l’après-midi. Extraordinaire. Quel que soit le niveau, on peut trouver du plaisir. »

Autre club de campagne, l’US Meinier. Une expérience moins convaincante pour l’entraîneur exigeant qu’il est : « C’était difficile avec les infrastructures (ndlr: à l’époque, Meinier jouait et s’entraînait au Stade municipal, au centre du village) et ce n’était pas très sérieux. On se retrouvait parfois à 8 à l’entraînement. Mais c’était un club familial, sympa ». Et de poursuivre« Veyrier a été aussi une période intéressante, puisque j’ai entraîné à deux reprises en 2ème ligue et j’ai participé aux épopées avec les super résultats en vétérans. Je suis allé voir Veyrier récemment contre Dardania. J’ai toujours un immense plaisir à revoir Marc Fiorina, Serge Zanicoli, Morisod, Serge Oberson ou Jean-Marie Martin ».

Finalement, sa seule expérience hors campagne a été le FC Onex : « Le président était M. Milani, un grand monsieur. Il était extraordinaire. Je suis arrivé quand il y a eu 18 départs. On s’était quand même maintenus. Le club était moins familial que ce que j’ai pu connaître ailleurs ». En somme, une accumulation d’expériences dont il ne jette rien : « Il n’y a aucun club où j’aie pu dire que c’était une galère. Cela a parfois été compliqué par le manque de sérieux, mais autrement, aucun n’a été une plaie dans ma carrière ».

La belle histoire avec Terre Sainte

Même si son parcours est très riche, les plus jeunes qui suivent le foot régional depuis peu de temps le connaissent probablement uniquement en tant qu’entraîneur à Terre Sainte, « celui qui a les cheveux blancs ». Cela fait effectivement 8 ans qu’il vit une belle histoire du côté de l’US Terre Sainte, un club qu’il a rejoint en 2007 après 6 saisons à Divonne et 3 promotions à la clé. Le club des Rojalets lui propose cette stabilité et cet « esprit de famille » qu’il recherche, même en cas de relégation, comme c’était le cas en 2011 dans des conditions qu’encore aujourd’hui, il a du mal a accepter. « Quand on est tombés en 2011, le président, Ali Gökok, qui est un monsieur, m’a dit : « C’est pas grave, on va remonter tout de suite », et on est remontés l’année d’après. C’est un club avec une autre philosophie, c’est pas après 3 défaites qu’on va tout changer ».

Actuellement, l’équipe pointe juste au-dessus de la barre en 1ère ligue, devant Meyrin. Une position à laquelle il est habitué, l’année dernière il avait également lutté pour le maintien jusqu’à la dernière journée : « On préférerait ne pas être habitué… C’est quand même stressant pour tout le monde, le staff, les joueurs. Mais je ne peux rien reprocher à mes joueurs, l’état d’esprit est super. On manque vraiment de réussite cette saison, par rapport à il y a deux ans où on avait joué les finales ».

Ce qu’il manquerait à l’équipe ? « Un ou deux joueurs très bons joueurs qui apporteraient un plus. Et surtout un attaquant efficace, celui qui te plante pour gagner 1-0 les jours où tu joues mal. Le problème, c’est que les moyens du club sont limités. Quand tu veux te renforcer, tu ne peux pas t’aligner avec les autres clubs de la région ».

Us Terre Sainte vs Fc Bavois 0-2

Après 40 ans de coaching, quel avenir pour Duval ? (Photo: OneClick)

Quel avenir pour le sexagénaire ?

A 65 ans, l’entraîneur se verrait-il faire une neuvième année à l’USTS, club avec lequel il a connu deux promotions en 1ère ligue ? Il ne semble pas être en mesure de se prononcer. Lui qui est centré sur le maintien de son équipe en 1ère ligue, il fournit malgré tout quelques éléments de réponse : « J’aimerais me rapprocher, avoue-t-il, pensif. J’ai un problème de trajets qui devient pénible car je suis bloqué une heure et demie dans les bouchons, trois fois par semaine. Et ce déjà depuis que j’étais à Divonne donc depuis quasiment 15 ans. C’est devenu infernal ».

Après 40 ans de coaching, Duval serait-il prêt à démarrer une nouvelle aventure du côté de Genève ? « Oui, répond l’intéressé. S’il y a un projet intéressant, oui. Je suis toujours passionné de ballon, mais il faut aussi certaines conditions. S’entraîner sur 40 mètres sur 40 mètres, avec des joueurs qui ont un état d’esprit déplorable, à mon âge ça ne m’intéresse pas. Mais la priorité, en ce moment, c’est de sauver Terre Sainte en 1ère ligue ».

En attendant de savoir de quoi son avenir à court terme sera fait, il est inutile de lui demander de profiter sereinement de sa retraite. « Le football sera toujours là. Parfois des copains me disent : « Mais t’es encore dans le foot ? Nous ça fait longtemps qu’on a arrêté ». Ils ont sûrement été dégoûtés, moi en tout cas j’ai au la chance d’avoir des bons joueurs et dirigeants, je parle de la mentalité. Le jour où j’en aurai marre ou on ne voudra plus de moi, j’arrêterai. Ça peut être dans deux mois ou dans quelques années. La passion est toujours présente. L’important c’est que les valeurs soient présentes. On a joué en amical contre une équipe genevoise récemment… il y a des choses qui ne passent pas. Envoyer balader l’entraîneur, c’est non. Les valeurs, on se doit de les respecter mais aussi de les donner ».

Une chose est sûre, une carrière riche comme la sienne n’est pas donnée à tout le monde et lui-même le reconnaît en guise de conclusion : « Une longue carrière, passionnante parce que je ne suis pas aigri par le foot. J’ai eu beaucoup de chance avec les acteurs que j’ai côtoyés, joueurs et dirigeants. Tomber sur les bonnes personnes, c’est important ». France voisine, Genève, Vaud… Et si c’était lui qui représentait le mieux le Grand Genève ?

 

 

BIO EXPRESS

Patrick Duval, né en 1949 à Saint-Julien-en-Genevois

Joueur : FC Ville-la-Grand (FRA), Bataillon de Joinville (FRA), Etoile Carouge, CS Chênois

Entraîneur-joueur : US Annemasse (FRA), Cluses-Scionzier FC (FRA), FC Veyrier-Sports

Entraîneur : US Faucigny (FRA), FC Ville-la-Grand (FRA), FC Cruseilles (FRA), FC Crans, Signal FC Bernex-Confignon, FC Versoix, US Meinier, FC Onex, FC Puplinge, US Divonne (FRA), US Terre-Sainte

 

S’il fallait retenir…

Un coéquipier : « Daniel Lecrercq (ndlr : entre autres, joueur à Marseille et Lens, et entraîneur à Valenciennes et Lens), gaucher, blond. C’était au Bataillon de Joinville. Il faisait des passes de 80 mètres sans l’air d’y toucher, aucune crispation dans le geste. Mais le joueur qui m’a vraiment marqué comme partenaire est Philippe Pottier avec lequel j’ai joué à Carouge en LNB. Un ex-international suisse ayant évolue avec le Stade Français au Parc des Princes, d’une gentillesse extraordinaire et une technique phénoménale, un des tous meilleurs joueurs que la Suisse ait connus ».

Un entraîneur : « Il y en a plusieurs. Pazmandy pour son côté exigeant mais très humain. On se voyait encore il y a pas très longtemps tous les vendredis au marché d’Annemasse. C’était un fou furieux sur le banc. Tu ratais une passe, il t’insultait : « petit con, salaud ». Mais après le match, il te prenait dans les bras ».

Un joueur entraîné : « C’était un nord africain à Cluses-Scionzier, Hattab Arfaoui. Il avait joué en première division tunisienne. Super fort. Et un autre : Antonio Aparicio. C’était un portugais qui a fait une drôle de carrière. Il jouait en 5ème ligue au Portugais de Cluses. On m’a dit d’aller le voir, c’était sur un champ de patates. Je le fais venir l’année d’après chez nous, c’était le meilleur joueur de la ligue. Une fois, le club de Vitoria Setubal faisait une tournée dans la région. Ils avaient eu écho, ils l’ont pris à l’essai. L’année d’après, il jouait en première division au Portugal, ils ont fini troisièmes du championnat et il a dû finir 2ème ou 3ème meilleur buteur. Seulement deux ans après son club de touristes ! »

 

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