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A vous la parole : Fatos Uka

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Chaque semaine, une personnalité du football vaudois nous donne son point de vue sur une thématique de son choix. Fatos Uka, actuel entraîneur du FC Puidoux-Chexbres en 3ème ligue, nous parle de l’importance de l’identité locale pour un club amateur.

Le FC Puidoux-Chexbres et son entraîneur vivent depuis quelques saisons une histoire que l’on peut facilement qualifier comme comte de fées. Promu de 5ème ligue en 4ème ligue dès sa première saison à ce niveau en 2022-2023, la formation de la Riviera a enchaîné avec une deuxième promotion, en 3ème ligue cette fois, la saison suivante. La saison passée, dans un championnat qui symbolisait un vrai saut au niveau de l’exigence, les joueurs de Fatos Uka ont terminé à une encourageante cinquième place avec vingt points d’avance sur le premier relégable, Union Portugaise. Tout ceci avec 95% de la première équipe composée de jeunes du club et en croyant en une valeur prioritaire : l’identité locale.

Une ambiance intacte 

L’un des points forts d’une identité locale est de pouvoir compter sur des joueurs qui évoluent ensemble depuis des années, puisqu’ils se sont côtoyés dans les catégories juniors. « Ils sont littéralement baignés dans l’identité du club », a assuré Uka. « Lorsqu’ils arrivent en actifs, ils sont formés techniquement et tactiquement en rapport avec l’identité et la philosophie du club. Dans une commune comme Puidoux, il est beaucoup plus facile de compter sur des jeunes du coin que de convaincre des joueurs qui évoluent dans des clubs de l’agglomération lausannoise de se déplacer ».

A son arrivé au FC Puidoux-Chexbres, Fatos Uka gérait en parallèle la direction d’une formation de juniors C et une d’actifs.

Et ce sentiment d’appartenance permet de s’assurer la participation des joueurs non seulement sur le terrain, mais également aux activités annexes du club. « Une énergie naturelle est présente », s’est-il réjoui. «Et les joueurs de la première équipe doivent également être un exemple pour les plus jeunes par leur implication, non seulement sur le terrain, mais aussi par leur participation à toutes les autres activités qui font vivre le club».

Des possibilités d’évolution intéressantes

Le FC Puidoux-Chexbres compte actuellement deux équipes d’actifs, la deuxième évoluant en 4ème ligue. Mais l’attachement que Fatos Uka porte aux jeunes le pousse régulièrement à puiser dans les équipes de Junior A ou B (dans chaque catégorie le club possède des juniors de niveau Promo) plutôt que d’offrir la possibilité à des joueurs de la Deux d’intégrer la Une. « En première équipe, l’effectif est déjà composé de vingt à vingt-deux joueurs, et ils sont tous issus de la formation », a-t-il rappelé. « Avec le niveau de nos juniors, ils montrent à un âge proche de celui des actifs qu’ils sont parfaitement capables de faire le saut ».

Et pour ce qui est pour ces joueurs de faire le chemin inverse (redescendre de la Une à la Deux pour avoir du temps de jeu), Uka gère aussi cette situation avec beaucoup de pédagogie. « Si certains de mes joueurs manquent vraiment de temps de jeu avec moi, j’essaye de le faire », a-t-il concédé. « Mais il est difficile de tenir ce genre de discours à des joueurs qui ont réussi deux promotions en deux ans. J’ai la chance d’avoir à faire à des joueurs intelligents qui comprennent aussi certaines dynamiques qui font partie de la vie d’un groupe. J’essaye toujours de donner un temps de jeu convenable à tout le monde, par exemple en faisant des changements à la mi-temps quand c’est possible ».

Aujourd’hui, plusieurs jeunes font le saut directement depuis les juniors B ou A jusqu’en première équipe.

Un effort supplémentaire de la part du club

L’entraîneur nous l’assure également, un véritable effort est fait de la part du club pour faire faire ressentir aux joueurs non seulement le fait de faire partie d’une famille, mais également de recevoir un traitement digne des pros. « Une personne au club est chargée de laver les équipements des joueurs entre chaque entraînement », a-t-il relevé. « Ainsi, ils peuvent venir s’entraîner qu’avec leurs chaussures. Chaque saison, les équipements sont renouvelés des maillots, aux trainings d’entraînement jusqu’aux trainings de sortie ».

Sans oublier qu’une équipe à l’identité locale aussi forte attire plus facilement du public, et même des anciens dirigeants du club. « Effectivement, le public nous suit beaucoup à domicile mais aussi à l’extérieur », a-t-il souri. « Quant à eux, les anciens dirigeants ressentent un attachement par rapport aux années passées à la tête du club. En voyant l’engouement pour ce club et le vent de fraîcheur qui y souffle, ils nous aident également pour toutes les activités annexes, comme le Loto par exemple ».

Avec une telle philosophie, le technicien et ses joueurs se sont assurés le soutient d’un public fidèle, à domicile comme à l’extérieur.

L’insouciance de la jeunesse

Qui dit identité locale, dit souvent effectif très jeune. Et si un tel groupe représente une fierté par son origine il est aussi confronté à des facettes un peu plus noires de la jeunesse. « Je suis très heureux que mes joueurs aient adhéré à cet esprit de la gagne, car j’y suis pour quelque chose », a admis Fatos Uka. « Mais nous sommes montés un peu vite à mon goût, et j’ai parfois l’impression que mes joueurs n’ont pas pleinement conscience du niveau auquel ils se trouvent aujourd’hui. Actuellement, si l’on monte encore d’un niveau, il sera difficile pour nous de répondre aux exigences de la 2ème ligue en ne comptant que sur des jeunes du club ».

Selon le coach, cela se traduit parfois par une gestion trop impulsive du moment de la part de ses joueurs. Tout ceci avec des exemples concrets. « Nos débuts cette saison ont été poussifs », a-t-il raconté. « Après deux défaites consécutives contre Pully et Malley, nous avons signé une victoire contre Azzurri Lausanne. Suite à ce succès, mes joueurs ont immédiatement cru qu’ils avaient le niveau pour évoluer un niveau au-dessus. La semaine suivante, nous sommes allés faire match nul à Crans en ayant pourtant mené au score, alors que la formation de la Côte était relégable à ce moment-là. Il est délicat de gérer les excès d’optimisme et de pessimisme, particulièrement dans un championnat où une série de deux résultats positifs ou négatifs peuvent avoir une forte influence sur ton classement. Je conseille d’ailleurs souvent aux joueurs de profiter du temps de jeu qu’ils ont en 3ème ligue pour progresser, car certaines situations ne pourront pas se répéter en 2ème ligue ».

Si un tel projet trouve toujours ses limites, Fatos Uka nous a garanti qu’actuellement, l’avenir du club en 3ème ligue était assuré.

Quels remèdes face aux dynamiques négatives ?

Quand l’on relève le côté imprévisible des jeunes, il y a forcément l’attitude que ces derniers adoptent lorsqu’ils sont confrontés à une série de résultats négatifs. « C’est à moi de trouver les leviers pour garder le groupe motivé », a assumé Uka. « En général, lorsque je sens la menace de la chute de motivation apparaître, je leur propose des exercices plus ludiques à l’entraînement pour garder le plaisir ».

La communication, particulièrement dans des périodes plus compliquées, est fondamentale. « Je leur dis souvent qu’il y a trois paramètres qu’ils ne peuvent pas maitriser : le niveau de l’adversaire, la qualité du terrain ou de la météo et l’arbitre », a-t-il énuméré. « Il est inutile de s’énerver sur des aspects que l’on ne maîtrise pas ou pas complètement ».

Quelles limites ?

L’entraîneur l’a dit : un tel projet, aussi noble soit-il, trouve toujours ses limites. Alors que faire ? « Il faut savoir ce qu’on veut », a-t-il tranché. « J’ai connu des périodes de ma vie d’entraîneur où j’avais besoin de faire jusqu’à quatorze appels téléphoniques durant l’été pour recomposer une équipe. Avec un tel projet, l’avenir de la première équipe en 3ème ligue est assuré pour les dix prochaines années. Il faut assurer au maximum l’avenir en comptant sur ces jeunes pour éviter de se retrouver face à des joueurs qui signent au club par intérêt ».

Avec un tel travail accompli sur le long terme, gageons que le FC Puidoux-Chexbres pourra encore pendant des années récolter les fruits de cette jeunesse et du vent de fraîcheur qu’elle apporte sur la Riviera.

Photo de couverture : @fcpc_1off

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