Chaque semaine, une personnalité du football vaudois nous livre son point de vue sur une thématique de son choix. Aujourd’hui, Allan Eleouet, actuel joueur du FC Bavois, partage son regard sur l’évolution du football suisse, les transformations de nos ligues et la réalité du passage entre le monde semi-professionnel et le monde professionnel.
Un sujet qu’il maîtrise, lui qui a connu plusieurs environnements au cours de sa carrière. Formé à Yverdon Sport, le club de sa ville, il a ensuite porté les couleurs du Stade Lausanne-Ouchy, d’Étoile Carouge, de Vevey-Sports ou encore de Baulmes, avant de tenter une expérience à Tuzla, en Bosnie-Herzégovine. Un parcours riche, principalement entre Promotion League et Challenge League, qui lui a permis d’observer de près les exigences et les difficultés d’un monde parfois rude et semé d’embûches.
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Entre exigences et réalités du terrain
Les ligues suisses ont évolué à tous les niveaux, parfois dans le bon sens, parfois dans le mauvais — une réalité que l’on retrouve aussi dans certains clubs. « Il peut y avoir une espèce de barrière entre le monde professionnel, semi-professionnel ou amateur », a assuré l’actuel ailier bavoisan. Sans compter parfois un manque de considération ou même de moyens financiers pour des ligues inférieurs où les clubs sont constamment à la recherche de sponsors ou investisseurs. « Le niveau est parfois remis en question par les gens, mais on doit prendre en compte certains aspects. A un tel niveau, les joueurs travaillent à côté, par exemple. On demande souvent à un joueur d’avoir une mentalité digne d’un professionnel avec les contraintes d’un joueur amateur », a-t-il précisé. Un problème symptomatique du football moderne qui pousse les joueurs à devoir se surpasser au-delà des atteintes placées en eux.

Rodolfo Lippo est passé en quelques mois du FC La Sarraz-Éclépens à une première apparition sur le banc de la première équipe du Lausanne-Sport. @juanjo_creation
Une jeunesse propulsée sur le devant de la scène
En Suisse, de plus en plus de jeunes jouent et ont du temps de jeu dans nos ligues professionnelles. De moins en moins de joueurs expérimentés sont présents par manque de moyens ou même d’attrait de nos championnats. « Une carrière doit être guidée par l’envie, la passion et non par l’argent. Mais lorsqu’on s’entraîne quatre à cinq fois par semaine sans avoir un statut pro, cela n’est jamais évident », a-t-il rappelé. «Mais je pense que les jeunes doivent toujours privilégier l’aspect sportif au financier. Ils doivent se montrer, s’épanouir et prendre du plaisir». Des éléments révélateurs à la fois des forces et des limites de la structure de notre football. « J’ai eu la chance de jouer dans des clubs avec des conditions décentes, de bénéficier de bonnes structures. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. J’espère que cela sera revu et que ça évoluera dans le bon sens dans les années à venir ».
La Promotion League gagne en crédibilité
La troisième division suisse est longtemps restée méconnue pour les clubs professionnels et même au-delà de nos frontières. L’arrivée de la diffusion des matchs avec RED a permis de donner un nouvel élan à cette catégorie de jeu. « J’ai la chance de pouvoir échanger régulièrement avec Jérémy Manière, responsable de l’administration au sein des commissions de la Première Ligue », a-t-il précisé. « Des éléments tels que la diffusion des matchs, ainsi que les contenus sur les réseaux sociaux mettent en valeur cette catégorie de jeu. Les clubs ont de la visibilité, ainsi que les joueurs et c’est bénéfique. Alors que lorsqu’on a réalisé la promotion en Challenge League avec Yverdon Sport en 2021, on n’avait pas forcément d’images de nos matchs et de mise en lumière. Un manque indéniable pour la troisième division du pays ». Une évolution qui a notamment permis aux clubs romands de performer en Promotion League durant les dernières saisons. Cela a été le cas pour Yverdon-Sport, le Stade Lausanne-Ouchy, Etoile Carouge ou encore le Stade Nyonnais.

Selon Allan Eleouet, le diffuseur RED a donné un nouvel élan à la Promotion League. @sportbeyondlens
La créativité en perte de vitesse ?
Allan Eleouet incarne ce type de joueur créatif, aimant le dribble, le un contre un et l’affrontement avec ses adversaires. Un profil de joueurs qui se fait rare dans nos championnats où le physique et la tactique prennent beaucoup de place. « J’adore aller au stade pour voir des joueurs comme Neymar ou aujourd’hui comme Rayan Cherki par exemple », a-t-il concédé. « Pour un joueur c’est important d’avoir un coach qui ne «bride» pas ses qualités. A Carouge, Adrian Ursula était très orienté tactique et il m’a toujours laissé exprimer mes qualités de dribbleur. J’ai également eu des coachs comme Jean-Michel Aebi ou Anthony Braizat, qui m’ont laissés jouer avec mes qualités et c’est appréciable. L’expression du talent devrait être un peu plus encouragée et mise en avant. C’est plaisant de voir un jeune qui s’éclate, qui tente des choses. Les gens aiment le foot aussi et surtout pour ce genre de moments. On a beaucoup de jeunes désormais dans nos ligues professionnelles et c’est bien de les voir exprimer leur talent ». L’ancien Yverdonnois a toujours cultivé ses qualités de dribble, notamment au Stade Municipal d’Yverdon où il a souvent mis le feu sur l’aile à de nombreuses reprises. Auteur de sept buts et trois passes décisives cette saison, il ne fait nul doute que le joueur de 31 ans va attirer l’attention des ligues supérieures.
Photo de couverture : @instajevois
