Concordia Lausanne n’est décidément pas un club pas comme les autres ! Plus grand club en termes de nombre de membres en Suisse, il se distingue également sur le plan national en ayant remporté le prix « UBS Spirit of Football Awards » 2025. Zoom sur un club pionnier dans le domaine social.
Depuis mars 2025, Concordia Lausanne entend montrer que le football ne se limite pas au rectangle vert. Les pensionnaires du centre sportif de la Tuilière ont mis en place un vaste projet destiné au développement de mesures sociales et sociétales au sein du club. Avec plus de mille jeunes dans son mouvement junior, Concordia Lausanne veut transmettre des valeurs en dehors des terrains à l’ensemble de ses jeunes membres. Entretien avec le responsable du pôle social du club, Malick Gehri.
Un projet-pilote en trois volets
Le premier pilier concerne le soutien scolaire. « On avait remarqué qu’on avait plusieurs jeunes qui ne venaient plus aux entraînements parce que les parents utilisaient le foot comme sanction. Si tu as des mauvaises notes, tu ne vas plus au foot, tu dois rester à la maison pour réviser », a expliqué Malick Gehri. « On a pensé cela pour que les parents ne se retrouvent pas face à un choix pour leurs petits. On a mis une heure de devoirs surveillés gratuits à disposition de toutes les catégories avant les entraînements. Les jeunes s’inscrivent sur le site, et les encadrants sont des joueurs de la première équipe qui sont à l’université ou à l’EPFL. On rémunère ces joueurs et cela leur fait un petit job. Il y a une valeur identitaire, car la personne qui te donne le soutien est un joueur de la première équipe, et cela crée un lien entre les générations ». Après quelques mois d’essai, les retours sont très positifs, selon le directeur sportif. « Selon les parents, l’ambiance est plus apaisée à la maison, car il ne faut pas se battre pour les devoirs. La paix est ainsi retrouvée », a-t-il affirmé.

Malick Gehri, directeur technique des actifs, mais également des juniors A est à l’origine de ce projet.
Les pensionnaires du centre sportif de la Tuilière ont vu plus large avec le second volet qui concerne l’intervention sociale. « On a engagé un travailleur social à 20% au sein du club, soit un jour par semaine. Il est à disposition des joueurs du club qui ont des problématiques sociales au sens large, mais aussi des familles », a expliqué le responsable du projet. « On a fait des permanences aussi pour la recherche de stages et d’apprentissages pour les jeunes. Greg, l’intervenant social, a fait les démarches avec les jeunes. Cela permet de créer des liens. Quand un club compte 1’200 personnes, cela représente une communauté entière. Les petits sont inscrits dans une grande famille, et peuvent profiter du réseau », a-t-il décrit. Malick Gehri est conscient que le club ne peut pas gérer toutes les situations par lui-même. « Greg et moi connaissons bien le dispositif régional et les aides possibles », a-t-il affirmé. « Le gros travail est d’orienter les gens au bon endroit. Nous ne pouvons régler toutes les situations, mais c’est notre rôle de pouvoir orienter les gens en leur disant où trouver de l’aide ».
Le dernier volet porte sur les questions de harcèlement et de violence au sein du club. Comme dans tout groupe, des différends peuvent survenir entre ses membres. « On a mis en place un protocole où les gens peuvent faire un signalement anonyme, recevoir des réponses et être dirigés vers d’autres associations qui peuvent prendre le relais », a expliqué Malick Gehri.
Une question de responsabilité
Ce projet-pilote de deux ans, financé par la Fondation Leenaards, correspond pleinement aux valeurs que Concordia Lausanne veut transmettre à travers le football. « Nous avons toujours été un club social. Ce n’est pas un club élitiste, et on ne cherche pas à être les meilleurs », a affirmé Malick Gehri. « On assume qu’on a un rôle social à jouer en tant que club de foot, et on veut développer cela au maximum. On est 1200 au même endroit, et on a la responsabilité que cela se passe bien. Les centres sportifs sont des lieux où les jeunes viennent quatre fois par semaine. Quand tu vois des gens, tu as du suivi et un lien de confiance qui se crée. Ce serait dommage de ne pas en profiter pour mettre en place ce type d’initiatives », a-t-il justifié.

Alan Suner, responsable du soutien scolaire.
Trois personnes portent le projet au sein du club. Malick Gehri est le responsable du pôle social, accompagné par Grégoire Laffely, l’intervenant social, et Alan Suner, responsable du soutient scolaire. « Nous travaillons ensemble et portons cela avec un comité qui nous fait confiance, et sont assez fiers qu’on porte ce genre de chose », a-t-il affirmé.

Grégoire Laffely (à droite) est l’intervenant social du projet.
Le sport féminin au cœur des débats
Le club souhaite également mettre en lumière le sport féminin, eux qui ont été pionniers dans le domaine. « Même si les clubs font au mieux, le football féminin passe souvent à la trappe dans les clubs. Le but de ce projet social est de continuer à le valoriser au maximum au sein du club et ailleurs », a affirmé le responsable du pôle social.
Fin janvier 2026, le club a organisé une table ronde avec plusieurs personnalités du football féminin au niveau cantonal pour discuter des enjeux autour du développement de la discipline. « C’est intéressant de voir comment on peut mobiliser cela au sein des clubs. Le but était d’avoir un moment de partage et d’échange avec les personnes dans la salle, afin d’amener de bonnes pratiques pour faire avancer les choses dans les clubs. Cela prend du temps », a-t-il expliqué.
Pérenniser le projet
Malick Gehri en est conscient, le chemin est encore long. « On a bénéficié d’un financement de deux ans avec la fondation Leenardts. Il nous reste donc une année », a-t-il précisé. « Dans les discussions, la ville de Lausanne est motivée car ils trouvent le projet intéressant. Ils veulent mettre des ressources pour deux ans supplémentaires, mais à l’échelle de l’intégralité du centre sportif. La Tuilière mériterait d’avoir ce pôle social, mais actuellement nos ressources ne nous permettent de le développer qu’à Concordia ».

Le club souhaiterait non seulement que ce projet se reproduise chez ses voisins, mais également que l’Etat prenne le relai.
Le responsable du pôle social est clair, le projet-pilote a pour but d’amener une prise de conscience à l’échelle cantonale. « On va travailler pour que les services publics puissent prendre le relais. C’est ça la mission. Un projet-pilote de deux ans avec du financement privé doit être repris par les autorités publiques », a-t-il affirmé. L’Etat doit s’impliquer, et assumer ses responsabilités. Pour moi, le projet sera réussi le jour où le relais sera passé. S’ils voient que cela marche, cela doit être appliqué dans tous les gros centres sportifs du canton. Le jour où on arrive à cela, cela sera une énorme victoire. Notre modèle doit être répliqué, on invite tout le monde à venir le voir ».
Concordia Lausanne veut démontrer que le sport ne se limite pas au terrain. Les aspects de santé mentale et physique, ainsi que les enjeux sociaux font aussi pleinement partie de la pratique d’un sport. Les pensionnaires de la Tuilière se battent pour que les parents ne choisissent plus entre la pratique d’une activité sportive, essentielle pour le développement d’un jeune et les obligations scolaires. Le club lausannois recevra officiellement son prix dans le courant du mois de mars.
