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L’Euro est passé, l’élan reste

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Plus de six mois après l’Euro féminin 2025, l’euphorie médiatique est retombée. Dans le canton de Vaud, une question demeure : la compétition a-t-elle laissé une véritable trace dans le football féminin amateur ?

Plusieurs actrices et acteurs du terrain ont été interrogés : entraîneurs, joueuses junior, présidentes, joueuses de Ligue B et représentantes cantonales. L’objectif n’était pas de mesurer l’émotion d’un été, mais d’évaluer l’impact réel et durable.

Quand l’élan devient concret

À Champagne, l’Euro ne s’est pas limité à un pic d’intérêt passager. Il s’inscrit dans un contexte déjà favorable, porté par la volonté du club de structurer une section féminine. Boris Delacrétaz, entraîneur de la formation féminine a expliqué ce qui l’a poussé à s’engager. « Dans un premier temps, mes expériences du passé. Ayant eu des juniors mixtes, j’ai trouvé intéressant la manière de coacher les filles. C’est une autre approche, une autre sensibilité, une vision différente sur certains points et je pense que c’est tellement enrichissant », a-t-il concédé. « Deuxièmement, l’opportunité de le faire dans mon club de cœur. J’ai toujours dit au président que je reviendrais coacher seulement pour une équipe féminine. Avec les études, je ne pensais pas reprendre aussi vite, mais finalement des joueuses sont venues toquer à la porte de Champagne. Le comité était à fond dans le projet de créer une équipe féminine, et quand j’ai vu qu’il recherchait un ou une coach, j’ai demandé à une amie à moi si elle était partante pour l’aventure. Sa réponse a été un grand oui et nous voilà aujourd’hui en binôme pour cette première équipe féminine à Champagne ».

Boris Delacrétaz vit à Champagne sa première expérience comme entraîneur principale d’une formation féminine.

L’Euro n’a peut-être pas tout déclenché, mais il a accompagné la dynamique. Le club a su saisir le moment, notamment autour de l’environnement des matchs. « Je pense qu’à notre échelle, oui. Les dimanches, il y a du monde pour nos matchs, le club met les filles en avant. Il y a beaucoup d’événements qui sont créés pour le football féminin. On a des ressources, des gens qui sont là pour pousser le développement et je trouve ça génial ».

Ce soutien n’a pas été symbolique : il a été structurant, notamment sur le plan sportif. « Avec mon statut de novice comme coach d’une formation 100 % féminine, j’ai peu de recul sur l’évolution », a admis le coach champagnoux. « Néanmoins, j’ai vu beaucoup de joueuses de qualité sur ce premier tour. La motivation est moins évidente. C’est mitigé de ce point de vue-là ! Le club nous met dans des dispositions optimales, avec les mêmes chances que les garçons, voire mieux. Et à Champagne, les jeunes joueuses sont des files remplies de potentiel avec des profils différents. J’ai hâte de voir ce que ça va donner. Donc oui, ça progresse et on essaie de bien travailler à tous les étages ! »

L’impact structurel, quant à lui, est indéniable : « Depuis l’Euro, on a eu la création de la première équipe féminine à Champagne et le club veut continuer à créer des équipes », s’est-il réjoui. « On a le projet, dès cet été, de créer une équipe de +28, par exemple. Pour l’instant, c’est le manque d’infrastructures au niveau des vestiaires qui bloque ».

Preuve que, dans le club nord-vaudois, l’Euro n’a pas été une parenthèse. Il a été un accélérateur.

La structure derrière l’élan

Si l’Euro a suscité l’émotion, le développement vaudois ne s’est pas construit uniquement sur cet élan médiatique. Il s’est appuyé sur un travail de fond déjà engagé à travers le projet Honeyball porté par l’ACVF.

Honeyball a été conçu comme un programme structurant : former des encadrants, organiser des entraînements découverte, accompagner les clubs administrativement et préparer les infrastructures à l’augmentation du nombre de joueuses. Le projet est financé à parts égales par l’État de Vaud et la fondation FootAvenir, qui regroupe notamment la BCV, l’ECA et les Retraites Populaires, garantissant ainsi une base financière stable et durable.

Les journées découvertes étaient organisées par le Mouvement Menthue composé de quatre clubs.

Angélique da Silva, membre de la commission du football féminin et responsable du développement de la région Nord-Vaudois, a détaillé les actions menées. « Plusieurs entraînements sous forme de découvertes ont eu lieu dans le Nord-Vaudois (il y a eu plusieurs lieux, plusieurs dates) », a-t-elle expliqué. « Ceux-ci ont été mis en place par plusieurs clubs, dans un excellent esprit de collaboration. À la suite de ces entraînements, des équipes ont vu le jour, ainsi que des groupements et de très belles collaborations dans l’intérêt du développement du football féminin. Je n’ai pas de chiffres concrets, mais il y a eu des augmentations d’équipes ».

Avant de préciser : « Il ne s’agit pas d’un effet Euro dans le canton de Vaud, mais d’un effet “Honeyball”. L’Euro s’inscrit comme un jalon important dans le projet et il a été déclencheur de la découverte et de l’augmentation de joueuses, mais en amont, les clubs se sont livrés à la mise en place des structures devant accueillir cette augmentation avec le soutien de Honeyball. »

Le projet Honeyball a vu le jour en 2024.

 

Autrement dit, l’Euro a accéléré un travail déjà engagé, notamment en matière de visibilité. « Pendant l’Euro, clairement OUI ! Actuellement, l’engouement est redescendu, mais dans la tête des gens, l’Euro a laissé une très belle image amenant les gens à s’intéresser davantage au football féminin », a-t-elle confirmé. « Cela génère automatiquement un intérêt particulier et un soutien supplémentaire. D’ailleurs, rendez-vous le 3 mars 2026 à 19h00 au Stade de la Tuilière à Lausanne, dans le cadre des qualifications pour le Mondial 2027. Honeyball ainsi que la mise en place de structures durables et les bonnes collaborations vont également contribuer à faire durer cet élan. »

Si l’Euro a été la vitrine, cette structure a été la fondation.

Une relève identifiée

Chez les jeunes joueuses, l’impact a été différent, mais bien réel. « Depuis l’Euro féminin, j’ai remarqué que beaucoup plus de personnes parlaient du football féminin, que ce soit à l’école ou entre amis », a déclaré Stella Pourcelot, joueuse à Granges-Marnand. « Avant, on en parlait très peu, alors que maintenant le sujet revient plus souvent dans les discussions. Dans mon équipe des FF17 à Granges-Marnand, il y a eu quatre joueuses qui ont commencé le football avec nous cette saison, et l’Euro féminin les a aidées à choisir ce sport ».

Avant d’ajouter : « Je trouve qu’il y a plus de qualité qu’avant dans le football féminin. Il y a aujourd’hui plus d’équipes féminines, ce qui permet d’avoir des championnats avec au minimum 7 à 8 équipes, ce qui est vraiment plus intéressant et motivant à jouer ».

L’Euro a offert des modèles. L’identification a joué un rôle clé.

Confirmation d’un projet déjà structuré

Au Yverdon Sport FC, le développement féminin était déjà en marche avant l’Euro. « Depuis l’Euro féminin, on observe une meilleure visibilité du football féminin dans les médias », a affirmé Linda Vialatte. « Les compétitions, les joueuses et les clubs sont davantage mis en avant, ce qui permet au grand public de mieux connaître cette discipline. Même si cette médiatisation reste perfectible, elle constitue un pas important vers une reconnaissance plus large du football féminin suisse. Nous avons toujours travaillé dans ce sens, avec la volonté de développer et structurer cette pratique, indépendamment des effets de mode ou des grandes compétitions. L’Euro n’a donc pas été un déclencheur, mais plutôt une confirmation ».

Selon la présidente d’Yverdon féminin, l’Euro a boosté la visibilité du football féminin dans les médias. @juanjo_creation

Entre lucidité et ambition

Ilona Guede Redondo, capitaine de la première équipe d’Yverdon Sport féminin, a apporté un regard plus global. « Oui, je pense que depuis cet événement, le football féminin bénéficie d’une médiatisation plus importante. Les personnes qui avaient déjà l’habitude de venir au stade ont continué à le faire, mais avec un enthousiasme encore plus marqué. Certaines personnes, simplement curieuses, ont également franchi le pas. »

Elle a toutefois rappelé que l’Euro n’a pas réellement permis d’augmenter durablement l’audience, mais qu’il doit servir de véritable tremplin pour le football féminin, en posant des bases solides pour l’avenir.

Bien loin d’une parenthèse

Six mois après l’Euro féminin 2025, le football féminin vaudois n’a pas connu une révolution spectaculaire. Il n’a pas explosé médiatiquement ni rempli tous les stades amateurs du canton. Mais il a évolué. Des équipes ont été créées. Des projets ont été consolidés. Des structures ont été anticipées grâce à Honeyball. Des jeunes filles se sont identifiées à des modèles concrets. Des clubs ont confirmé leur engagement. Et surtout, le football féminin s’est installé un peu plus dans le paysage sportif local.

L’engouement est retombé, c’est un fait. Mais il reste une base plus solide qu’avant l’Euro. Une légitimité accrue, une visibilité plus naturelle, une normalisation progressive.

L’Euro n’a pas tout changé. Il a déplacé les lignes. La vraie différence ne s’est pas jouée uniquement dans les tribunes pleines de l’été 2025, mais dans les décisions prises ensuite par les clubs, les commissions et les responsables locaux. Et à ce niveau-là, le canton de Vaud semble avoir su transformer l’émotion en construction. Le football féminin vaudois n’est peut-être pas encore arrivé là où il veut aller. Mais il ne repart plus de zéro.

C’est sans doute là que se mesure le véritable impact d’un Euro.

Photo de couverture : @juanjo_creation

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