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Comment gérer des débuts parfaits ?

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Après un tiers de saison, rares sont les équipes vaudoises pouvant se targuer d’un bilan parfait. De la 2e à la 5e ligue, cinq formations ont réalisé un sept sur sept. Comment ces équipes gèrent-elles la pression d’équipe à battre ?

La Sarraz-Eclépens en 2e ligue, Montreux-Sports en 3e, la Vallée de Joux en 4e, Saint-Sulpice et Froideville en 5e : après sept journées, cinq équipes vaudoises affichent encore un bilan parfait. Derrière ces statistiques exceptionnelles se cache pourtant une même difficulté : continuer à travailler lorsque tout semble réussir. Quatre entraîneurs de ces cinq formations se livrent sur cette pression nouvelle, le regard des adversaires et la manière de protéger une dynamique aussi forte que fragile.

Faire durer la série victorieuse, le véritable défi

Créer une série procure de la confiance. La prolonger impose un effort mental que les résultats ne racontent pas. Chez les quatre entraîneurs interrogés, un même principe revient : le sept sur sept ne doit jamais entrer sur le terrain avec les joueurs. Du côté de La Sarraz-Eclépens, Mikael Duperret demande à ses joueurs d’ignorer la belle série actuelle. « On en parle après le débrief du match. Mon discours est clair : on repart à zéro et on prend les rencontres les unes après les autres. Le plus dur, c’est de toujours confirmer et de trouver de nouveaux objectifs pour garder la même intensité », a-t-il affirmé. Un discours qui rejoint celui de Leandro Cerqueira à la Vallée de Joux. « Il faut garder les pieds sur terre et maintenir le même niveau d’exigence, de concentration et d’investissement. Chaque match doit être abordé comme si la série n’existait pas. Le plus important est de rester concentrés sur le prochain et de ne pas regarder trop loin », a-t-il dit.

A la Vallée de Joux, tout est fait pour ne pas penser à la folle série actuelle lors des matchs. @leandrocerqueira

Ismaël Das Dores se méfie surtout de ce qui ne se maîtrise pas. Avec Montreux-Sports, il dispose pourtant d’une défense très solide avec seulement quatre buts encaissés. « Pour moi, c’est plus simple de créer une dynamique de victoires que de parvenir à la faire durer. Sur un match, on n’est jamais à l’abri d’un rouge, d’une blessure ou d’un manque de réussite. La série peut s’arrêter sur un épisode que l’on ne maîtrise pas », a-t-il observé. À Saint-Sulpice, ce départ était encore moins prévisible. Avec André Pereira à sa tête, le club partait de rien puisqu’il n’avait plus d’équipe active depuis quatre ans. « Le plus difficile pour nous, c’était déjà de créer une équipe. Nous sommes quelque part surpris par ce bon départ. Maintenant que nous y sommes, nous aimerions le faire perdurer, et dans le football, c’est extrêmement difficile », a-t-il déclaré.

Du chasseur au chassé

Être un leader qui n’a pas égaré le moindre point modifie-t-il la manière dont les adversaires abordent une rencontre ? Les quatre entraîneurs interrogés se rejoignent sur un point : il y a au minimum un supplément d’engagement. Le changement n’est pas nécessairement tactique. En revanche, la perspective d’être le premier à faire tomber une équipe invaincue nourrit les motivations. Le phénomène ne surprend pas Ismaël Das Dores, habitué à ce supplément d’âme en raison du statut de son club. « Chaque adversaire veut être le premier à nous faire tomber, mais c’est normal : nous aurions la même motivation dans le cas contraire. En étant le Montreux-Sport, et connaissant le passé du club, nous sommes habitués à avoir davantage d’adversité contre nous », a-t-il remarqué. Mikael Duperret perçoit lui aussi désormais ce phénomène. « Les équipes se préparent beaucoup mieux et ont envie d’être les premières à battre le leader. J’en vois certaines jouer bien mieux contre nous, avec une mentalité différente de celle qu’elles montrent dans d’autres matchs que j’ai pu observer », a-t-il analysé.

A Montreux, Ismael Das Dores est habitué à voir les rivaux se surpasser. @ms.tof21

Leandro Cerqueira ne perçoit aucun bouleversement évident dans le jeu adverse. « Sans prétention, nous savons aujourd’hui que nous sommes devenus l’équipe à battre. Les équipes que nous avons affrontées ont envie de jouer et proposent du jeu. De notre côté, cela nous pousse à être encore plus exigeants dans les entraînements », a-t-il dit. Quant à André Pereira, il ne s’attend pas à de grands changements tactiques en 5e ligue. « Je ne pense pas que nos adversaires vont effectuer des changements tactiques contre nous. Par contre, leur motivation se ressent dans l’engagement sur le terrain. Peu importe la ligue : jouer contre le premier motive toujours davantage », a-t-il affirmé.

La concurrence, moteur de la réussite

On dit souvent qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Une série peut-elle alors figer une équipe-type ? Aucun des quatre entraîneurs n’est d’accord avec ce principe. Ils cherchent au contraire à garder l’ensemble du vestiaire concerné, sans pour autant distribuer du temps de jeu pour le simple principe de la rotation. Pour Mikael Duperret, le rendement du week-end précédent ne constitue qu’un élément parmi d’autres. « Les résultats et les statistiques comptent, mais je regarde surtout la forme du moment. Tous les comptes sont remis à zéro chaque semaine afin d’avoir le maximum de joueurs concernés. Ensuite, chacun doit tirer son épingle du jeu et tout donner », a-t-il dit. La largeur du contingent représente un atout important pour la Vallée de Joux. « Ceux qui jouent moins continuent à mettre une grosse intensité à l’entraînement et répondent présents lorsqu’ils ont leur chance. Cela nous permet d’effectuer une rotation de qualité et de garder tout le monde concerné », a remarqué Leandro Cerqueira.

Mikael Duperret veut éviter que ses joueurs soient dans un fauteuil. @juanjo_creation

À Montreux, plusieurs victoires serrées ont rappelé la nécessité de disposer d’un groupe complet. « Nous avons besoin de tout l’effectif. Les titulaires peuvent changer selon les adversaires. Lors du dernier match, c’est même un joueur de la deuxième équipe qui nous a donné la victoire », a dit Ismaël Das Dores. À Saint-Sulpice, il faut encore créer les automatismes d’une équipe née cet été. « On recommence tout à zéro, donc on apprend à être une équipe à chaque entraînement et à chaque match. Il est extrêmement compliqué de garder tout le monde humble et travailleur sans tomber dans la facilité », a observé André Pereira.

Malgré des débuts parfaits, les quatre coachs interrogés ne souhaitent pas s’enflammer sur la suite du championnat. À la Vallée de Joux, le cap reste pour l’instant inchangé. « Nous avions fixé l’objectif de terminer dans le top 5. Nous ferons un point à la mi-saison et nous réajusterons éventuellement nos objectifs à ce moment-là », a expliqué Leandro Cerqueira. Même son de cloche du côté de Montreux-Sports, même si les ambitions initiales étaient bien plus élevées que celles des pensionnaires de 4e ligue. « L’objectif est resté le même : nous voulons monter. Ce début montre que nous sommes sur le bon chemin, mais le championnat est long et rien n’est fait », a dit Ismaël Das Dores.

Les prochaines confrontations directes permettront de savoir où se situent réellement les Sarrazins. « Si nous gagnons ces deux matchs (Saint-Légier et Venoge), nous ne pourrons plus nous cacher », a dit Mikael Duperret. Pour André Pereira, le classement n’est pas la priorité. « Notre objectif principal était de créer une équipe d’actifs et d’unir un vestiaire. L’objectif sportif, ce sont les joueurs qui le créent par ce qu’ils montrent sur le terrain », a-t-il dit. Son attaquant Christophe Cibran avait pourtant affiché ses ambitions dans l’interview d’après match lors de la victoire en 1/16e de finale face à Iliria Payerne : « La 4e ligue, c’est l’objectif, c’est clair », avait-il affirmé.

Et lorsque la série s’arrêtera ?

Aucun des quatre entraîneurs interrogés ne prétend pouvoir repousser indéfiniment le premier accroc. L’enjeu consiste surtout à empêcher qu’une défaite efface tout ce qui l’a précédée. Mikael Duperret y voit déjà un révélateur. « Je dis ouvertement aux joueurs que nous n’allons pas tout gagner. La défaite arrivera, ou peut-être d’abord un nul. Il sera intéressant d’observer notre capacité à nous relever. Si nous réagissons directement, nous pourrons dire que nous avons une vraie équipe », a-t-il expliqué. André Pereira choisit de valoriser le chemin déjà parcouru par une équipe qui n’existait pas quelques mois plus tôt. « Nous espérons évidemment que la série continue, parce que nous venons tous au football pour gagner. Mais ce n’est ni une obsession ni un objectif en soi. Il faut dire bravo aux joueurs pour ce qu’ils ont déjà réalisé, puis continuer à travailler », a-t-il souligné.

Peu importe la suite, André Pereira veut retenir que le positif d’une telle série.

Leandro Cerqueira préfère ne pas anticiper une situation qui n’existe pas encore. « Nous fonctionnons match par match, sans nous projeter sur une éventuelle défaite. Lorsque la série prendra fin, nous serons là pour accompagner les joueurs et faire en sorte que cette défaite soit une étape, pas un frein », a-t-il déclaré. À Montreux, Ismaël Das Dores ne s’interdit pas d’imaginer que la série puisse aller beaucoup plus loin. « La fin de série arrivera un jour ou l’autre, mais peut-être que non aussi. Il faut simplement être prêt si cela se produit. Si elle s’arrête, il ne faudra pas tout remettre en question », a-t-il dit.

Sept matchs ne font pas une saison. Ils suffisent toutefois à changer le regard des adversaires et à tester la capacité d’un vestiaire à rester exigeant quand tout va bien. De la 2e à la 5e ligue, le prochain défi de ces cinq équipes n’est plus de lancer une dynamique, mais de parvenir à vivre avec elle. Combien de temps arriveront-elles à prolonger cette série ? Premiers éléments de réponse ce soir avec la 8e journée du championnat.

Photo de couverture : @juanjo_creation

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